Red Wings–Canadien

La fête tombe à plat

Jouant leur deuxième match en deux soirs, les joueurs du CH ont semblé manquer d’énergie et ont laissé les visiteurs jouer les trouble-fête, s’inclinant par la marque de 4-2.

Analyse

La fraction de seconde

Au début de la troisième période, la foule du Centre Bell s’est permis un cri de guerre assez inhabituel. « De-fence ! De-fence ! » Un chant inspiré du football, mais qui s’appliquait à merveille au match du Canadien de Montréal, qui a perdu 4-2 face aux Red Wings de Detroit.

Christian Folin venait d’être chassé pour un coup de coude inutile. Tout le monde voyait ce qui clochait avec la brigade défensive du Canadien. Dans une soirée plutôt morne, une entrée en matière sans saveur au Centre Bell, le public a au moins pu exprimer avec lucidité ses inquiétudes.

Parce que le Canadien ne traversera pas 82 matchs comme ça. Le Canadien ne pourra pas éternellement rattraper au pointage ses rivaux dans des scénarios de film. Les autres équipes de la LNH sont trop bonnes pour se laisser berner soir après soir.

Le Canadien ne pourra pas éternellement jouer de manière si brouillonne dans sa zone et être si inefficace en transition de rondelle. La réalité de la LNH va le rattraper plus tôt que tard.

Alors, qu’est-ce qui se passe au juste ? Jeff Petry, ordinaire même s’il a été le défenseur le plus utilisé, s’est lancé dans une explication fort détaillée.

« Cela concerne l’importance de savoir où les joueurs seront, et de s’assurer que les joueurs sont au bon endroit. Quand tu lèves la tête et que tu t’attends à ce qu’un joueur soit à un certain endroit, près de la rampe par exemple, et qu’il n’y est pas, il faut une seconde de plus pour trouver une solution de rechange. »

« Tout le monde doit être sur la même longueur d’onde, sans s’éloigner de ce qui est attendu de nous. »

— Jeff Petry

Est-ce parce que ce n’est que le quatrième match de la saison ? Ou qu’il y a de nouvelles combinaisons de joueurs ?

« Pour la majorité des joueurs, ce n’est pas nouveau. C’est une question de concentration et de savoir quel est le rôle de chacun. »

Claude Julien a tenté une explication plus générale. Ses joueurs ne sont pas sharp, pour reprendre son mot exact. On pourrait traduire par « précis dans leurs gestes, concentrés dans leurs intentions ». C’était vrai sur chacun des buts des Red Wings.

Un exemple

Pour expliquer ce que l’entraîneur-chef veut dire exactement, nous avons isolé une séquence de trois minutes en première période, quand il restait entre 7 min 30 s et 4 min 30 s à jouer.

Tyler Bertuzzi a commencé avec une belle occasion de marquer sur un tir sur réception dans l’enclave, suivi d’un retour saisi par Anthony Mantha. Carey Price a résisté. Le Canadien est resté longtemps coincé dans sa zone, et Jeff Petry a finalement trouvé le moyen de repousser la rondelle dans le fond de la zone des Wings. Une rondelle redonnée à l’adversaire. Un cadeau.

Tout de suite après, Danny DeKeyser a décoché un tir dans la circulation dense, et Darren Helm a inscrit le premier but des Red Wings pendant que Christian Folin, pauvre lui, cherchait la rondelle dans tous les sens.

À la reprise du jeu, Ben Chiarot s’est avancé trop loin dans la zone des Wings, ce qui a conduit à un deux contre un, et une occasion ratée pour Helm. Sortie de zone de Nate Thompson et Artturi Lehkonen ratée, et encore Helm avec la menace. Puis c’est Taro Hirose qui a forcé Price à se surpasser quelques secondes plus tard, après une bataille perdue de Victor Mete contre Luke Glendening.

Trois minutes pour résumer les défaillances du Canadien. Quand la pression est insistante, c’est une question de fraction de seconde. Tous doivent être au bon endroit. Et dans le cas qui nous occupe, ils n’y sont pas.

« La transition dans la zone centrale, je dirais que ce n’est pas mieux non plus, a reconnu Julien. C’est une combinaison de tout. On remarque les défenseurs, mais les avants aussi doivent être disponibles. Des fois les défenseurs pourraient passer plus rapidement, mais on voit aussi des fois où ils ont de la difficulté à trouver quelqu’un à qui donner la rondelle. »

« On voit qu’on n’est pas précis avec nos décisions. Ça va affecter ton jeu de transition et ton jeu défensif. Sur les buts accordés, l’erreur est évidente. C’est évident parfois que certains ne font pas bien leur travail. »

— Claude Julien

Sur le deuxième but des Red Wings, Chiarot n’a pas su empêcher la passe, Price était déporté, Phillip Danault et Petry ont laissé filer Tyler Bertuzzi. Et sur celui d’Anthony Mantha en avantage numérique, le Québécois a réussi trois tirs sur réception coup sur coup sans être inquiété par son couvreur Joel Armia.

Donc, aujourd’hui, le Canadien va s’offrir une séance vidéo essentielle, à défaut de sauter sur la glace. C’est une décision logique de se reposer, à la veille d’un troisième match en quatre soirs, demain, contre les Blues de St. Louis. C’est tout aussi logique de retourner tout de suite à la planche à dessin. Il y a du travail à faire.

