Élections de mi-mandat

L’effet Kavanaugh

NEW YORK — Il y a deux ans et un jour, le Washington Post publiait une vidéo de Donald Trump, enregistrée à son insu en 2005, dans laquelle la star de la téléréalité se vantait de pouvoir agresser sexuellement les femmes sans coup férir. Plusieurs membres de son entourage, y compris son candidat à la vice-présidence, Mike Pence, se préparaient à son retrait, étant convaincus qu’il ne pourrait pas se relever de cette divulgation.

On connaît la suite. Donald Trump s’est accroché. Et, dans les quatre dernières semaines de la campagne, il a bénéficié de certaines circonstances favorables, dont la dissémination par WikiLeaks de courriels volés aux démocrates et la réouverture de l’enquête du FBI sur les courriels d’Hillary Clinton. De sorte qu’il a fini par surprendre la planète en coiffant sa rivale dans le collège électoral.

Deux ans plus tard, ce rappel n’est pas superflu quand vient le temps de répondre à la question politique de l’heure aux États-Unis : quel sera l’effet de l’affaire Brett Kavanaugh sur les élections de mi-mandat, qui auront lieu le 6 novembre ? Une affaire qui a dominé l’attention des médias américains au cours des deux dernières semaines et exacerbé les divisions politiques d’un pays dont les nerfs sont à vif.

Matthew Grossman, politologue à l’Université d’État du Michigan, est l’un de ceux qui reconnaissent l’utilité d’établir un lien entre la diffusion de la vidéo d’Access Hollywood et la confirmation du juge Kavanaugh à la Cour suprême.

« Chaque fois qu’un événement majeur survient au cours d’une campagne électorale, on a toujours l’impression que cela deviendra le  sujet principal sur lequel les électeurs voteront. Mais, quelques semaines plus tard, on en revient aux facteurs déterminants traditionnels. »

— Matthew Grossman, politologue à l’Université d’État du Michigan, en entrevue téléphonique avec La Presse

En attendant, un constat s’impose : l’affaire Kavanaugh a galvanisé les républicains. Certes, les sondages des derniers jours ont démontré que le juge de 53 ans était le candidat à la Cour suprême le plus impopulaire auprès du public depuis qu’une telle chose est mesurée. Ils ont aussi révélé que les Américains étaient plus nombreux à croire le témoignage de l’accusatrice principale de Brett Kavanaugh, Catherine Blasey Ford, que celui qu’elle accuse. Mais ils ont aussi recelé des résultats qui ont réjoui les stratèges républicains.

Aussi étrange que cela puisse sembler, les accusations d’agressions sexuelles visant Brett Kavanaugh ont coïncidé avec une montée de l’intérêt et de l’enthousiasme des républicains envers les élections de mi-mandat. Elles semblent aussi avoir contribué à réduire l’avantage du Parti démocrate dans les intentions de vote à l’échelle nationale. Qui plus est, dans les États conservateurs où les démocrates défendent ou lorgnent des sièges au Sénat, elles ont clairement compliqué la vie de leurs candidats. Au point que les chances des républicains de conserver leur majorité à la Chambre haute du Congrès sont plus fortes aujourd’hui qu’elles ne l’étaient avant la divulgation des accusations à l’encontre du successeur d’Anthony Kennedy à la Cour suprême.

Donald Trump, à l’évidence, ne manquera pas d’exploiter un tel filon d’ici le 6 novembre. Il a déjà évoqué devant les médias et ses partisans une nouvelle peur provoquée par l’affaire Kavanaugh et le mouvement #metoo, celle des hommes, jeunes et moins jeunes, d’être injustement accusés d’agressions sexuelles par des femmes. Des femmes dont on peut, au demeurant, se moquer publiquement, comme il l’a fait la semaine dernière dans le cas de Christine Blasey Ford.

Mais cette approche est une arme à double tranchant. Car elle risque de se retourner contre les candidats républicains qui défendent des sièges à la Chambre des représentants dans des circonscriptions situées principalement dans les banlieues des grandes villes américaines.

« Les femmes qui ont un diplôme universitaire constituent un électorat important dans ces circonscriptions, explique Matthew Grossman. Elles sont celles qui sont le plus susceptibles d’être outrées par la confirmation du juge Kavanaugh. Mais il faut dire qu’elles étaient déjà disposées à punir Donald Trump et les républicains. »

Cela étant, les démocrates n’ont pas intérêt à s’étendre trop longuement sur l’affaire Kavanaugh, selon le politologue de l’Université d’État du Michigan.

« Les démocrates avaient déjà un message convaincant, axé sur leur opposition à Donald Trump, dit-il. Leurs publicités mettaient l’accent sur la santé et les autres questions fondamentales. Or, l’affaire Kavanaugh les entraîne sur le terrain de l’identité et de la culture qui tend à mobiliser la base républicaine. La confirmation de Kavanaugh peut donc sembler être un bon thème pour les démocrates, mais ce n’est pas le meilleur. »

Il y a deux ans et un jour, la vidéo d’Access Hollywood semblait aussi être un atout gagnant pour les démocrates. Mais il restait encore plus de quatre semaines de campagne avant l’élection présidentielle. Et le résultat du 8 novembre 2016 a surpris tout le monde. En sera-t-il de même le 6 novembre ?

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