élections fédérales 2019

Scheer sort les griffes

Le chef du Parti conservateur a misé sur l’attaque hier pour marquer quelques points dans le premier débat officiel en anglais. Mais tous ses adversaires ne sont pas restés sur la défensive. 

Débat des chefs en anglais

La laïcité au cœur des hostilités

OTTAWA — Si le chef libéral Justin Trudeau avait plutôt été sur la défensive depuis le début de la campagne fédérale à propos de sa position sur la Loi sur la laïcité de l’État, il s’est targué hier soir d’être le seul leader à laisser la porte ouverte à une contestation devant les tribunaux.

La question de la laïcité s’est invitée assez rapidement dans ce premier grand débat national disputé en anglais, qui réunissait les six chefs fédéraux sur la scène du Musée canadien de l’histoire à Gatineau.

« C’est une question difficile politiquement parce que […] c’est très populaire, mais je suis le seul sur cette scène qui a dit qu’un gouvernement fédéral pourrait intervenir devant les tribunaux parce qu’un gouvernement fédéral doit protéger le droit des minorités », a-t-il appuyé avec vigueur.

C’était toutefois le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD) qui venait d’être interpellé personnellement en ouverture du deuxième segment de la soirée par la modératrice, qui a demandé à Jagmeet Singh pourquoi il n’avait « pas eu le courage de se battre contre cette loi discriminatoire » puisqu’il porte lui-même des signes religieux.

Le leader néo-démocrate a alors réaffirmé qu’il s’opposait à la loi québécoise comme à toutes celles « qui divisent la population », mais a poursuivi en jouant la carte de la défense des valeurs progressistes, que partagent aussi les Québécois. M. Singh a aussi indiqué que la Loi sur la laïcité de l’État « polarise » au Québec, ce à quoi le chef bloquiste n’a pas tardé à répliquer : « Soixante-dix pour cent des Québécois appuient la loi 21 », a lancé M. Blanchet, qui participait à son premier débat dans la langue de Shakespeare.

Le ton s’est durci lorsque M. Singh a soutenu que la loi québécoise dit essentiellement « aux gens qu’ils ne peuvent pas occuper un emploi en fonction de leur apparence [the way they look] ».

Piqué au vif, le leader bloquiste a répondu du tac au tac : « Ce que vous dites n’est pas vrai, vous savez que ce n’est pas vrai et c’est complètement faux. »

Le chef libéral a choisi d’en rajouter une couche en se disant « surpris » de la position du chef du NPD, lui « qui a lutté contre la discrimination toute sa vie » et qui a déjà indiqué que sa formation ne contesterait pas la loi québécoise s’il prenait le pouvoir.

En point de presse après le débat, M. Singh a maintenu qu’il n’avait pas l’intention de contester la Loi sur la laïcité s’il est porté au pouvoir, entretenant néanmoins un certain flou si la cause devait être portée devant le plus haut tribunal au pays.

« Juridiquement, tous les premiers ministres doivent regarder ce qui se passe à la Cour suprême, et c’est quelque chose de normal », a-t-il servi aux journalistes qui le talonnaient sur sa position.

Interrogé à son tour par les médias, M. Trudeau a assuré qu’il n’avait pas pris de décision sur une éventuelle contestation judiciaire.

SCHEER À L’ATTAQUE

Le chef conservateur Andrew Scheer n’a pas attendu longtemps avant de jeter les gants, lui qui avait « hâte de débattre en anglais » avec Justin Trudeau. Dès sa première prise de parole, il a accusé le leader libéral d’être « faux », un « imposteur » et de ne pas « mériter de gouverner ce pays ».

« Il n’arrive même pas à se souvenir combien de fois il a porté le blackface, parce que le fait est qu’il porte un masque. Il met un masque de réconciliation et ensuite, il congédie la première femme autochtone procureure générale. Il met un masque de féministe, puis chasse deux députées qui ne voulaient pas de la corruption », a-t-il argué.

À ses côtés, le chef du Parti populaire du Canada, Maxime Bernier, a accusé l’ensemble de ses adversaires d’être des « mondialistes ». Sa formation, a-t-il lancé, est la seule qui « mettra le Canada en premier » plutôt que de miser sur la conquête d’un siège au Conseil de sécurité de l’ONU.

Lorsqu’est venu son tour de parole, Justin Trudeau a profité de sa réponse à M. Bernier pour décocher une flèche à son principal rival, Andrew Scheer, affirmant que le chef du Parti populaire du Canada avait au moins le mérite de dire tout haut ce que M. Scheer dit en privé.

