Sondage

Des mesures de conciliation, mais…

Bien qu’une grande majorité d’employeurs offrent des mesures de conciliation famille-travail, de nombreux parents sont réticents à les demander, vivent du stress par rapport à la conciliation et seraient même prêts à changer d’emploi pour obtenir de meilleurs aménagements, selon un sondage Léger obtenu par La Presse. Coup d’œil sur cette relation ambiguë.

Accès répandu

82 %

C’est la proportion des parents québécois qui disent avoir accès à des mesures de conciliation famille-travail, selon un sondage réalisé en janvier à la demande du Réseau pour un Québec famille. Les employés ont par exemple une flexibilité dans leur horaire (49 %) et dans leur choix de vacances (44 %), des congés payés pour responsabilités familiales (35 %), la possibilité de faire du télétravail (18 %)… Et les employeurs se montrent flexibles, selon les deux tiers des parents sondés. « Effectivement, il y a une majorité d’employeurs qui mettent à la disposition de leurs employés parents des mesures de conciliation, constate Christian Bourque, vice-président de Léger, mais ça cache une réalité qui est moins rose. »

Une certaine réticence

Seulement 1 parent sur 10 demande des aménagements au travail plusieurs fois par mois, révèle le sondage web, mené en janvier auprès de 3006 parents vivant avec leurs enfants de moins de 18 ans. Les deux tiers des répondants (67 %) y ont recours seulement une fois par mois ou quelques fois par année. Bon nombre (49 %) préfèrent se débrouiller par d’autres moyens, en demandant de l’aide à un proche, par exemple. « Ce qu’on comprend, c’est que quand un parent fait une demande à son employeur, c’est parce qu’il a épuisé toutes les autres solutions », résume Marie Rhéaume, directrice générale du Réseau pour un Québec famille. Les parents se mettent énormément de pression, constate-t-elle.

7 %

Seulement 7 % des répondants disent ne pas demander souvent d’aménagements parce qu’ils craignaient de se faire juger par leurs collègues.

Mesures informelles

Christian Bourque, de Léger, associe l’apparente réticence des parents à demander des aménagements au fait que ces aménagements sont souvent d’ordre informel, donc non établis dans les conditions d’emploi. Parmi les parents qui ont accès à des mesures de conciliation, le quart (27 %) indique qu’il s’agit de mesures informelles seulement et 30 % disent qu’il s’agit d’un mélange entre des mesures formelles et informelles. « J’ai l’impression que lorsque la mesure n’est pas formelle, c’est peut-être là qu’il y a une petite gêne », dit-il.

1/3

Le tiers des répondants dit avoir dû prendre un congé non rémunéré en raison d’obligations familiales.

Stress et changement d’emploi

La conciliation famille-travail demeure stressante : près de deux parents sur trois y voient une source de stress importante. Plus de la moitié d’entre eux (55 %) serait même prête à changer d’emploi si de meilleures mesures de conciliation lui étaient offertes. « Là où c’est le plus difficile d’obtenir des mesures de conciliation famille-travail, c’est chez les femmes, les plus jeunes parents, les parents de plus jeunes enfants, qui ont des horaires atypiques, qui sont nés à l’extérieur du Canada, qui ont des revenus plus faibles aussi, constate Christian Bourque. C’est plus difficile pour ceux qui sont déjà les plus vulnérables de la société. »

37 %

Plus du tiers des répondants accepterait une réduction de salaire en échange de meilleures mesures de conciliation.

Une société peu accommodante

La société, en général, n’est pas accommodante pour la conciliation famille-travail, estime plus de la moitié des répondants (57 %). Les parents se montrent particulièrement critiques envers les heures d’ouverture et les heures de rendez-vous dans les cliniques. Selon 4 parents sur 10, le calendrier de l’école – nombre de jours d’école, de congés pédagogiques – demeure mal adapté aux besoins des familles. « C’est comme si la société au complet n’est pas tout à fait ajustée aux nouvelles réalités des parents », constate Marie Rhéaume. Oui, dit-elle, les employeurs ont encore du travail à faire pour rendre leurs mesures de conciliation plus accessibles et plus formelles (« les enjeux de recrutement de main-d’œuvre vont peut-être aider de ce côté-là »), mais il y a aussi matière à se pencher sur la culture, sur l’organisation de la société et de la communauté.

D’ailleurs, le Réseau pour un Québec famille tient un sommet les 14 et 15 mai, à Saint-Hyacinthe, pour trouver des mesures afin de mieux soutenir les parents.

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