Naked, d’Aliocha

Aller ailleurs

Il s’est présenté comme musicien avec l’album Eleven Songs, sur lequel il se campait dans le sillage de ses idoles des années 60. Aliocha offre aujourd’hui Naked, un deuxième effort plus « moderne », témoin d’une évolution évidente de ses intentions artistiques.

Le titre évocateur de l’album est à prendre de façon littérale comme figurée : sur Naked, l’auteur-compositeur-interprète aborde la mise à nu dans tous les sens du terme. « Au début, j’avais peur de l’appeler comme ça parce que je ne voulais pas qu’on le perçoive comme un titre du Paris Match, nous confie Aliocha en entrevue. Dans ma tête, ça évoque beaucoup plus de choses. » 

Naked, c’est à la fois cette nudité littérale, comme ce qu’un titre du Paris Match voudrait évoquer, explique-t-il. Mais c’est aussi (et surtout) « quelque chose de brut, de sauvage, à vif, presque une violence ». Aux yeux d’Aliocha, la mise à nu requiert une confiance en soi en même temps qu’un dévoilement de sa vulnérabilité. Sur Naked, « cette forme brute, simple, on la retrouve dans les arrangements », dit le Franco-Québécois.

On la retrouve aussi dans les textes. Sur la pièce-titre, où s’ajoute joliment la voix de son amoureuse Charlotte Cardin, il décrit justement ce qu’il considère comme la vraie vulnérabilité. « Ce n’est pas juste de montrer qu’on peut être triste. C’est de montrer ses côtés plus sombres, plus moches. Si on ressent de la jalousie, par exemple, on a du mal à le montrer », affirme le chanteur.

Être tout à fait honnête avec soi-même ou avec l’être aimé est un exercice exigeant. L’être aussi avec son public peut sembler terrifiant. Or, Aliocha n’est pas de cet avis. « La musique crée une distance, dit-il. Je ne parle pas de certaines choses aux autres, mais j’en fais de la musique. Ça devient une chanson qui parle de choses vraiment personnelles, que je peux chanter en oubliant presque que c’est moi, au final. Ça devient extérieur à moi. »

Tout recommencer

Les chansons de ce nouvel album ont été écrites à partir de l’été 2018. Après la parution de son premier album, Eleven Songs, en 2017, Aliocha s’était tout de suite remis à l’écriture. « Mais quand est venu le moment de repartir en production, je me suis rendu compte que j’avais envie d’aller ailleurs. J’avais plusieurs chansons, mais je n’avais pas envie de les utiliser. »

Il a alors recommencé l’écriture à zéro. D’où est venu ce revirement ? Les influences de Dylan et de Lennon, qui l’ont beaucoup guidé dans ses premiers essais, l’ont lassé. « J’étais fasciné par les années 60 et c’était très prononcé sur [Eleven Songs], affirme l’artiste de 26 ans. La musique en général a changé depuis mon premier album. Avant, c’était l’époque des disques très folk. »

« Je trouvais pertinent d’offrir quelque chose de plus moderne aujourd’hui. J’avais envie d’être un artiste de mon temps, je n’avais plus envie de jouer à la vieille âme. »

— Aliocha

Plutôt que de proposer une réinterprétation, Aliocha a misé sur la créativité avec Naked. Le chanteur est en train de se définir, on devine un son qui lui appartient plus.

Début 2019, Aliocha est retourné dans son Paris natal pour retrouver le réalisateur français Samy Osta (La Femme, Feu ! Chatterton) en studio. C’est avec lui qu’il avait créé son EP Sorry Eyes (2016) et son premier album. « Ç’a été une rencontre décisive parce que c’est avec lui que j’ai trouvé mon son, raconte Aliocha. Depuis, j’ai tellement changé, tellement appris. Je me suis dit que je pourrais profiter de Samy encore plus en sachant encore mieux où je voulais m’en aller. »

« Pas peur de décevoir »

Cette fois encore, Aliocha propose un album intégralement en anglais. La langue de Shakespeare permet « de faire une image plus large avec peu de mots », estime-t-il. « En français, on est plus dans la précision, ajoute le chanteur. Le vocabulaire est plus riche, on peut être plus précis. Si j’écris autre chose, comme de la prose, […] c’est toujours en français. »

Naked comprend 10 chansons. Le folk n’en est pas complètement absent. Mais Aliocha s’est amusé avec les synthétiseurs, les boîtes à rythmes. Il a expérimenté, s’est permis la nouveauté.

« Je n’ai pas peur de décevoir, d’abord parce que j’en suis vraiment fier, je l’assume à 100 %. Et puis, même si je suis content d’avoir fait ma place avec le premier, ça n’a pas été un succès interplanétaire où les gens se demandaient comment j’allais faire pour me dépasser ! » 

— Aliocha

Eleven Songs a tout de même permis bien des choses à Aliocha, qui a pu compter sur des millions d’écoutes. Il a fait des spectacles en festival, est allé en tournée avec Charlotte Cardin, Charlotte Gainsbourg et Mike Flannery.

Aliocha semble optimiste pour la suite. Même si elle est incertaine. Au moment de notre rencontre, il est confiné chez lui, comme tout le monde, en raison de la pandémie. La campagne de promotion de son album est chamboulée. « Toutes mes pensées sont concentrées [sur l’album] depuis un an et demi, dit-il. Et là, tout s’écroule un peu. Mais c’est un drôle de sentiment. Je n’ai pas le cœur brisé ; tout le monde est dans la même situation. »

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