Opinion Laurent Turcot

Des sports improbables dans l’histoire

Hockey, football, baseball et soccer. Disons que ce sont des sports assez convenus. Ne serait-il pas temps de s’intéresser à certains sports anciens ou oubliés ? Edward Brooke-Hitching, dans son Encyclopédie des sports oubliés (Denoël, 2015), propose quelques pratiques pour le moins… inusitées. 

Voiture contre taureau

En 1901, Henri Deutsch de la Meurtre, riche magnat du pétrole, voulait offrir un spectacle nouveau aux habitants de Bayonne (France) qui se réunissaient dans les arènes, où la corrida était très médiatisée. Pour faire face au taureau, une célébrité locale, Ledesma, montée à bord d’une Peugeot 12 cylindres conduite par M. Chevrin, le chauffeur personnel de l'homme d'affaires. La bête et le véhicule se firent face. M. Chevrin passa la première vitesse et la voiture se mit en branle. En réponse, le taureau frappa le sol du sabot, souffla par les naseaux, tourna la queue et détala ! La voiture poursuivit l’animal, mais rien à faire, ce dernier refusa de faire face à la machine. De la Meurtre fit alors entrer six autres taureaux qui tous refusèrent, certains préférant sauter la barrière des spectateurs plutôt que d’affronter la voiture.

La lutte sur pieuvre

Dans les années 20, un certain Vanderhoeven a l’idée de pêcher des pieuvres géantes de la côte Pacifique pour les vendre à la communauté chinoise locale. Il s’associa à O’Rourke, ancien garde-côte, considéré comme « le père de la lutte sur pieuvre ». Une fois la pieuvre trouvée, le plongeur (attaché à une corde) se faisait enserrer par l’animal. On les hissait ensuite et s’ensuivait la lutte sur la bateau qui résultait toujours par la mort de l’animal. Le réalisateur et producteur américain Cecil B. DeMille admirait le travail d’O’Rourke et l’a même engagé pour le filmer. En 1963, on organisa un championnat du monde, 1100 plongeurs y prenant part, pour une remontée de 25 pieuvres, certaines pesant jusqu’à 26 kg.

Le saut de barils

On a souvent l’impression que les héros du samedi ont lancé la mode, mais c’est en fait beaucoup plus vieux. L’activité la plus à même de détruire la colonne vertébrale de l’homme s’est mise en place au début du XXe siècle. C’est Ed Lamy (États-Unis), champion de patinage de vitesse, qui, en 1912, établit le record à 14 tonneaux, soit une distance de 8,43 m. On assiste ensuite à un regain de popularité dans les années 50 avec un premier tournoi international (1951). Le sport se développe surtout aux États-Unis et au Canada. La Fédération canadienne de sauts de barils alla même jusqu’à organiser une démonstration du sport à Lillehammer en 1994, mais cela ne porta pas ses fruits. Un porte-parole du Comité international olympique répliqua, pour expliquer son refus de voir le saut de barils aux Jeux olympiques : « Cela semblait être un sport très brutal. Personne n’y arrivait jamais, ils finissaient tous par retomber sur leur postérieur. »

Le lancer du renard

Le lancer du renard… ou quand la cruauté rencontre la stupidité. La pratique se développe surtout au XVIIe siècle en Angleterre et en Allemagne. Ses origines ? Une vieille superstition. Pour se porter bonheur durant l’hiver, on prenait un chien ou un renard, symbole de l’esprit hivernal malfaisant, et on le lançait à l’aide d’une couverture jusqu’à ce qu’il meure. En quoi consiste ce « sport » ? Il fallait envoyer des renards le plus haut possible dans les airs. On étendait sur le sol une bande de tissu ou de tulle (tissu à rebondir). Les lanceurs tenaient chacun une extrémité de la bande détendue en son milieu et attendaient. On relâchait des renards de leur enclos, les animaux couraient sur le terrain avant de se jeter par inadvertance dans la fronde. Une partie du plaisir consistait à observer l’animal se débattre en l’air pour essayer de retomber sur ses pattes. Les concurrents traquaient les animaux blessés et les achevaient joyeusement à coups de massue. On relâchait même des lapins parfois pour continuer. Il y aura parfois de véritables hécatombes. En 1747, sous Auguste III, roi de Pologne, le lancer fit mourir 414 renards, 181 lièvres, 39 blaireaux et 1 chat sauvage.

L'auto-polo

L’idée de remplacer les chevaux par des voitures naît en 1902. Lors du premier match d’auto-polo, le Chicago Daily Tribune écrit : « La partie se déroule si vite que l’œil du spectateur inexpérimenté a du mal à suivre. » Le modèle Ford T, sorti en 1908, est vite adopté par les amateurs d’auto-polo en raison de son côté abordable, sa légèreté et sa bonne résistance aux chocs fréquents. Dans la voiture, on retrouve un joueur qui conduit et un autre qui a le maillet pour frapper. L’arbitre se déplace à pied et le ballon est gros comme un ballon de soccer. Il n’est pas rare que les voitures se retournent, et si l’une d’entre elles se retrouvait coincée la tête en bas, c’était à ses occupants d’en sortir et de la remettre à l’endroit. Il s’agit là d’un joyeux mélange d’agressivité et de rudesse digne d’un derby de démolition. Certains pilotes oublient souvent la balle pour mieux foncer dans l’adversaire. Malgré une large couverture médiatique du sport dans les années 10, l'enthousiasme passe dans les années 30 et le sport est oublié.

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