OPINION

SÉCURITÉ NATIONALE
Gardons les yeux grands ouverts

L’espionnage économique et l’ingérence étrangère représentent un danger réel pour le Canada

Le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) enquête sur les menaces envers la sécurité du Canada. Le terrorisme, qui représente un danger constant pour la sécurité publique, est probablement la menace avec laquelle les Canadiens sont les plus familiers.

Toutefois, un danger de plus en plus important menace également notre prospérité commune et nos intérêts nationaux : l’espionnage économique et l’ingérence étrangère.

Le Canada regorge de ressources naturelles, de technologies de pointe et de connaissances spécialisées. Nous vivons dans un pays riche et très développé, et c’est précisément ce qui fait de nous une cible. Beaucoup de gens veulent ce que nous avons – ou, plus exactement, ce que nos entreprises ont. Pensons notamment aux résultats de leurs efforts de recherche et de développement, à leurs droits de propriété intellectuelle ou aux données sur leurs clients. Toutes ces informations alimentent notre prospérité économique, mais font également l’objet de convoitise.

En effet, des acteurs étatiques hostiles ou des individus qui travaillent pour eux tentent de plus en plus d’acquérir les secrets commerciaux canadiens par des moyens clandestins.

Pour ce faire, ils utilisent une grande variété de moyens. Certains ont recours à de bonnes vieilles méthodes pour compromettre des personnes qui ont accès aux informations qui les intéressent. L’extorsion et les pots-de-vin sont toujours efficaces, même en cette époque axée sur la technologie.

Le plus souvent, ils se servent de l’internet pour mener des attaques contre des serveurs à partir de presque n’importe quel endroit du monde – sans mettre leur sécurité personnelle en péril et en courant très peu de risques de se faire arrêter. S’ils ne réussissent pas à obtenir ce qu’ils veulent du premier coup, ils réessaient tout simplement plus tard, jusqu’à ce qu’ils arrivent au résultat souhaité.

Il est difficile de chiffrer les pertes subies par le Canada en raison de l’espionnage économique. Quelle qu’en soit la somme, les dommages causés à notre prospérité collective sont bien réels et touchent tous les secteurs de notre économie.

Les grandes entreprises sont ciblées parce qu’elles détiennent habituellement les informations les plus précieuses.

Mais c’est justement pour cette raison qu’elles portent également davantage attention aux questions de sécurité et qu’elles déploient souvent des ressources importantes pour se doter de mesures de protection, notamment de moyens de défense ultramodernes contre les cyberattaques.

Les auteurs de menaces prennent donc souvent pour cible des organisations plus vulnérables comme des universités et des petites entreprises en démarrage. C’est là qu’ils trouvent des travaux de recherche et de développement de pointe – parfois sans se heurter à de solides mesures de sécurité.

Bon nombre des technologies qu’ils cherchent à acquérir sont à double usage, ce qui signifie qu’elles pourraient servir à la fois les intérêts économiques et militaires d’un pays.

Le SCRS a constaté récemment que les activités d’espionnage parrainées par des États avaient tendance à être menées dans des domaines essentiels à l’édification et au soutien d’une économie du savoir et à la prospérité au Canada.

Pour protéger notre prospérité contre l’ingérence étrangère, nous devons veiller à ce que les Canadiens comprennent la nature et la portée de la menace que représente l’espionnage parrainé par des États.

Face à cette menace, sensibilisation et résilience vont de pair.

Le SCRS a un rôle à jouer dans cette conversation et celle-ci doit être tenue à l’échelle nationale. Plus tôt cette semaine, j’ai prononcé un discours devant des chefs d’entreprise à Toronto. Ce discours s’inscrivait dans un plan général visant à nouer un dialogue avec les Canadiens afin qu’ensemble, nous puissions mieux nous protéger contre les menaces auxquelles nous faisons face.

Il existe un certain nombre de mesures que les entreprises canadiennes peuvent prendre pour accroître la sécurité. Par exemple, elles peuvent évaluer franchement leurs failles actuelles et sensibiliser leurs employés à la nécessité de signaler ce qu’ils voient ou entendent d’inhabituel.

Les entreprises ne doivent pas non plus hésiter à communiquer avec les autorités gouvernementales si elles détectent des activités suspectes. Avec ses partenaires de l’appareil du renseignement et des organismes d’application de la loi, le SCRS fait partie de la réponse du gouvernement du Canada à cette menace. Le SCRS est présent partout au Canada et il désire fortement aider les entreprises du pays à se protéger dans un contexte sécuritaire difficile.

Le Canada excelle à attirer les investissements étrangers, à participer au commerce mondial et à contribuer à faire progresser les nouvelles technologies. Il doit continuer dans cette voie, mais il faut aussi qu’il soit prudent et vigilant. Nous devons avoir les yeux grands ouverts.

Protéger le Canada contre les menaces qui pèsent sur notre sécurité et sur la vigueur de notre économie est une responsabilité partagée. Ensemble, nous pouvons assurer la sûreté et la prospérité de nos concitoyens.

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