RETOUR SUR L’AVORTEMENT

La question de l’avortement n’était pas à l’ordre du jour, mais Justin Trudeau s’est fait un point d’honneur de la ramener sur le tapis. « Vous ne défendrez pas le droit d’une femme à disposer de son corps », a reproché le chef libéral à son rival, alors qu’il était théoriquement question d’économie.

Contrairement à ce qu’il avait fait mercredi dernier sur le plateau du réseau TVA, le chef conservateur ne s’est pas défilé pendant ce débat dans la langue de Shakespeare.

« Des millions de Canadiens ont une position différente sur cet enjeu. Et comme des millions de Canadiens, je suis personnellement pro-vie », a-t-il répliqué à son interlocuteur.

Et après qu’au milieu de la cacophonie ambiante, Jagmeet Singh eut fait valoir qu’un homme « n’avait pas sa place dans une discussion » sur le droit à l’avortement, la leader du Parti vert, Elizabeth May, a souligné qu’elle avait trouvé « vraiment intéressant » que pendant la majeure partie de cette campagne, on entende des hommes en débattre.

PLAYDOYER POUR L’ENVIRONNEMENT

L’enjeu de l’environnement a aussi donné lieu aux habituelles flammèches sur l’achat du pipeline Trans Mountain par le gouvernement Trudeau au coût de 4,5 milliards. Ici, Elizabeth May en a profité pour dire tout son désarroi à Justin Trudeau.

« Ça me brise le cœur de vous voir ici aujourd’hui en sachant que vous auriez pu faire tellement plus ces quatre dernières années. Je prie Dieu pour que vous n’ayez pas une majorité cette fois-ci », s’est-elle exclamée.

Andrew Scheer a profité de ce segment pour reprocher encore une fois à son vis-à-vis libéral de faire campagne avec deux appareils. Il avait une nouvelle ligne d’attaque : « Sa façon de justifier le fait d’avoir deux avions est qu’il a acheté des crédits de carbone, ce qui est quelque chose que seuls les privilégiés peuvent faire pour continuer à polluer. »

Particulièrement énergique pendant cette portion de la joute oratoire, Elizabeth May y est aussi allée d’un crochet à l’endroit du leader conservateur.

« Avec tout le respect que je vous dois, vous ne serez pas premier ministre. La question est de savoir si M. Trudeau remporte une majorité ou si M. Trudeau remporte une minorité » a-t-elle balancé à son intention.

Quant à Maxime Bernier, qui a dénoncé l’« alarmisme climatique » sur toutes les tribunes depuis des mois, il a eu cette déclaration : « Au Parti populaire, nous sommes le seul vrai parti environnementaliste. » Le Beauceron, dont la participation aux débats ne faisait pas l’unanimité, a dès le début de la joute dû clarifier ses tweets controversés, notamment celui à propos de la jeune militante Greta Thunberg.

Le prochain et dernier affrontement des chefs fédéraux aura lieu jeudi, toujours à Gatineau, en français cette fois.

Blanchet remet les pendules à l’heure

Le chef bloquiste a profité de la question d’une citoyenne sur « l’unité canadienne » pour remettre les pendules à l’heure à propos des mots qu’il a prononcés à la toute fin du Face-à-Face de TVA, la semaine dernière, lorsqu’il a invité la population à voter « pour des gens qui vous ressemblent ». Cette phrase a semé la controverse dans le Canada anglais et a été perçue par certains analystes comme étant discriminatoire.

« Je crois que la démocratie croît avec l’information, alors traduire l’affirmation “voter pour des gens qui vous ressemblent” par “voter pour des gens qui ont votre apparence” est, au mieux, malhonnête », a lancé M. Blanchet, rappelant que des chefs avant lui, comme Michael Ignatieff et Thomas Mulcair, avaient tenu les mêmes propos.

SNC-Lavalin :  Scheer défie Trudeau

« Nous en sommes maintenant rendus à la portion du face-à-face. Choisissez le chef que vous voulez et posez-lui une question. » L’animatrice n’avait pas encore fini sa phrase qu’Andrew Scheer se tournait vers Justin Trudeau, ce qui a provoqué des rires dans la salle.

En réponse à la question du chef conservateur, le premier ministre sortant a réitéré que les allégations d’ingérence politique parues en février dernier dans le Globe and Mail étaient « fausses » –, et ce, en dépit du fait que le commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique a conclu dans un rapport que Justin Trudeau avait fait pression sur l’ancienne ministre de la Justice Jody Wilson-Raybould.

