ÉDITORIAL ARIANE KROL

ÉLECTIONS EN ONTARIO
Le modèle Ford

Les Ontariens viennent de porter au pouvoir un premier ministre résolument populiste, qui a su faire écho aux préoccupations des électeurs, mais beaucoup promis sans se soucier de la faisabilité de ses engagements. Il faudra maintenant voir comment Doug Ford réussit à concilier ses priorités avec les défis et réalités de la plus grosse province canadienne.

Doug Ford a montré qu’il était capable de faire du surf – sur la vague d’insatisfaction qui, bien avant son arrivée à la tête du parti, promettait de porter les progressistes-conservateurs ontariens au pouvoir. On a hâte de voir comment il se débrouillera dans l’espèce de course à obstacles extrême qui l’attend.

Doug Ford vient d’en faire une nouvelle démonstration : prendre des libertés avec les règles non écrites peut désormais vous donner un énorme avantage en campagne électorale.

Promettre du même souffle de réduire les taxes et d’augmenter les dépenses, sans même essayer de faire tenir tout ça dans un semblant de cadre financier ?

Il y a quelques années encore, un parti établi manquant à ce point de sérieux aurait perdu toute crédibilité. Plus maintenant.

Avec sa proposition de vente concrète (« Mettre plus d’argent dans vos poches ») déclinée en quelques arguments facilement transposables dans un budget familial (rabais à la pompe, facture d’électricité allégée, baisse d’impôt), le nouveau chef des progressistes-conservateurs a réussi à obtenir l’adhésion d’une solide proportion d’électeurs ontariens.

« Maintenant, le vrai travail commence », a-t-il lancé en conférence de presse hier.

Il n’aurait pas pu mieux dire.

Même si le taux de chômage demeure bas, la situation économique de l’Ontario est loin d’être à toute épreuve. Le secteur manufacturier de la province, déjà sous pression avec la renégociation de l’ALENA, doit maintenant composer avec les tarifs sur l’acier et l’aluminium décrétés récemment par le président américain. Doug Ford s’est voulu rassurant hier, promettant de faire front commun avec le premier ministre canadien « contre notre voisin du Sud ». Mais comme on l’a vu au cours de la dernière semaine, il y a des limites à ce que Justin Trudeau peut faire contre les velléités protectionnistes de l’administration Trump.

Sans oublier l’endettement de la province qui, après s’être considérablement alourdi ces dernières années, limite la marge de manœuvre du nouveau gouvernement.

Si le premier ministre désigné veut pouvoir tenir un minimum de promesses, il devra faire des choix.

Or, que ce soit durant cette campagne provinciale ou lors de son passage au conseil municipal de Toronto sous le règne de son sulfureux frère Rob, Doug Ford n’a jamais donné l’impression d’être un politicien soucieux du détail ou de l’exécution rigoureuse de politiques publiques. Souhaitons aux Ontariens que les autres députés progressistes-conservateurs qu’ils ont élus jeudi sauront encadrer leur chef. D’autant qu’en plus des promesses coûteuses à financer, il y en a un certain nombre qui sont techniquement difficile à réaliser.

Passons sur le renvoi du grand patron d’Hydro One – une décision qui ne relève plus directement du gouvernement depuis la privatisation partielle de la société d’État. D’autres engagements s’annoncent encore plus compliqués à tenir. Extirper l’Ontario du marché du carbone, par exemple, pourrait nécessiter plus d’un an et des centaines de millions de dollars d’indemnités aux sociétés qui ont déjà acheté des droits d’émission.

Doug Ford s’est engagé hier à donner suite à un premier élément de son programme sans tarder : le recrutement d’un vérificateur indépendant afin d’avoir l’heure juste sur les finances de la province. Un excellent investissement, à tout le moins du point de vue politique. Ce vérificateur lui donnera sans doute des munitions pour dégainer l’excuse favorite du nouvel-élu-qui-cherche-

à-gagner-du-temps-et-à-diminuer-les

attentes : « La situation financière est vraiment pire que ne l’avait dit le précédent gouvernement »…

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.