Mariage d'un membre influent des Hells Angels

Des noces sous haute surveillance policière

La présence policière s’est fait sentir hier autour du somptueux hôtel Windsor, au centre-ville de Montréal, où un membre des Hells Angels de Montréal, Martin Robert, peu connu du public et néanmoins l’un des plus influents actuellement au Québec, a convolé en justes noces.

La majorité des policiers et enquêteurs aux renseignements du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), de la Sûreté du Québec et de la Gendarmerie royale du Canada, postés aux alentours de l’hôtel de la rue Peel à compter du début de l’après-midi, étaient habillés en civil. Par la fenêtre de voitures banalisées, certains prenaient des clichés alors que d’autres filmaient les allées et venues des invités. 

À quelques reprises, des voitures de patrouille du SPVM se sont arrêtées à proximité de l’établissement, où les convives ont commencé à se présenter autour de 15 h 45. C’est toutefois vers 16 h 45 qu’un premier groupe d’une trentaine d’invités est arrivé, à bord d’un autocar.

Quinze minutes plus tard s’est présentée une limousine transportant des proches de Robert et garçons d’honneur du mariage parmi lesquels les Hells Angels de Montréal Salvatore Cazzetta, David Lefebvre et Marcel Messier.

Environ 250 personnes, dont plusieurs motards et individus liés à d’autres groupes du crime organisé montréalais, devaient assister à la cérémonie. Les journalistes ont notamment aperçu des individus liés à la mafia montréalaise dont Antonio Pietrantonio et Giuseppe Focarazzo. Les demoiselles d’honneur arboraient des vestes de cuir recouvrant leurs robes, sur lesquelles était inscrite la devise de loyauté des motards « Ride or die », ainsi que le « M » de « Martin » et le « A » d’« Annie », prénom de la mariée. Cette dernière, Annie Arbic, est la fille de Sharon Simon, la « reine de Kanesatake » et trafiquante de drogue.

Le couple d’époux est finalement arrivé vers 17 h 45, dans une voiture décapotable bleue dont il s’est rapidement extirpé pour s’engouffrer dans la salle de réception, à l’abri des caméras des journalistes et des autorités.

Un haut membre du crime organisé

Martin Robert appartient à la section de Montréal des Hells Angels, mais il serait ou aurait également été membre de la section de la Côte d’Azur, en France. 

Selon des informations, il contrôle des territoires de trafic de stupéfiants au nord de l’île de Montréal et serait très impliqué dans le prêt d’argent, lui qui serait à couteaux tirés avec un autre prêteur par les temps qui courent. 

Il semble que Robert ait eu l’intention de s’établir en République dominicaine avec sa famille ces dernières années, mais qu’il aurait été refoulé par les autorités locales, nous a-t-on dit. 

Depuis 2013, au moins deux Hells Angels influents et un ancien membre – resté toutefois un associé majeur de l’organisation – se sont mariés, plus discrètement, dans la région de Montréal. 

Salvatore Cazzetta a tenu la réception de son mariage à Vaudreuil-Dorion en août 2013, Mario Brouillette a choisi l’hôtel Estérel en juin 2016 et David Lefebvre a opté pour une salle de réception de la rue Saint-Denis, en septembre dernier. 

C’est toutefois la première fois qu’une telle cérémonie se tient dans des endroits aussi somptueux que l’hôtel Windsor et le Mount Stephen, en plein centre-ville de Montréal.

Prestige et visibilité

« C’est l’un des effets des procédures de SharQc. Les Hells Angels disent “on a gagné” et veulent démontrer qu’ils sont revenus en force. C’est une question de visibilité et de prestige. Ils montrent qu’ils ont de l’argent, que ce n’est pas un problème. C’est une façon de narguer la police », interprète un policier qui n’a pas l’autorisation de parler aux médias.

Une autre source policière affirme que jamais les Hells Angels n’ont été aussi forts au Québec et au Canada. Ils sont actuellement 87 membres dans la Belle Province et près de 400 dans tout le pays.

« Les Hells Angels du Québec sont respectés à travers le Canada et le monde. Au Canada, ils sont les références, car ils ont fait la guerre et sont devenus des hommes d’affaires. Ils contrôlent au moins 95 % du territoire québécois. Ils ont une influence dans une région de l’Ontario et au Nouveau-Brunswick. »

— Un autre enquêteur sous le couvert de l’anonymat

« Ils sont sortis de prison au moment où la mafia était une nouvelle fois ébranlée, ils se sont étendus partout en province et ils ont pris le contrôle. Ils ont fait des liens internationaux partout. Ils n’achètent plus la cocaïne de la mafia et n’ont plus besoin d’elle pour en importer. Ils font cela eux-mêmes comme les Italiens le faisaient. Ils prennent l’avion, ils vont dans les pays fournisseurs et font énormément d’argent », ajoute cette source.

Des policiers affirment que les Hells Angels jouent de plus en plus dans les platebandes du crime organisé traditionnel italien (COTI) ; ils importent des stupéfiants eux-mêmes, font dans le prêt d’argent et lorgnent les très lucratifs paris sportifs. 

« Même que les Hells Angels, on les voit de moins en moins avec leur veste, sauf pour les rassemblements. Ils se sont adaptés et raffinés. Ils ont le contrôle, ils n’ont pas besoin de s’impliquer et l’argent rentre quand même », conclut-elle. 

Tenue de l'événement dénoncée

L’ex-chef du Bloc québécois et porteur de la loi fédérale antigang, Gilles Duceppe, n’en revenait tout simplement pas, hier, qu’un évènement du genre se tienne sur le territoire de la ville de Montréal. « Je trouve que cela n’a aucun sens. Je ne peux accepter que des institutions comme le Windsor ou le Mount Stephen acceptent ça », a-t-il dit à La Presse.

« Est-ce que les Hells ont envoyé des gens non identifiés faire la réservation ? Cela se peut fort bien, mais ni l’un ni l’autre [de ces établissements] ne peut prétendre depuis 48 heures que ce n’est pas ça qui se passe. Je trouve que c’est inacceptable. […] C’est de l’argent sale, des motards criminels qui corrompent la jeunesse, qui ont des meurtres sur la conscience. »

M. Duceppe a d’ailleurs exhorté la mairesse Valérie Plante à prendre des moyens immédiats pour interdire la présence « des patchs » dans la métropole, comme l’ont fait des municipalités comme Saint-Tite. « Mme Plante a-t-elle parlé à ses citoyens, aux familles victimes de ces organisations criminelles ? […] C’est un manque de courage flagrant », a-t-il dénoncé.

Pour la mairesse, il n’est pas question pour l’instant d’instaurer de règlement qui interdirait aux groupes criminels d’afficher leurs couleurs. L’attachée de presse de Mme Plante, Laurence Houde, a rapporté à La Presse que cela pourrait être étudié dans l’avenir, mais que « ce n’est pas dans les plans » dans l’immédiat.

En ce qui concerne la sécurité des citoyens, le cabinet de la mairesse se veut rassurant, rappelant que « le SPVM est toujours là pour assurer la sécurité publique » lors de tels rassemblements.

— Avec Marissa Groguhé et Fanny Lévesque, La Presse

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