Yves-François Blanchet a pour sa part déploré que Justin Trudeau s’y soit pris « de la mauvaise façon » pour défendre les emplois à SNC-Lavalin. Mais il a adressé ses propos les plus durs au leader du Parti conservateur. « Ce que vous faites, M. Scheer, c’est jouer le vieux refrain que le Québec est corrompu. Ces 3400 personnes [employés de la firme] n’ont rien fait de mal », a-t-il regretté.

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Débats des chefs en anglais

Le débat en huit moments forts

Scheer montre les dents

Andrew Scheer a-t-il été piqué au vif par les critiques suivant le débat de TVA, la semaine dernière ? À son tout premier tour de parole, alors qu’il était censé s’exprimer sur la défense des intérêts et des valeurs du Canada sur la scène internationale, le chef conservateur s’est plutôt tourné vers son rival libéral pour le prendre à partie. Justin Trudeau « ne peut même pas se souvenir combien de fois il a affiché un blackface », a lancé M. Scheer. Puis, fixant froidement son adversaire, il a déclaré : «  Monsieur Trudeau, vous êtes un poseur [phony], un imposteur, vous ne méritez pas de gouverner ce pays. » Et on n’avait pas encore atteint la cinquième minute du débat.

La « pire idée » des conservateurs

Elizabeth May a sans doute réservé l’une de ses meilleures répliques de la soirée à Andrew Scheer. Alors que le leader conservateur réitérait sa volonté de sabrer le quart de l’aide internationale canadienne à l’étranger, la cheffe des verts lui a souligné qu’il s’agissait probablement « de la pire idée de [sa] non-plateforme », référence au fait que les conservateurs n’ont pas encore dévoilé leur cadre financier. « Il est possible de combattre la pauvreté au Canada et ailleurs, mais pas avec vos politiques malavisées, cupides et égoïstes », a-t-elle dit.

Climat :  comme en 2015, déplore Singh

Jagmeet Singh a concédé à Justin Trudeau qu’il avait dit « de très bonnes choses » pendant le débat en matière d’environnement. « Le problème, c’est que vous avez cédé sur ces mêmes choses en 2015 », a fait remarquer le chef du NPD. « Vous parlez comme quelqu’un qui fait du climat sa priorité », mais en réalité, a-t-il encore dit, « vous avez acheté un pipeline, vous avez subventionné l’industrie gazière, vous avez rendu la vie facile aux grands pollueurs », a-t-il énuméré. « Qu’est-ce que ça prendra pour que vous respectiez vos engagements ? », s’est demandé M. Singh.

Crise d’identité

Maxime Bernier croyait bien marquer des points en demandant à Andrew Scheer s’il était un vrai conservateur. « Vous ne voulez pas équilibrer le budget : je crois que vous êtes un libéral. Pourquoi prétendre être quelque chose que vous n’êtes pas ? », a lancé le chef du Parti populaire. Sourire en coin, M. Scheer lui a répondu qu’il ne savait pas « à quel Maxime Bernier » il avait affaire. « Est-ce celui des années 90 qui était séparatiste ? Ou est-ce le ministre [sous Stephen Harper] qui a fourni de l’aide aux entreprises ? », a demandé le chef conservateur.

Cacophonique avortement

Quoique succinctes, les discussions sur l’avortement ont sans doute produit la scène la plus absurde du débat, alors que deux duels avaient lieu simultanément aux extrémités du plateau. Elizabeth May a finalement pu prendre la parole pour faire remarquer qu’il était « intéressant » de voir ainsi « des hommes débattre de ce que devraient être les droits des femmes » depuis le début de la campagne. « Nous devons être clairs : nous ne céderons pas un pouce sur le droit acquis durement par les femmes de ce pays », a-t-elle ajouté, applaudie par le public et même par Justin Trudeau et Jagmeet Singh.

Bernier l’écolo

Maxime Bernier s’est livré à une surprenante profession de foi lorsqu’il a déclaré que sa formation politique était « le seul vrai parti environnementaliste », affirmation qui a été suivie d’un murmure amusé dans l’assistance. Le chef du Parti populaire a traité ses adversaires d’« hypocrites », car ceux-ci « veulent changer le monde », mais ne pourront atteindre les cibles de l’accord de Paris, selon lui.