Prochain match : Blues St. Louis c. Canadien, demain (19 h), au Centre Bell

Ils ont dit

« Il faut se ressaisir »

« On doit retrouver cette précision pour gagner. On doit continuer à faire de la vidéo, c’est notre troisième match en quatre soirs [demain]. Le mieux qu’on peut faire est de regarder des vidéos. On a besoin d’une pause physique, mais mentalement, il faut se ressaisir. »

— Claude Julien

« Je ne pense pas que ce fut un mauvais match pour nous. Ils ont bien joué en zone neutre et leur jeu de transition a été rapide. On a eu à disputer deux matchs en deux soirs, mais c’est la Ligue nationale et c’est comme ça. À certains moments dans le match, on a peut-être joué de manière un peu molle. Mais on a affronté une bonne équipe. »

— Jonathan Drouin

« Ce n’est pas parce qu’on a eu à jouer deux matchs en deux soirs, on doit juste jouer mieux que ça. Les Red Wings ont une bonne équipe et ils patinent très bien, mais il y a encore plusieurs aspects de notre jeu sur lesquels nous devons travailler. »

— Max Domi

« Les Red Wings ont très bien patiné et il s’agit d’une équipe avec beaucoup de vitesse. Malgré tout, on avait quand même une chance, j’ai trouvé qu’on a disputé une assez bonne troisième période. »

— Carey Price

« Quand on est vraiment bons, on se rend rapidement à l’adversaire et tout le monde est à la bonne place. On cherche encore la zone de confort dans notre territoire pour être les premiers sur la rondelle et recevoir de l’aide rapidement. Chaque équipe que l’on a affrontée est bonne en échec avant. Ça montre que défensivement, nous devons être plus efficaces dans notre zone. »

— Jeff Petry

Propos recueillis par Jean-François Tremblay et Richard Labbé, La Presse

Red Wings–Canadien

Dans le détail

Un trio d’observations sur le match entre les Red Wings et le CH.

Une cérémonie des plus tièdes

C’était soirée d’ouverture, hier au Centre Bell, et comme le veut la fière tradition du CH, on a eu droit à une interminable présentation, avec les éléments habituels, soit du feu, un flambeau et du Coldplay pour bien nous achever. Un constat, tout de même : de mémoire, il s’agissait, et de loin, de l’accueil le plus tiède réservé aux joueurs du Canadien depuis que ces cérémonies sont présentées au Centre Bell. Hors Jonathan Drouin et Carey Price (de loin le plus applaudi), les joueurs du Canadien ont presque tous été reçus dans une indifférence assez lourde. De toute évidence, le public montréalais a du mal à s’identifier à la cuvée de 2019-2020, un phénomène qui s’explique peut-être par les récentes saisons de misère, ou encore par le très petit nombre de joueurs québécois dans la formation (seulement deux, cette saison). On peut estimer qu’une telle indifférence n’est pas bonne pour l’équipe, ni aux guichets ni du côté des boutiques de produits dérivés.

Mantha à fond la caisse

Anthony Mantha était déjà en feu avant d’arriver au Centre Bell, et il l’était encore plus au moment de repartir hier en soirée. Ainsi, l’attaquant québécois a récolté un autre but en deuxième période, déjà son sixième de la saison, en décochant un solide plomb que Carey Price n’a jamais eu le temps de voir arriver. Après quatre matchs cette saison, Mantha a déjà huit points au compteur, et plus tôt en matinée, il expliquait à quel point des cours spécialisés de patinage l’avaient aidé à préparer sa saison. « Quand je me suis blessé à une main, la saison dernière, j’ai demandé à mon entraîneur de patinage de venir à Montréal pendant deux semaines, a-t-il raconté hier matin au Centre Bell. Je ne pouvais pas lancer ni faire des passes, mais j’ai eu droit à deux semaines de séances de patinage de puissance. Ça a eu un impact immédiat sur mon patin, ma vitesse, mon agilité. »

Suzuki et l’intensité

Il fallait s’y attendre : pour Nick Suzuki, il allait y avoir des hauts et des bas cette saison. Normal pour un joueur de première année. Sauf qu’hier avant le match, Claude Julien a parlé d’intensité. « Nick Suzuki a connu un très bon camp, il bataillait bien, a analysé l’entraîneur. Cette partie de son jeu a chuté un peu. » Hier soir, le jeune attaquant n’a pas eu un seul tir au but, n’a pas eu de point à sa fiche non plus, et en plus, il a écopé d’une punition pour coup de bâton. Manque d’intensité ? Ce n’est pas ce qu’il croit, en tout cas, s’il faut se fier à ce qu’il avait à dire après le match. « J’ai fait de la vidéo avec Kirk [Muller], j’ai parlé avec Claude [Julien] avant le match, a-t-il expliqué. Je dois travailler à l’intensité des batailles. Je ne crois pas que mon niveau de compétition soit un problème. Je suis compétitif. Mais l’intensité des batailles contre des gros joueurs de la LNH doit être à son plus haut niveau, en ce qui me concerne. Je crois avoir fait un meilleur travail sur cet aspect du jeu, cette fois. »

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