Théâtre

On joue en français dans le ROC

Il existe une douzaine de centres culturels et 15 troupes professionnelles de théâtre en Ontario et ailleurs dans le ROC (Rest of Canada). En voici des exemples : 

ONTARIO

Ottawa

Vox Théâtre (jeunesse), Théâtre de la Vieille 17 (théâtre pour adultes, mais co-accueille du théâtre jeunesse avec Vox), Théâtre du Trillium (Anne-Marie White, directrice artistique), Théâtre la Catapulte (Jean-Stéphane Roy, directeur artistique, compagnie qui diffuse des pièces pour adultes et adolescents)

Toronto

Théâtre français de Toronto  (Joël Beddows, directeur)

Sudbury 

Théâtre du Nouvel-Ontario, fondé par feu André Paiement. La compagnie a pour mission d’appuyer « les auteurs de l’Ontario français en priorité, ainsi que ceux du Canada, en privilégiant des œuvres de facture contemporaine ».

MARITIMES

Caraquet

Théâtre populaire d’Acadie

Moncton

Théâtre l’Escaouette

OUEST CANADIEN

Saskatoon

La Troupe du Jour

Saint-Boniface

Le Cercle Molière

Edmonton

UniThéâtre

Vancouver

Théâtre la Seizième (Esther Duquette, directrice)

— Luc Boulanger, La Presse

Source : L’Association des théâtres francophones du Canada

Théâtre  La Queens’

La volonté de résister

Le Théâtre de la Manufacture amorce l’année 2019 à La Licorne avec une nouvelle pièce de Jean Marc Dalpé, La Queens’, dans une mise en scène de Fernand Rainville, deux hommes de théâtre originaires de l’Ontario. Alors que la fin de l’année 2018 a remis les Franco-Ontariens dans l’actualité, La Presse a profité du fait que le théâtre rattrape la politique pour parler d’identité et de résistance avec eux.

Après la décision du premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, d’annuler le financement du projet d’université de langue française et celui du Commissariat aux services en français, un tollé s’est fait entendre en Ontario et aussi… au Québec. Avez-vous été surpris par cette réaction ?

Fernand Rainville : Oui, agréablement surpris par cet élan de solidarité. En 1997, lors du combat contre la fermeture de l’hôpital Montfort à Ottawa, la réaction avait été tout autre au Québec. On disait : « Vous voyez, on a raison de répéter qu’il n’y a point de salut pour le fait français au Canada », « Ça démontre l’importance de l’indépendance du Québec », etc. Les francophones hors Québec croyaient qu’ils seraient toujours vus de haut par la maison mère. Or, aujourd’hui, les Québécois sont devenus des alliés solidaires de la cause franco-ontarienne.

Jean Marc Dalpé : Il y a toujours eu une solidarité entre le Québec et les Franco-Ontariens. Mais avant, je sentais une certaine distance, une condescendance : « Vous allez disparaître de toute façon, d’ici 50 ans, comme les Cajuns à La Nouvelle-Orléans… » Or, je n’entends pas ça aujourd’hui. L’esprit et l’attitude envers les francophones hors Québec sont très différents. En moins de 48 heures, il y a eu une mobilisation énorme de partout !

En 1968, René Lévesque avait déclaré au réseau CBC que les francophones hors Québec étaient des « dead ducks » au Canada. Depuis, on ne cesse d’annoncer leur mort…

J.M.D. : Et chaque fois qu’un mauvais prophète annonce sa mort, le cadavre franco-ontarien se relève de son cercueil ! « Ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts », dit l’adage. Je ne conteste pas le déclin démographique ni le problème de l’assimilation du français. Or, en 2019, il y a beaucoup plus d’associations et de mouvements citoyens qu’il y a 30 ou 50 ans. On s’organise pour ne pas disparaître. Il faut se rappeler qu’on part de loin : la première école secondaire publique francophone à Sudbury remonte à 1969. Avant, les francophones devaient aller étudier en anglais.

Le titre de la pièce fait référence à un hôtel situé dans le nord de l’Ontario, laissé en héritage à deux sœurs, l’une exilée, l’autre restée au pays. Après la mort de leur mère, l’hôtel deviendra l’objet d’un affrontement entre les deux sœurs. Le véritable champ de bataille est-il celui de l’identité ?

J.M.D. : Je préfère parler de territoire, de nord-américanité, une notion qui existe depuis le XVIIsiècle avec les expéditions menées par les Métis, les Cajuns, les Acadiens. Depuis, notre expérience et notre langue sont différentes de celles de l’autre côté de la grande mare. On parle du Québec comme d’un pays ; mais ce n’est pas un pays, c’est un archipel. Le Québec demeure la grande île, mais il y a d’autres îles importantes : l’Acadie, le nord de l’Ontario, le Manitoba et d’autres îles plus éloignées…

L’auteur Alexandre Soublière estime, dans son essai La maison mère [Éditions du Boréal], que le terme « Canadien français » est plus rassembleur que celui de Québécois.

J.M.D : Je suis d’accord avec lui, si on parle d’appartenance au territoire et aux traditions…

F.R. : Avant le pied de nez du gouvernement Ford à l’égard des Franco-Ontariens, je n’avais pas l’impression que la pièce parlait de l’actualité. Pour moi, ça évoquait le nord de l’Ontario imaginaire de Jean Marc, comme dans Le chien. Or là, la résonance avec la crise franco-ontarienne, la métaphore de la survivance, ça saute aux yeux.

Est-ce que la métaphore du combat de la résistance à l’assimilation est au cœur du duel entre les deux sœurs dans la pièce ?

F.R. : L’une d’elles [Marie-Thérèse Fortin] est une grande pianiste de concert reconnue internationalement. Elle a quitté le nord de l’Ontario depuis longtemps et voyage à travers le monde. Elle veut rompre avec le passé et vendre l’hôtel. Tandis que sa sœur, Sophie [Dominique Quesnel], reste attachée à ses racines et à l’héritage de ses parents. Elle est prête à tout pour empêcher sa sœur de liquider le motel. C’est un dilemme qu’on a tous eu un jour comme Franco-Ontariens : partir ou rester ? Disparaître ou résister ?

La Queens’, de Jean Marc Dalpé, mise en scène de Fernand Rainville. Avec Dominique Quesnel, Marie-Thérèse Fortin, Alice Pascual, David Boutin et Hamidou Savadogo. Du 15 janvier au 23 février à La Licorne.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.