Blanchet à la défense des travailleurs de SNC-Lavalin

Après qu’Andrew Scheer eut envoyé une pointe à Justin Trudeau au sujet de l’affaire SNC-Lavalin, Yves-François Blanchet a voulu défendre les employés de l’entreprise en s’adressant au chef conservateur « au nom de 3400 personnes qui n’ont rien fait de mal ». « Vous avancez l’idée que le Québec est corrompu. La valeur des actions a chuté, les employés quittent l’entreprise, ces personnes vont tout perdre par votre faute », a reproché le chef bloquiste à son adversaire. Ce dernier a toutefois nié les accusations à son endroit.

Laïcité :  Trudeau renforce sa position

Accusé depuis le début de la campagne de vouloir s’ingérer dans le système législatif québécois en n’écartant pas une contestation judiciaire de la Loi sur la laïcité de l’État, Justin Trudeau a affirmé sa position hier soir. « Oui, c’est gênant [awkward] politiquement, parce que cette loi est populaire [au Québec] », a-t-il admis. « Mais je suis le seul sur cette scène à avoir dit : oui, un gouvernement fédéral pourrait devoir intervenir », a-t-il dit, reprochant à Jagmeet Singh de « manquer de leadership » en ne gardant pas cette « porte ouverte ».

Débat des chefs

Des experts se prononcent

Trois spécialistes analysent la performance des six chefs présents au débat — Propos recueillis par Audrey Ruel-Manseau, La Presse

Qui est le gagnant du débat ? Pourquoi ?

Alain-G. Gagnon

Professeur titulaire au département de science politique de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en études québécoises et canadiennes

Ce débat en anglais a permis à Jagmeet Singh et à Justin Trudeau de se démarquer en adoptant des positions très campées quant au rôle que le gouvernement fédéral cherche à s’attribuer en santé, en éducation et dans le logement, domaines de compétence provinciale. La performance de ces deux chefs a été égalée à droite par un Andrew Scheer qui devait jouer ses cartes les plus fortes. Scheer a été particulièrement efficace lorsqu’il a accusé Trudeau d’accroître le déficit et de tromper les Canadiens au sujet de la lutte contre les changements climatiques puisque le pays s’éloignerait des cibles à atteindre. Les partisans de ces trois formations pourront prétendre à la victoire de leur chef respectif.

Mireille Lalancette

Professeure agrégée en communication sociale à l’Université du Québec à Trois-Rivières et membre du Groupe de recherche en communication politique

La cacophonie était la grande gagnante. Les chefs s’interrompaient constamment et parlaient les uns par-dessus les autres. Il était difficile de comprendre quoi que ce soit à certains moments. La représentation féminine, avec cinq femmes qui modéraient avec beaucoup de leadership, était positive. Les attaques politiques ont aussi gagné. Justin Trudeau était au cœur de toutes ces attaques et a réussi, tout comme dans le débat en français, à garder son calme et à ne pas être trop sur la défensive. En étant le premier ministre sortant, il avait à défendre son bilan. Il a présenté ses réalisations et a intégré son slogan de campagne, Moving forward, dans plusieurs de ses interventions. Jagmeet Singh a aussi réussi à tirer son épingle du jeu avec ses interventions calmes et son utilisation de l’humour aux bons moments. Il a expliqué sa plateforme avec beaucoup de conviction et s’est présenté comme une solution de rechange aux deux autres partis.

François Rocher

Professeur titulaire, École d’études politiques, Université d’Ottawa

Elizabeth May et Jagmeet Singh ont su tirer leur épingle du jeu. La première se présente comme la seule à prendre au sérieux l’urgence de la crise climatique. Le chef néo-démocrate a marqué des points et a gagné la sympathie du public quand il a abordé le thème de la discrimination et de l’exclusion sociale. Les deux sont apparus sincères en affichant une grande empathie pour les Canadiens moins bien nantis ou vulnérables. Maxime Bernier a pu gagner des points du seul fait d’être invité au débat. Il a profité d’une tribune exceptionnelle pour faire valoir ses idées et leur donner une certaine crédibilité auprès des électeurs sensibles à ses arguments. Étant en tête dans les sondages, Justin Trudeau n’avait pas à remporter le débat, mais il n’avait pas droit à l’erreur, ce qui fut le cas.

Qui est le perdant ? Pourquoi ?

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Les trois autres chefs ont performé en dessous des attentes. Bien qu’Yves-François Blanchet ait constamment rappelé la place devant revenir à l’Assemblée nationale dans les débats pancanadiens, ses attaques ont eu moins de portée que dans le débat en français. Elizabeth May, peu convaincante, a pu marquer quelques points en se distançant de Trudeau, mais il y a fort à parier que cela n’aura aucun impact à l’extérieur de la Colombie-Britannique. Quant à Maxime Bernier, sa vision pour le pays en est une qui s’éloigne des préférences des électeurs en matière d’immigration, de pluralisme identitaire et d’interventionnisme économique.

