seconde guerre mondiale

Un documentaire sur les lettres retrouvées d’une élève déportée

Durant l’occupation allemande, Louise Pikovsky, une élève parisienne de 16 ans, échange une série de lettres avec sa professeure. En janvier 1944, elle est arrêtée avec sa famille et envoyée vers les camps de la mort. Retrouvées par hasard en 2010, ses lettres sont à l’origine de Si je reviens un jour, un webdocumentaire primé réalisé par Stéphanie Trouillard, journaliste à France 24. Mme Trouillard présentera une conférence demain au Musée de l’Holocauste à Montréal.

Lettres retrouvées

L’histoire commence en 2016, quand le lycée Jean-de-La-Fontaine, à Paris, contacte la journaliste Stéphanie Trouillard, de France 24, spécialisée dans les deux guerres mondiales, pour lui faire part d’une découverte. « Ils avaient retrouvé des lettres écrites par une jeune élève juive durant la Seconde Guerre mondiale, une jeune fille qui a ensuite été déportée, explique Mme Trouillard. Ils avaient besoin d’aide pour retracer son parcours, comprendre ce qui lui est arrivé. » La correspondance impliquait l’élève Louise Pikovsky et sa professeure de lettres, mademoiselle Malingrey.

Grande maturité

Ce qui frappe Mme Trouillard à la lecture des lettres, c’est la maturité de Louise Pikovsky. « Nous avons accès à beaucoup de matériel sur la guerre, mais quand j’ai lu les lettres, j’ai été frappée par la qualité de l’écriture. C’est incroyable. Louise échangerait avec sa professeure de lettres comme si c’était une adulte. Elle était très brillante, et on a réalisé pendant les recherches que c’était la première de la classe, et que la professeure l’avait un peu prise sous son aile. Elle aurait pu faire de grandes choses. Malheureusement, la guerre l’en a empêchée. »

En famille jusqu’au bout

En janvier 1944, Louise se rend chez sa professeure. Il y a une alerte au bombardement ce jour-là, alors sa professeure lui dit de rester pour la nuit. Mais Louise répond que sa mère lui a dit de rentrer, et décide de partir. « C’est le lendemain qu’elle et sa famille ont été arrêtées, dit Mme Trouillard. Je pense que sa professeure avait ce grand regret de ne pas l’avoir plus protégée. On a trouvé dans nos recherches que la professeure avait proposé de la cacher, mais Louise avait voulu rester en famille jusqu’au bout, malheureusement, jusqu’à la déportation. »

Auschwitz

Les familles qui étaient arrêtées n’étaient pas informées sur leur sort. « Beaucoup pensaient qu’on les envoyait travailler à l’est. Certains étaient lucides, ils voyaient que les enfants et les personnes âgées étaient aussi envoyés… Cela dit, on ne pouvait pas imaginer Auschwitz. C’est difficile d’envisager qu’on va se faire tuer. Dans le documentaire, une femme déportée explique que jusqu’au bout, ils n’y ont pas cru. Même en arrivant là-bas, ils se sont dit que ce n’était pas possible. On essaie toujours de se raccrocher à la vie. »

Voyage à Jérusalem

Les recherches de Stéphanie Trouillard pour retrouver des membres de la famille de Louise Pikovsky l’ont menée jusqu’à Jérusalem. « J’y ai retrouvé des cousines de Louise Pikovsky. Nous avons pu montrer les lettres à la famille. » À Paris, Mme Trouillard a aussi retrouvé d’anciennes élèves du lycée qui avaient connu Louise Pikovsky, dont plusieurs se sont demandé ce qui était arrivé à leur camarade de classe qui a un jour cessé de venir à l’école dans la dernière année de la Seconde Guerre.

Anne Frank française

L’histoire de Louise Pikovsky invite bien sûr les comparaisons avec Anne Frank, adolescente allemande juive cachée durant la guerre à Amsterdam, avant d’être envoyée à Auschwitz avec sa famille. « C’est flatteur de comparer Louise à Anne Frank… Après, c’est quelques lettres, alors que le journal d’Anne Frank est quelque chose de plus consistant. Mais j’ai trouvé des similitudes : elles ont à peu près le même âge, Anne Frank était aussi très brillante, elle écrivait très bien, elle réfléchissait beaucoup. Si Louise Pikovsky peut devenir aussi un symbole de cette mémoire qu’il faut entretenir, ce serait formidable et ce serait un bel hommage à rendre à cette jeune fille. »

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