Corruption pour entrer à l’université

Deux semaines de prison pour Felicity Huffman

L’actrice américaine Felicity Huffman a été condamnée hier à deux semaines de prison pour avoir payé 15 000 $ afin de falsifier les tests d’entrée à l’université de sa fille aînée, dans le cadre d’un vaste scandale de corruption qui a éclaboussé sa famille.

La comédienne de 56 ans, devenue mondialement célèbre pour son rôle dans la série télévisée Desperate Housewives, avait plaidé coupable en mai : elle avait admis avoir versé cette somme au responsable d’une société spécialisée dans la préparation aux tests SAT d’entrée dans les universités américaines, pour que les résultats de sa fille aînée soient améliorés.

Felicity Huffman, venue au tribunal accompagnée de son mari, William H. Macy, devrait commencer à purger sa peine dans six semaines, le 25 octobre.

Sur la trentaine de parents inculpés dans cette affaire, elle est la première à connaître sa peine.

L’audience au tribunal fédéral de Boston hier était considérée comme un test de la sévérité que montrerait la justice face à des accusés blancs et fortunés.

Le procureur fédéral avait demandé à la juge Indira Talwani une peine légère d’un mois de prison, faisant notamment valoir que de riches parents ne pouvaient pas impunément corrompre le système d’admissions.

Les avocats de l’actrice avaient, eux, plaidé contre la prison, proposant un an de liberté conditionnelle, des travaux d’intérêt général et une amende de 20 000 $.

« Acquitter votre dette »

La juge Talwani a tranché pour une brève incarcération, assortie de 30 000 $ d’amende et de 250 heures de travaux d’intérêt général.

Cette peine permettra selon elle à l’actrice de « reconstruire sa vie ». « Après cela, vous aurez acquitté votre dette », a déclaré la juge, selon des journalistes présents dans la salle. « Sans cette peine, les gens vous demanderaient à l’avenir comment vous vous en êtes tirée à si bon compte. »

« J’accepte sans réserve la décision d’aujourd’hui ; […] il n’y a pas d’excuse ni de justification pour ce que j’ai fait. »

— Felicity Huffman

« Je peux vous promettre que, dans les mois et les années à venir, je vais essayer de mener une vie plus honnête, de donner un meilleur exemple à mes filles et à ma famille », a ajouté celle que l’on peut voir dans le film Otherhood sur Netflix

Dans une lettre de trois pages envoyée au juge au début de septembre, l’actrice a expliqué pourquoi elle avait jugé bon de payer pour falsifier les tests de sa fille, qui avait eu une scolarité difficile, mais ne lui avait rien demandé.

« Dans ma volonté désespérée d’être une bonne mère, je me suis convaincue que je ne faisais que donner à ma fille une chance honnête, écrivait l’actrice. Je vois maintenant l’ironie qu’il y a là-dedans, car ce que j’ai fait était le contraire d’honnête. J’ai enfreint la loi, trompé le monde éducatif, trahi ma fille et n’ai pas été à la hauteur de ma famille. »

Un système bien rodé

Au total, 50 personnes ont été poursuivies dans ce dossier de corruption, dont une trentaine de parents, pour certains patrons d’entreprises ou avocats.

Ils sont accusés d’avoir payé des sommes allant jusqu’à 6,5 millions pour faciliter l’entrée de leurs enfants dans de prestigieuses universités, dont l’Université de Californie à Los Angeles, l’Université de Californie du Sud, Stanford, Yale ou Georgetown. Jusqu’à présent, 23 personnes ont plaidé coupable.

Le scandale a éclaté à la mi-mars ; l’ex-patron d’une société spécialisée de préparation aux examens, William Singer, avait reconnu avoir mis sur pied un système bien rodé, allant de la triche aux examens jusqu’à la corruption d’entraîneurs sportifs universitaires, pour garantir l’admission de ces enfants de la bonne société dans des universités réputées.

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