Coupe Rogers

À l’épreuve du temps

De son propre aveu, beaucoup de choses ont changé dans la vie de Rafael Nadal depuis son premier triomphe à la Coupe Rogers, en 2005. Toutefois, certaines certitudes demeurent, comme le besoin de stabilité au sein de son entourage… et le fait qu’il est encore en lice pour remporter son cinquième titre au Canada.

Coupe Rogers

Nadal est toujours là !

Quatorze ans après son premier titre à la Coupe Rogers, en 2005, contre Andre Agassi, Rafael Nadal est encore en lice pour en enlever un cinquième. Après une petite inquiétude en première manche, le favori du tournoi et du public a remporté hier soir son match en quart de finale contre l’Italien Fabio Fognini, 2-6, 6-1, 6-2.

On a demandé à l’Espagnol de comparer le joueur de 19 ans qu’il était en 2005 au champion expérimenté qu’il est devenu, question qui l’a fait sourire. « C’est certain que si, avec ma connaissance du tennis et du sport en général, j’avais encore les jambes que j’avais en 2005, ça ferait un très, très bon joueur, non ? Mais c’est impossible.

« J’ai perdu des choses en chemin, alors j’ai essayé d’en ajouter d’autres afin de demeurer compétitif pendant toutes ces années. L’une des choses les plus importantes pour moi, l’une de celles dont je suis le plus satisfait, est d’avoir toujours pu trouver des solutions pour demeurer compétitif au plus haut niveau après bien des problèmes, bien des blessures. »

« Je ne pense pas que ma personnalité ait beaucoup changé. Mais, bien sûr, j’ai presque 15 ans de plus ! »

Si, comme il le dit, l’Espagnol a perdu des atouts en chemin, sa formidable combativité n’a jamais diminué. Hier, dans un drôle de match où les deux joueurs ont tour à tour pris l’avantage, il n’a jamais baissé les bras.

Fognini a pourtant vite pris l’avantage et, le temps de le dire, il avait remporté la première manche. « Je n’avais pas l’impression d’avoir mal joué, mais les choses sont allées trop vite », a estimé Nadal en point de presse. « C’était difficile mentalement, parce que j’avais probablement mieux joué que lui, que j’aurais pu être en avance 3-0, alors que je me retrouvais mené 3-1 !

« Je savais que le début de la deuxième manche serait crucial. »

— Rafael Nadal

« J’ai été solide dans le premier jeu au service. Il a ensuite fait deux erreurs consécutives, j’ai fait le bris, et cela m’a donné l’assurance pour garder l’avantage jusqu’au bout. »

Gêné par une blessure à un pied, Fognini n’avait plus le même allant dans la dernière manche. Au filet, après le match, les deux joueurs en ont d’ailleurs discuté. « Je lui ai demandé quel était son problème, car je l’avais vu recevoir des traitements, a raconté Nadal. Il m’a expliqué la situation, et c’est quelque chose que j’ai aussi connu. Je ne suis pas un spécialiste, mais je lui ai raconté ce que j’avais fait… »

Nadal devra patienter pour connaître son adversaire en demi-finale. Le dernier match des quarts de finale, opposant l’Espagnol Roberto Bautista Agut et le Français Gaël Monfils, n’a pu être disputé hier soir en raison de la pluie et sera joué à 13 h aujourd’hui. Le vainqueur devra revenir sur le Court central en soirée (20 h) pour affronter le champion en titre.

Duel russe

L’autre demi-finale opposera aujourd’hui (pas avant 15 h) Daniil Medvedev (9e) et Karen Khachanov (8e), deux joueurs nés à Moscou il y a 23 ans, qui seront les premiers Russes à s’affronter à ce stade d’un tournoi Masters 1000.

Sans doute le plus méconnu des joueurs du top 10, Medvedev présente pourtant la meilleure fiche cette saison sur surface dure (23 victoires et 4 titres). Hier, il s’est complètement moqué du quatrième mondial, Dominic Thiem, battu 6-3, 6-1, en 53 minutes.