Mireille Lalancette

Les citoyens qui ont posé des questions et qui n’ont pas obtenu de réponses de la part des différents chefs. Il est étonnant de voir que plusieurs des chefs ne répondaient pas à la question des citoyens et préféraient plutôt pousser leurs promesses et plateformes respectives. Quel message est ainsi envoyé à ces citoyens qui ont bravé leur stress pour parler devant la caméra devant le pays entier ? Est-ce que ces chefs gouverneront de la même manière ? C’est certainement une question qu’ils se posent. Maxime Bernier, avec ses nombreuses interruptions dès la deuxième question, a montré qu’il cherchait à se faire valoir. Cette stratégie n’est toutefois pas gagnante. Yves-François Blanchet a, sans surprise, défendu les positions habituelles du Bloc. Il ne s’est pas particulièrement distingué, alimentant lui aussi la cacophonie générale. Elizabeth May n’avait pas à attaquer Trudeau pour se démarquer. Son parti propose déjà des idées novatrices.

François Rocher

Andrew Scheer devait briller de tous ses feux pour montrer qu’il a les qualités pour devenir premier ministre. Il a été terne et peu combatif, malgré quelques flèches lancées contre Justin Trudeau au sujet de l’éthique ou de la taxation. C’est pour lui une occasion ratée, et il ne pourra pas se reprendre auprès de l’électorat anglophone. Il a été la cible de plusieurs attaques, notamment au sujet de l’environnement, et ses réponses manquaient de vigueur. Si Maxime Bernier a pu profiter de son invitation, il a été incapable de se contenir et, surtout au début, interrompait trop souvent ses opposants. Il a projeté l’image d’une personne qui refusait d’écouter. Yves-François Blanchet a probablement réussi à profondément irriter le Canada anglais en ne mettant l’accent que sur les enjeux québécois.

Qu’est-ce que ce débat apporte de neuf par rapport au débat en français de la semaine dernière ?

Alain-G. Gagnon

Ce débat aura des répercussions différentes au Québec et dans le reste du pays. Au Québec, le respect des compétences du gouvernement québécois et le sort réservé à la Loi sur la laïcité reviendront au centre des débats avec un Singh et un Trudeau forcés de préciser leurs intentions et un Blanchet plus à même de se présenter comme le meilleur rempart du Québec à Ottawa. En outre, l’entrée dans le jeu politique de Bernier contribuera à faire mieux paraître Scheer dans l’électorat tout en fragmentant davantage la droite. Au Canada hors Québec, on peut déjà voir émerger le phénomène du vote stratégique où les électeurs de centre gauche (PLC, NPD, PV) feront front commun pour empêcher les partis de droite de faire des gains.

Mireille Lalancette

Un regard neuf sur les politiciens eux-mêmes qui étaient tous plus à l’aise en anglais. Un aperçu sur la diversité des positions canadiennes et québécoises. Avec deux chefs de plus – des chefs aux vues opposées – et une formule différente, les citoyens ont pu voir une étendue de points de vue plus grande. Le débat a permis de voir la diversité des sujets et les propositions des chefs des différents partis. Scheer a montré sa vraie nature ; alors qu’il était réservé en français, il était très agressif en anglais. Dès la première question, alors qu’il est parti en force en attaquant Trudeau personnellement. Les citoyens pouvaient voir Andrew Scheer sous un autre jour. Il était un tout autre politicien. On voyait qu’il avait préparé toutes ses attaques envers Justin Trudeau. Tout y a passé, de sa personnalité au bilan de son gouvernement au cours des quatre dernières années.

François Rocher

La présence de May et de Bernier a amené des perspectives qui étaient absentes du débat en français. Les enjeux environnementaux ont été davantage débattus, tout comme ceux portant sur les seuils d’immigration. Il est maintenant clair que seul Justin Trudeau va activement participer à la contestation de la loi 21. Il n’a pas répondu à la question à savoir si l’achat du pipeline Trans Mountain serait le dernier investissement majeur dans la filière pétrolière. On aurait souhaité des réponses plus directes aux multiples questions portant sur la situation des Premières Nations qui ont dévié sur l’environnement. La meilleure répartie appartient à Singh qui, sur l’environnement, a fait remarquer que nous étions en présence de M. Délai (Trudeau) et de M. Déni (Scheer).

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