Ça sent la Coupe

Heureux comme les pierres

Aaron Maya
Profession : designer et propriétaire de la bijouterie Argent Tonic
Lieu de naissance : Taxco, au Mexique

Pour le début de la Coupe du monde, La Presse rencontre des gens d’affaires originaires de pays qui participent à la grand-messe du soccer. Surtout pour discuter d’affaires et (un peu) de ballon rond.

Les eaux bleues de Saint-Martin font germer des idées précieuses et lumineuses. S’il n’avait pas mis les pieds dans les Caraïbes, il y a 15 ans, Aaron Maya n’aurait probablement pas sa bijouterie montréalaise, Argent Tonic. 

En voyant un jour une horde de touristes, descendus d’un bateau de croisière, se ruer chez un chocolatier près du port, il a une révélation. Épaté par le nombre de ventes effectuées en quelques minutes, le bijoutier pose les yeux sur le local juste à côté afin de se lancer en affaires. « Ça ne s’est pas concrétisé, raconte-t-il. Mais de retour à Montréal, j’ai décidé de plonger en voyant un local vide sur Laurier. Deux mois plus tard, j’avais ma bijouterie ! »

Le Mexicain, qui l’a eu dur à son arrivée à Montréal, il y a 30 ans, venait de modifier sa trajectoire professionnelle. C’est une amoureuse d’ici qui l’a, en quelque sorte, arraché à sa terre natale. « Je suis enceinte ! » Ils avaient 19 ans…

« Je suis donc venu ici avec 400 $ dans mes poches sans parler français. Au début, la vie fut assez compliquée merci ! »

— Aaron Maya

« J’ai travaillé dans des champs de légumes. J’ai distribué des circulaires. J’ai été concierge dans un édifice de 60 appartements. Un homme m’a fait entrer dans son entreprise de services d’entretien ménager. Puis, petit à petit, j’ai eu des contrats à mon compte. »

Débrouillard, manuel et aujourd’hui encore propriétaire d’une entreprise d’entretien ménager, Aaron Maya a aménagé lui-même le local de 500 pieds carrés d’Argent Tonic. « Ouvrir une boutique fut une bénédiction », lance-t-il.

De la vente à la création

Si, la première année, il y a vendu des bijoux dégotés à Taxco, la ville mexicaine où il a grandi, il a vite voulu y exposer des créations imaginées et dessinées par lui. Après un passage dans l’atelier d’une amie et des cours intensifs en joaillerie, il a ouvert son atelier à Taxco en 2007 et créé sa première production entière l’année suivante.

« Les textures, les pierres, ça me parle, dit-il. Je suis plus dans l’idée, que les gens de mon atelier exécutent, mais j’achète toutes mes pierres. Des aquamarines, des labradorites, des tourmalines que j’adore, des péridots, des rubis. Et je décide des combinaisons. J’aime travailler les pierres brutes et mélanger les textures. »

« Quand on termine une production de bijoux, je suis comme un enfant chez Toys “R” Us. »

— Aaron Maya

Ses créations brillent aux bras, aux doigts et aux oreilles de plus en plus de clients. « Jusqu’à présent, ça fonctionne bien, affirme Aaron Maya. Mais ce que je vends, c’est du luxe. Pas une nécessité. Quand les finances vont mal, c’est la première dépense qu’on coupe. »

Ça ne l’empêche pas de rêver d’ouvrir d’autres bijouteries, à Toronto notamment. En attendant, il a jeté son dévolu sur un local adjacent à l’actuel Argent Tonic. Ses bijoux en or, plaqués or et en argent sterling feront le saut dans un espace un tantinet plus grand en juillet. « Je voulais plus de visibilité, justifie-t-il, et un deuxième souffle après presque 18 ans d’existence. »

Dans le groupe F, le Mexique

Son sport ? C’est d’abord le squash ! « Je n’ai jamais joué au soccer ici », avoue Aaron Maya. Mais ne le dérangez pas à compter des quarts de finale de la Coupe du monde. Il a l’habitude de réunir quelques amis chez lui pour visionner des affrontements, un bon verre de vin à la main. S’il affectionne l’équipe mexicaine, il ne peut qu’applaudir les talents techniques des formations brésilienne et espagnole. « Le Mexique manque de technique, estime-t-il. L’équipe pourrait aller plus loin. J’aimerais la voir gagner un jour, mais la compétition est forte… »

Groupe F : Allemagne, Mexique, Suède, Corée du Sud

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