L’Autrichien, finaliste de Roland-Garros, a expliqué : « Avec tous les voyages et le peu de temps pour faire la transition [il a gagné un tournoi chez lui sur terre battue dimanche dernier], avec aussi deux matchs difficiles jeudi et il y a deux jours, je pense que les batteries étaient à plat. Je n’étais pas à 100 %.

« Cela ne suffisait pas pour un quart de finale dans un Masters 1000, surtout contre un joueur comme Daniil, qui est en pleine forme et qui joue très bien en ce moment. Je n’ai pas pu soutenir les longs échanges face à lui, alors que c’est la seule chance de le battre. Le pointage est donc logique. »

Medvedev est en effet réputé pour la constance de son jeu, avec notamment un revers à deux mains qu’on considère comme l’un des meilleurs du circuit. Quand on lui a demandé qui, selon lui, pourrait le battre dans un duel de revers, il a répondu : « Il faut forcément parler de Novak [Djokovic]. Il est considéré comme ayant l’un des plus beaux revers de l’histoire du tennis.

« Quand je joue contre lui, on se défie sur notre revers. Nous sommes tous les deux bons en revers. Mais cela dépend de l’énergie que l’on a, de notre forme du moment. Quand je ne suis pas en forme, mon revers n’est pas aussi bon. J’essaie de ne pas y penser, mais en même temps, je fais tout pour que mon revers soit l’un des plus beaux du circuit. J’espère que ça marche. »

De son côté, Khachanov a convenu que ce serait difficile d’affronter son compatriote. « Nous avons grandi ensemble, nous jouons tous les tournois depuis 12 ans ou 14 ans et nous sommes dans la même équipe. Nous nous connaissons bien.

« D’un côté, c’est difficile, mais de l’autre, chacun sait à quoi s’attendre, nous savons que nous avons des styles de jeu complètement différents. Le match devrait être intéressant. Nous ne nous sommes rencontrés qu’une seule fois l’année dernière à Moscou, à domicile. Il y avait plus de tension, car justement nous étions à domicile tous les deux. On verra bien. »

LES FAVORIS AU RENDEZ-VOUS

C’était la première fois depuis la Coupe Rogers de 2009 qu’au moins 7 des 10 favoris étaient qualifiés pour les quarts de finale. Cette édition 2009 reste d’ailleurs très particulière puisqu’il s’agit du seul tournoi depuis la création du circuit ATP, en 1990, et même depuis la mise sur pied du classement mondial, dans les années 70, où les huit premiers joueurs mondiaux, aussi têtes de série, ont disputé les quarts de finale. Trois des quatre favoris ont toutefois perdu à ce stade du tournoi, et c’est Andy Murray (3e) qui a remporté la finale. On a bien failli revivre cela hier avec l’élimination des deuxième et troisième favoris, Dominic Thiem et Alexander Zverev. Heureusement, Rafael Nadal a sauvé la mise !

SHAPOVALOV ET BOPANNA EN DEMI-FINALE

Il y aura un Canadien en action aujourd’hui puisque Denis Shapovalov et son partenaire Rohan Bopanna se sont qualifiés hier pour les demi-finales du double à la faveur du forfait de Benoît Paire et Stanislas Wawrinka. Ils affronteront ce soir (18 h) les Néerlandais Robin Haase et Wesley Koolhof pour une place en finale. L’autre demi-finale, qui opposera Marcel Granollers et Horacio Zeballos à Rajeev Ram et Joe Salisbury, sera jouée à midi, mais a été déplacée sur le court Banque Nationale.

AUJOURD’HUI

13 h : Roberto Bautista Agut c. Gaël Monfils (quart de finale)

15 h : Daniil Medvedev c. Karen Khachanov (demi-finale)

20 h : Rafael Nadal c. Bautista Agut ou Monfils (demi-finale)

Coupe Rogers

La stabilité, la clé du succès ?

