peine de mort

Le long chemin vers l’abolition se poursuit

La peine de mort poursuit son recul dans le monde. Après des années records, le nombre d’exécutions et de condamnations a diminué, en 2017, selon les données recueillies par Amnistie internationale et rendues publiques aujourd’hui. L’organisation qualifie par ailleurs de « lueur d’espoir » l’Afrique subsaharienne, où l’abandon de la pratique s’élargit. Coup d’œil.

EN NET RECUL, MAIS…

L’an dernier, Amnistie internationale a recensé 993 exécutions dans le monde, une diminution de 4 % par rapport à l’année précédente, mais surtout, une baisse de 39 % par rapport à 2015, année record où 1634 exécutions avaient été enregistrées. Ces données excluent les exécutions pratiquées en Chine, où elles sont considérées comme un secret d’État, mais Amnistie internationale estime qu’il y en a plus d’un millier par année. Outre l’injection létale, la décapitation, la pendaison et le peloton d’exécution sont également des méthodes employées couramment dans le monde. Amnistie internationale s’alarme par ailleurs du fait que dans plusieurs pays, des aveux obtenus sous la torture et des procès non équitables ont conduit à des exécutions et à des condamnations à la peine de mort.

84 %

L’Iran, l’Arabie saoudite, l’Irak et le Pakistan à eux seuls sont responsables de 84 % des exécutions recensées dans le monde en 2017 (en excluant la Chine).

L’IRAN ET LA PROTECTION DES ENFANTS

En Iran, au moins cinq personnes ont été exécutées alors qu’elles étaient mineures au moment des faits qui leur ont valu la peine capitale, ce qui « viole le droit international sur la protection des enfants », s’indigne la directrice générale d’Amnistie internationale pour le Canada francophone, Geneviève Paul. L’organisation déplore également le nombre particulièrement élevé au Moyen-Orient et en Afrique du Nord d’exécutions pour des infractions liées à la drogue. « Il a été démontré que [la peine capitale] n’est pas une solution efficace », qu’elle n’a pas d’effet dissuasif sur le crime, affirme Mme Paul, qui rappelle que la criminalité a même « diminué au Canada après l’abolition de la peine de mort ».

LÉGÈRE AUGMENTATION AUX ÉTATS-UNIS

Les États-Unis sont le seul pays du continent américain à pratiquer la peine de mort, et ce, depuis près d’une décennie ; 23 personnes y ont été exécutées en 2017. Il s’agit d’une légère augmentation par rapport à l’année précédente, mais le nombre demeure dans les « moyennes historiquement faibles enregistrées ces dernières années », note Amnistie internationale. L’organisation s’inquiète néanmoins de la « banalisation de la torture » par le président Donald Trump et par ses « allusions au fait que la peine de mort pourrait être une solution à la consommation de stupéfiants », indique Geneviève Paul.

2591

Le nombre de condamnations à mort a lui aussi diminué en 2017 ; Amnistie internationale en a recensé 2591 dans 53 pays, « une baisse notable » par rapport au record de 3117 l’année précédente.

LUEUR D’ESPOIR EN AFRIQUE

L’Afrique subsaharienne, où seulement deux pays ont pratiqué des exécutions l’an dernier, contre cinq en 2016, représente une « lueur d’espoir » pour Amnistie internationale. La Guinée (Conakry) est devenue le 20e État du sous-continent à abolir la peine capitale depuis que Cabo Verde a ouvert la marche en 1981. Le Burkina Faso, la Gambie, le Kenya et le Tchad ont pour leur part pris l’an dernier « des mesures vers l’abolition », souligne Geneviève Paul, qui se réjouit de cette « tendance positive ». De plus, le nombre de condamnations à la peine capitale en Afrique subsaharienne a baissé de 1086, en 2016, à 878, en 2017.

De nouveaux abolitionnistes

En plus de la Guinée, la Mongolie a complètement aboli la peine de mort l’an dernier, ce qui porte à 106 le nombre de pays abolitionnistes dans le monde. Si l’on ajoute les pays qui ne pratiquent plus la peine de mort, sans toutefois l’avoir officiellement abolie, le total grimpe à 142. D’autres États ont également aboli la peine capitale pour les crimes de droit commun, mais se gardent la possibilité de l’appliquer dans le cas de crimes graves, comme des crimes de guerre ; c’est ce qu’a fait le Guatemala en 2017.

21 919

Nombre de personnes se trouvant dans le couloir de la mort quelque part dans le monde à la fin de 2017.

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