BARS ET RESTAURANTS

Le gouvernement ne doit pas ouvrir la porte au crime organisé

La loi et les règlements qui régissent la vente d’alcool au Québec ont besoin d’être modernisés.

D’entrée de jeu, nous partageons ce constat, mais en tant qu’entrepreneurs du milieu des bars et de la restauration, nous jugeons qu’une partie de cette réforme semble aller à l’encontre de nos valeurs et de nos objectifs, et également à l’encontre des valeurs de la société québécoise.

Il règne présentement une ambiance sécuritaire dans nos commerces respectifs et ce sentiment nous provient en grande partie de l’encadrement mis en place il y a quelques années par le gouvernement.

En exigeant de toutes les personnes associées désirant obtenir un permis de débit de boissons au Québec, et non seulement aux administrateurs de montrer patte blanche, le gouvernement avait en effet réussi à fermer le marché aux récidivistes. 

Alors que le gouvernement a mis tant d’années à éradiquer le milieu du crime organisé de notre industrie, voilà qu’il lui ouvre grand la porte en ramenant à un délai de cinq ans sans casier judiciaire la possibilité d’obtenir un permis.

Vie de quartier et paix sociale

Un autre aspect du projet de loi nous interpelle grandement. Une des demandes principales des restaurateurs consiste à pouvoir servir une boisson alcoolisée qui n’est pas accompagnée d’un repas complet à des gens venant rejoindre des amis, des collègues ou de la famille dans un restaurant.

Cette demande nous apparaît légitime, mais tel que libellé actuellement, l’article 27 autorisant les restaurants à vendre de l’alcool créera une grande confusion.

Nous pensons que les restaurateurs qui prônent ce changement minimisent l’impact et les répercussions des tricheurs, des mauvais joueurs et du crime organisé qui sauraient saisir la balle au bond pour transformer des restaurants en bars, avec tous les enjeux qui incombent à la réalité des bars, incluant le potentiel de tapage nocturne.

Cela aura un effet néfaste sur la sécurité, mais également sur la qualité de vie des citoyens. Nous faisons fonctionner nos entreprises en intervenant avec les gens du voisinage, les sociétés de développement commercial ainsi que les diverses instances municipales.

En toute modestie, notre expérience dans le monde des bars nous permet de statuer sur des règles importantes à prendre au niveau de la quiétude du voisinage.

Pour toutes ces raisons, nous exhortons le gouvernement à agir avec prudence et à bien peser les arguments de tous les intervenants afin de protéger l’écosystème du milieu des bars et de la restauration au Québec. Et cela afin d’assurer la sécurité et le contrôle des établissements, de façon, autant que possible, à maintenir le crime organisé à l’écart de notre industrie.

* Signataires : Éric Lefrancois (La Drinkerie Ste-Cunégonde, Philémon Bar, Bar Courcelle) ; François Forest (Barraca Rhumerie, Helm Micro Brasserie, Huis Clos, Madame Smith, Grenade) ; Fabien Lacaille (Le Billy Kun, Le Plan B, Buvette chez Simone, Bar Furco, Café Parvis) ; Marc-André Plante (Bar MTL, Bar L’enclave) ; Alexandre Lejeune (Bar Social) ; Mathieu Aubin (Quai no 4) ; Charles Vaillancourt (Bar Suzanne) ; Nicolin Chaussé-Bélisle (Bar MR-250) ; Normand Guérin (Bar Chez Roger) ; Bertrand Hubert (Boudoir Inc.) ; René Flageole (Le Verre Bouteille) ; Nicolas Robillard (Edgar Hyperloge) ; Philippe Haman (Distillerie, Distillerie 2, Distillerie 3) ; Alex Besnard et Patrick Hétu (L’appartement, Jatoba, Bar Le Confessionnal, Mayfair bar, Madame Bovary Restaurant, Général Sherman, Kampai Garden restaurant, Flyjin, Somwhr Liquor lounge, Kozu resto-bar, Suwu, Club École Privée).

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