Boisbriand

Mille personnes réunies chez les Tosh de Boisbriand

Alors qu’une partie des Laurentides est au palier rouge, la police est intervenue samedi pour stopper un rassemblement de 1000 personnes à l’intérieur et aux abords d’une synagogue de la communauté juive orthodoxe Kiryas Tosh, à Boisbriand.

La Régie intermunicipale de police Thérèse-De Blainville (RIPTB) et la Sûreté du Québec (SQ) ont démantelé un rassemblement dans le district 7, où réside une partie de la communauté juive ultraorthodoxe Kiryas Tosh.

Au total : 16 contraventions distribuées et un homme arrêté pour voie de fait envers un agent de la paix.

Les policiers étaient sur place vers 19 h après qu’une ordonnance de la Santé publique a été émise. Inquiets du nombre de voitures dans le secteur, des citoyens avaient avisé les autorités.

La foule participait à un rassemblement religieux tenu dans une synagogue. Plusieurs faisaient fi du port du masque et de la distanciation. Environ 400 personnes étaient réunies à l’intérieur du lieu de culte et 1000 personnes à l’extérieur. Selon nos informations, des personnes de l’extérieur du pays ont participé aux célébrations.

Ordonnance en main, les autorités ont mis fin à la fête religieuse, mais le rassemblement à l’extérieur s’est poursuivi. Les policiers ont quitté les lieux à 23 h 30, précise le sergent Martin Charron, des communications de la RIPTB.

« C’est toujours complexe de disperser plusieurs centaines de personnes et ça a pris un certain temps. L’enquête déterminera si d’autres constats d’infraction doivent être émis. »

La Santé publique des Laurentides « déplore ce genre de situation, quoi qu’elle comprenne le désir des gens de se réunir », indique l’équipe de communications.

Des lettres signées par la Santé publique des Laurentides traduites en yiddish avec les consignes ont été distribuées au printemps. « Nous sommes en communication fréquente avec les leaders du district 7 », ajoute-t-on. La Santé publique n’a pas précisé si les communiqués en yiddish avaient été diffusés pendant la deuxième vague.

Dans la communauté, mardi matin, on ne retrouvait aucune affiche pour sensibiliser les gens aux consignes sanitaires.

La Santé publique n’a pas été en mesure de préciser comment elle s’assure que les leaders communiquent les directives sanitaires.

« Nous travaillons conjointement avec la RIPTB pour assurer une surveillance de la situation comme nous le faisons sur l’ensemble du territoire lorsque des rassemblements interdits se produisent », rappelle le CISSS des Laurentides. Toutefois, l’organisation est incapable de préciser si des rassemblements comme celui de samedi sont l’origine de la hausse des cas.

Le ministre de la Santé Christian Dubé a « salué le travail fait par les policiers » à Boisbriand. « C’était très délicat. Il y avait plus de 750 personnes qui voulaient participer à un évènement religieux et qui ne respectaient pas du tout les mesures sanitaires. Il y avait même des personnes de l’extérieur du Québec qui étaient là. »

« Ça n’aurait jamais dû arriver »

La pluie battante ruisselant sur leurs habits noirs, les membres de la communauté se promenaient la mine basse au passage de La Presse à Boisbriand, tôt mardi matin. Interrogés sur les évènements de samedi, les gens détournaient le regard. Plusieurs se dirigeaient vers un bâtiment au stationnement bondé.

« Nous n’allons pas faire de commentaires ce matin. On sait quand parler aux médias et ce n’est pas le moment », a indiqué fermement Isaac Ywise, responsable du Shomrim, un groupe de bénévoles qui s’assurent de la sécurité dans la communauté.

« Les policiers ont agi de façon remarquable et respectueuse. On déplore cet évènement, parce que ça éclabousse toutes les autres communautés juives orthodoxes qui font des efforts. »

— Alain Picard, membre de la table interreligieuse de concertation et qui assure les relations publiques du Conseil hassidique juif du Québec

Il s’est rendu sur place samedi en tant que médiateur.

« Ils ne peuvent pas ne pas savoir. Ça [le rassemblement] ne s’est pas fait en absence de connaissance », admet M. Picard.

La communauté compte entre 3000 et 4000 membres à Boisbriand. Au printemps dernier, on rapportait une importante éclosion de COVID-19 chez les Kiryas Tosh. Ils ont été les seuls à être mis en quarantaine et ont gardé un goût amer de cette période difficile, rapporte un homme qui fait partie de la communauté et préfère ne pas s’identifier. Plusieurs Tosh ont contracté la COVID-19, mais le virus n’a fait aucune victime et quelques personnes ont été hospitalisées.

Selon Alain Picard, beaucoup sont influencés par le discours entendu aux États-Unis, puisque certains y sont nés. « Le discours de Trump qui affirme qu’il est immunisé contre la COVID-19 maintenant qu’il l’a contractée, ils n’y sont pas insensibles. »

Le rassemblement de samedi soir n’aurait « jamais dû arriver et ne doit pas se reproduire », soutient-il.

Difficultés de traçage

La directrice régionale de santé publique de Montréal, la Dre Mylène Drouin, a évoqué mardi la difficulté de faire des enquêtes épidémiologiques lorsque l’éclosion survient hors des milieux institutionnels. « Dans nos communautés ethnoculturelles, dans nos églises ou des rassemblements de danse, on a très peu de capacité à retracer rapidement », a-t-elle indiqué lors d’une causerie virtuelle organisée par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

Des communautés juives orthodoxes – différentes des Kiryas Tosh de Boisbriand – sont installées à Montréal. La Santé publique de Montréal tisse des liens avec des communautés culturelles pour favoriser la rapidité des enquêtes. « Dans le contexte de la communauté juive et de certaines sous-communautés juives, on a eu beaucoup de cas dernièrement. Donc, là, nous développons des alliances pour avoir des enquêteurs dans ces communautés-là qui nous permettent de mieux arriver à comprendre ce qui se passe dans le milieu. »

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