Rocket de Laval

Une culture à imposer

Les constats à tirer d’un tournoi des recrues viennent toujours avec un bémol. Un soir, un club est nettement plus expérimenté qu’un autre. Les Sénateurs d’Ottawa, par exemple, y ont invité des joueurs avec une vingtaine de matchs d’expérience dans la LNH, ce que le Canadien n’a pas fait avec Noah Juulsen.

Individuellement, il y a aussi des limites aux jugements que l’on peut porter. Cette fin de semaine, Jesperi Kotkaniemi n’a pas brillé comme l’ont fait Brady Tkachuk (Ottawa) et Filip Zadina (Detroit), deux autres attaquants que le CH aurait pu repêcher au troisième rang. Mais Kotkaniemi n’avait à peu près jamais joué sur des patinoires nord-américaines. Et ses ailiers (Joël Teasdale et Antoine Waked, hier) sont encore très loin de la LNH, s’ils s’y rendent.

Ce n’est donc pas à la suite de la deuxième défaite en deux matchs du Tricolore, hier, que l’on dressera l’état des lieux définitif de la relève de l’équipe.

Par contre, s’il y a une conclusion à tirer de cette fin de semaine de hockey, c’est que Joël Bouchard a bien l’intention d’imposer un changement de culture chez le Rocket de Laval.

Pour s’en convaincre, il suffisait d’observer la scène quand le défenseur du Canadien Jarret Tyszka est resté étendu sur la patinoire en première période, après avoir subi une dangereuse mise en échec par-derrière de la part de l’attaquant des Maple Leafs de Toronto Hudson Elynuik. Pendant que les soigneurs s’affairaient à immobiliser Tyszka sur la civière, Bouchard gesticulait au banc. Et il n’était pas en train de haranguer les arbitres…

« Ça faisait deux gars qui partaient [en civière] et on n’avait rien fait. La première fois [vendredi, quand Jake Evans s’est blessé], je leur ai donné une chance, ils étaient jeunes. Là, ils vont apprendre », a martelé Bouchard, après la défaite de 4-2 des siens aux mains des Leafs.

« Les gars qui étaient sur la glace, personne n’a été voir le gars de l’autre équipe. C’est inacceptable, il va falloir que ça change. On joue en équipe, on se tient en équipe. Les gars qui étaient sur la glace n’ont pas joué du reste de la période. On ne demande pas de se battre, mais on demande de se tenir. C’est le Canadien de Montréal. »

« On ne prône pas la violence, mais il ne faut pas se faire manger la laine sur le dos non plus. »

— Joël Bouchard

(Pour ceux qui doutent de la sincérité de Bouchard, notons que l’Armada de Blainville-Boisbriand a terminé au dernier rang de la LHJMQ pour les bagarres la saison dernière.)

Bouchard a donc sermonné ses troupes une première fois au banc, puis au premier entracte, avec un effet perceptible dès le début de la période médiane. Morgan Adams-Moisan a distribué les mises en échec, à un point tel qu’il s’est fait expulser. Michael Pezzetta a laissé tomber les gants. À sa sortie du banc des pénalités, ce même Pezzetta a patiné à pleine vitesse pour faire annuler un appel de dégagement refusé des juges de lignes. Même William Bitten, pourtant pas le plus colosse du groupe, a eu maille à partir avec un rival.

« Joël nous a galvanisés. Il a dit : c’est le camp, vous devez prouver votre valeur, a expliqué le défenseur Josh Brook. C’est ce que les gars ont fait. On a frappé, on a travaillé fort, on a joué le genre de match qu’il attend de nous. »

L’apprentissage

Bon nombre de joueurs en uniforme hier seront appelés à former le club-école du CH cette saison. En toute logique, c’est à Laval que joueront les Bitten, Pezzetta, Jeremiah Addison, Alexandre Alain, Lukas Vejdemo et Antoine Waked. Pour eux, le message est bel et bien passé.

« Pour plusieurs d’entre nous, c’est la première fois que l’on porte un chandail de la LNH et on doit être fiers. On doit se tenir les uns pour les autres, surtout moi », a reconnu Bitten, pourtant le joueur qui a possiblement démontré le plus d’intensité dans ce match.

Il s’agira ensuite d’inculquer ces mêmes valeurs aux autres éléments qui se joindront au Rocket à mesure qu’ils seront retranchés du camp du Canadien. Il sera intéressant d’observer comment Bouchard s’y prendra, car son auditoire sera évidemment différent. Il y a une marge entre s’adresser au groupe actuel, qui comporte plusieurs joueurs de 18 et 19 ans, et au groupe de la saison, qui comptera sur des vétérans comme Matt Taormina, Michael Chaput et Alexandre Grenier.

Si on se fie à ses propos d’hier, Bouchard n’aura toutefois pas peur de brasser la cage quand la situation le commandera.

« C’est du coaching. Si on ne peut pas brasser les gars, on va mettre un iPad derrière le banc. C’est correct de brasser les gars. C’est de le faire correctement, au bon moment. Tu ne peux pas juste les brasser pour les brasser. Ce qui s’est passé, pour l’organisation, c’était inacceptable. Mais ce sont des jeunes. Je ne suis pas fâché après eux. Il faut qu’ils apprennent. »

On ne sait pas encore si les doléances de Marc Bergevin sur la fameuse « attitude » produiront leurs effets chez le Canadien. Mais on a appris hier quel sera le standard au sein du club-école.

Le tournoi des recrues est officiellement terminé, mais le Canadien et les Maple Leafs se sont entendus pour disputer un match de plus aujourd’hui, à 13 h. Le duel sera toutefois fermé au public. Pendant ce temps, ce sera le tournoi de golf annuel du Canadien ce matin, au club Laval-sur-le-Lac.

William Bitten

Sa vitesse a toujours été sa plus grande qualité, et c’est de cette façon qu’il s’est démarqué en fin de semaine. Hier, il a obtenu deux échappées, dont une qui a mené au but de Cole Fonstad. Bitten fera ses débuts chez les professionnels cette saison, mais il a nettement mieux paru que plusieurs de ses coéquipiers qui ont une expérience équivalente.

Josh Brook

Il assure qu’il n’est pas le défenseur le plus flamboyant, et ça paraissait dans sa tenue. Du jeu relativement simple, mais avec tout de même un certain degré d’implication offensive. Avec la blessure de Shea Weber, il y a peu de défenseurs droitiers au camp. Brook est d’âge junior, mais il souhaitera profiter de ce vide à droite pour étirer son séjour au camp.

David Sklenicka

Pour un joueur de 22 ans qui a de l’expérience chez les pros et au Championnat du monde, on s’attendait à le voir davantage dominer. Mettons cela sur le compte de l’adaptation aux patinoires nord-américaines…

Allan McShane

Plusieurs observateurs le voyaient comme un joueur très talentueux malgré son rang de sélection tardif au dernier repêchage (97e). Il n’a toutefois pas fait écarquiller les yeux à ses premiers pas avec les recrues du CH.

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