Notre choix

Surtout pas désolé de déranger !

Comédie satirique
Sorry to Bother You
Boots Riley
Avec Lakeith Stanfield, Tessa Thompson, Jermaine Fowler, Steven Yeun, Armie Hammer
1 h 45
Quatre étoiles

Dans Sorry to Bother You, la dystopie commence dans les marges, à peine commentée, dans la « normalité » de l’économie de petits boulots (gig economy), des inégalités croissantes, de la crise du logement d’Oakland et de ses villages de tentes. Puis, à mesure qu’elle devient plus extrême, la dystopie gagne le centre de l’écran et du récit, d’autant plus dérangeante qu’elle a débuté insidieusement, bien ancrée dans la réalité.

Au centre du film, il y a Cassius Green (Lakeith Stanfield), un employé de centre d’appels qui a de la misère à joindre les deux bouts jusqu’au jour où un collègue (Danny Glover) lui suggère d’utiliser sa « voix de Blanc » quand il fait ses appels de télémarketing. Cette « voix blanche » (doublée par le comédien David Cross) lui permettra de contourner le racisme systémique pour multiplier les ventes et gravir les échelons de l’entreprise, au détriment d’un effort de syndicalisation mené par ses amis (Steven Yeun, Jermaine Fowler).

Mais peut-on « réussir » sans devenir complice ? Rien n’est moins sûr pour le rappeur Boots Riley, dont le film déboulonne le mythe de la méritocratie en le poussant jusqu’à ses plus horrifiantes conclusions.

Dynamique et irrésistible

Avec Sorry to Bother You, Boots Riley a créé un premier film dynamique, ambitieux et, surtout, sans compromis. L’œuvre est manifestement le fruit d’une longue et profonde réflexion – sur la société, bien sûr, mais aussi sur la forme. Rares sont les premiers films aussi aboutis.

La mise en scène est particulièrement inventive et regorge de bonnes idées : Cassius qui atterrit (littéralement) dans l’intimité des gens quand il fait ses appels de télémarketing, les meubles de l’appartement de Cassius qui se transforment, presque comme des poupées gigognes, quand il commence à faire de plus en plus d’argent, etc. En fait, Boots Riley a tellement de bonnes idées qu’il n’a pas besoin de les ménager : il répète rarement un procédé, mais multiplie plutôt les propositions avec une générosité peu commune.

Indignation

Cette générosité s’étend aussi à la distribution, particulièrement aux acteurs de soutien, à qui il ménage l’espace pour briller dans sa réalisation rigoureuse. L’incandescente Tessa Thompson est particulièrement marquante dans un rôle qui aurait facilement pu être ingrat – celui de la blonde artiste de Cassius. On soupçonne par ailleurs que le style de son personnage – avec ses cheveux multicolores et ses grosses boucles d’oreilles aux messages provocateurs – fera école.

Steven Yeun et Armie Hammer se démarquent également, dans leurs rôles diamétralement opposés de leader syndical et de milliardaire qui veut révolutionner le monde du travail… avec une version à peine déguisée de l’esclavage.

Enfin, pigeant tour à tour dans les boîtes à outils de la satire, du cinéma politique, de la science-fiction et du fantastique, le réalisateur Boots Riley parvient à créer un film à l’humour ultragrinçant, né de l’indignation, mais traversé par un mince filet d’espoir. Un film à l’énergie irrésistible, profondément éthique, mais jamais moralisateur, comme une arme pointée vers le cœur du capitalisme tardif.

Pauvre Whitney

**** Documentaire
Whitney
Kevin Macdonald
2 h 02

SynoPsis

Documentaire sur la vie et le tragique destin de Whitney Houston. Son enfance à Newark où elle chantait du gospel dans une église, son ascension comme star pop, son mariage avec Bobby Brown, sa forte dépendance aux drogues et sa mort d’une surdose en 2012.

Deux documentaires sur Whitney Houston ont vu le jour en moins d’un an. Si on a regardé Whitney : Can I Be Me sur Netflix, difficile de ne pas le comparer avec ce Whitney du réalisateur Kevin Macdonald. Si les deux films se ressemblent, chacun mérite d’être vu.

Seul celui de Kevin Macdonald a été autorisé par la famille Houston. Whitney débute d’ailleurs avec la mère de la défunte vedette, qui dit avoir élevé sa fille comme une combattante (« a fighter »). Cissy Houston a chanté avec les Elvis Presley et Aretha Franklin. Elle a appris à Whitney à chanter avec son cœur. Or, Kevin Macdonald ne réussit pas à faire parler Cissy comme on le voudrait. Se sent-elle coupable de la mort de sa fille et de sa petite-fille, qui ont toutes deux succombé à une surdose dans un bain ?

Mystère…

Ce sont les deux frères de Whitney qui l’ont initiée aux drogues. Ils faisaient partie des dizaines de personnes que faisait vivre leur sœur. Pendant les années de ses premiers albums et du Bodyguard, la chanteuse pop engrangeait des millions de dollars. Mais quand la toxicomanie a pris le dessus sur sa vie, ses proches l’ont laissée dépérir de peur de perdre leur chèque de paie.

Pourquoi la diva était-elle si fragile ? Elle aurait été agressée par sa cousine, révèle Whitney. L’autre documentaire, Whitney : Can I Be Me, met plutôt en cause une relation homosexuelle que la chanteuse aurait réprimée.