Quoi qu’il arrive, on aura droit à un duel de générations, demain, en finale. Le tableau des quarts de finale avait en effet regroupé les quatre joueurs les plus jeunes en bas du tableau, les quatre plus vieux en haut.

Medvedev, Thiem, Khachanov et Zverev ont une moyenne d’âge de 23 ans ; celle de Nadal, Fognini, Bautista Agut et Monfils est de 32 ans. Une note de l’ATP a d’ailleurs rappelé hier que c’est la première fois depuis 2011 qu’au moins la moitié des joueurs du top 10 ont 25 ans ou moins.

Cela dit, ça fait déjà un bon moment qu’on parle de l’arrivée d’une nouvelle génération au sommet de la pyramide. Pourtant, depuis trois ans, tous les tournois du Grand Chelem ont été remportés par des joueurs d’au moins 30 ans.

Roger Federer, Rafael Nadal ou Novak Djokovic sont certes des joueurs exceptionnels, peut-être les meilleurs de l’histoire du tennis, mais Nadal a évoqué cette semaine en point de presse un atout important qui ne s’acquiert qu’avec les années : la stabilité de l’entourage.

« Je ne sais pas ce qu’en pensent les jeunes joueurs, les temps changent. Je ne peux pas dire non plus si ce qui marche pour moi va aussi marcher pour eux. Mais pour ma part, j’ai la chance d’avoir autour de moi un bon groupe qui m’aide beaucoup pour mon éducation, pour ma préparation, comme pour toute personne qui évolue au fil des ans.

« L’important est d’avoir avec vous un groupe de personnes qui osent vous dire si ce que vous faites est bien ou pas. Si vous changez d’entourage, il devient difficile de créer cette confiance. »

— Rafael Nadal

« Le problème dans le tennis, c’est que le joueur est celui qui paye l’entraîneur, le kinésithérapeute, l’équipe. Cela crée du coup une atmosphère où les gens ont peur de dire au joueur ce qu’ils pensent, peur de dire la vérité.

« C’est au joueur de leur donner cette confiance de pouvoir dire la vérité, au lieu de dire ce qu’il veut entendre. Selon moi, cette confiance est difficile à bâtir sur une courte période de temps. Si vous avez la même équipe longtemps, ses membres savent que leur emploi ne sera pas menacé s’ils vous disent quelque chose. »

Tous les vétérans n’ont pas bénéficié de la même stabilité de leur entourage, mais Federer et Djokovic ont aussi su garder à leurs côtés, avec parfois des entraîneurs occasionnels, des collaborateurs de confiance qui ont toujours pu leur parler de façon franche.

Pas sûr que les jeunes vedettes du circuit puissent en dire autant.

La foule, encore

On a beaucoup commenté le comportement de la foule, jeudi, pendant le match entre Félix Auger-Aliassime et Karen Khachanov. Le Russe, qui a reçu un bel appui du public montréalais hier lors de son match contre Alexander Zverev, a noté le changement : « Oui, [la foule] a évolué, bien sûr. Comme je l’avais dit hier, il est évident, lorsqu’on joue contre un joueur local, un Canadien, que le public l’encouragera. Mais aujourd’hui, c’était 50/50, c’était vraiment bien. Rien à redire… »

Dominic Thiem, qui avait eu à affronter un autre Canadien, Denis Shapovalov, au deuxième tour, a pour sa part jugé ainsi le public montréalais : « Je le trouve super, car il n’y a pas beaucoup de tournois où, dès le match de midi, le stade est plein. Il n’y a rien de mieux, pour moi, que de jouer dans un stade plein à craquer. C’est normal, quand on joue contre un Canadien, contre un joueur local, d’avoir tout le public contre soi. Il faut l’accepter et apprécier l’ambiance quand même. C’est comme ça que je vois les choses. Mais de manière générale, le public est fantastique ici. Les spectateurs adorent le tennis. »

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