Certaines scènes du documentaire de Kevin Macdonald sont insoutenables, surtout celles avec Bobby Brown sous l’influence de la drogue, et celles où Whitney n’est plus capable de chanter.

On reste sur sa faim concernant certains détails, mais Whitney nous remplit de compassion pour une femme mystérieuse au talent exceptionnel qui ne méritait pas un destin aussi tragique.

Imparfaits et attachants

COMÉDIE DRAMATIQUE
Boundaries
Shana Feste
Avec Vera Farmiga, Christopher Plummer, Lewis MacDougall
1h44
Trois étoiles et demie

SynoPsis

Mère de famille monoparentale aux prises avec son fils Henry (Lewis MacDougall) délinquant à l’école, Laura (Vera Farmiga) doit s’occuper de son père Jack (Christopher Plummer) expulsé de la maison de retraite. Elle prend la route de Seattle à Los Angeles pour amener ce dernier chez sa sœur. Or, Jack et Henry font équipe pour vendre de la marijuana tout au long du chemin.

Incapable de penser à elle, Laura transforme sa maison en refuge pour animaux malades et blessés. Intimidé par ses camarades d’école qui le disent gai, Henry représente l’âme de ceux qui l’entourent avec des dessins grotesques. Éternel adolescent, Jack n’en fait qu’à sa tête.

Oui, ils sont imparfaits, névrosés, dans la marge, les personnages de Boundaries. Mais ô combien attachants. Dans sa mise en scène efficace, la réalisatrice Shana Feste ne perd pas de temps à nous les faire connaître, à les installer dans des situations invraisemblables, à la limite du supportable.

Réunis, tous trois embarquent dans un « road trip intergénérationnel » où les nombreux éléments dramatiques sont toujours compensés par des sursauts de comédie et surtout par l’amour vrai qui les lie.

Cette famille de fêlés qui s’entoure de gens tout aussi dysfonctionnels qu’eux-mêmes nous a tantôt fait rire, tantôt charmé par son innocence folle.

Les dialogues ont de la substance, quelques répliques sont assassines. Les comédiens sont efficaces. Vera Farmiga, dans son rôle de femme uniquement entourée d’hommes et complètement dépassée, est excellente. On remarque que la direction photo est assurée par la Québécoise Sara Mishara (Tout est parfait, Tu dors Nicole) qui propose quelques prises de vue époustouflantes de la côte Ouest.

Ce film, soulignons-le, a été lapidé par une partie de la critique. Ce n’est certainement pas notre cas. À notre avis, il s’inscrit parfaitement dans le genre de films indépendants américains présentés dans des festivals tels Sundance ou Tribeca. Il est vrai que la naïveté de Laura tombe parfois sur les nerfs, ou que certaines scènes sont à la limite du ridicule. Mais dans l’ensemble, Boundaries est émaillé d’un bel esprit de liberté et d’amour filial.

Les monstres en vacances

Film d’animation
Hotel Transylvania 3 : Summer Vacation 
(V.F. : Hôtel Transylvanie 3 – Les vacances d’été)
Genndy Tartakovsky 
Avec les voix d’Adam Sandler, Andy Samberg, Selena Gomez
1 h 37
Trois étoiles

Synopsis

Mavis, fille de Dracula, constate que son père travaille trop. Elle lui offre donc de partir se reposer en croisière avec sa famille et ses amis monstres. D’abord idylliques, les vacances deviennent cauchemardesques lorsque Dracula tombe amoureux d’Ericka, la capitaine du navire aux intentions malveillantes.

Après deux premiers volets (2012 et 2015) ayant fait résonner les tiroirs-caisses des cinémas, la franchise Hôtel Transylvanie est de retour avec un troisième épisode signé encore une fois par Genndy Tartakovsky (réalisateur des deux premiers) et mettant en vedette les mêmes personnages aux traits exagérés (la maigreur de Dracula, les cheveux bouclés de Dennis).

La croisière réunit bien sûr l’imprévisible Dracula (Adam Sandler), sa fille Mavis (Selena Gomez), son petit-fils Dennis, son gendre Johnny (Andy Samberg) et le nouveau chien Grelot. Ainsi que la joyeuse bande de Frankenstein et sa femme Eunice, Murray la momie, le loup-garou Wayne accompagné de sa tendre épouse Wanda et de leurs 70 rejetons, Griffin l’homme invisible, Blobby le blob vert et plusieurs autres.

Entre deux parties de volleyball et une escapade de plongée sous-marine (fabuleuses images vives et colorées), l’histoire se corse lorsque la vilaine Ericka, arrière-petite-fille du célèbre chasseur de vampires Abraham Van Helsing, dévoile son plan machiavélique.

Si l’intrigue se révèle un peu mince et le message véhiculé plutôt insistant, le spectateur prendra tout de même un malin plaisir à renouer avec les adorables et turbulents bébés loups-garous de Wayne et de Wanda, les répliques cinglantes d’Eunice ainsi que le concept du zing (le coup de foudre) du comte Drac.

Comique sans être hilarant, le film recèle plusieurs bons gags, notamment cet énoncé des consignes de sécurité à bord d’un avion déglingué et cette finale tout en musique avec une surprenante chorégraphie sur La Macarena qui clôt de belle façon cet agréable divertissement familial.

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