un pas de géant vers la ratification

Le Canada, les États-Unis et le Mexique se sont finalement entendus pour abolir les tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium, une bonne nouvelle pour l’industrie qui ouvre aussi la voie à la ratification du nouvel accord de libre-échange.

Tarifs sur l’acier et l’aluminium

Washington et Ottawa enterrent la hache de guerre

OTTAWA — Le Canada, les États-Unis et le Mexique ont finalement enterré la hache de guerre hier dans le dossier des tarifs douaniers imposés de part et d’autre sur les exportations d’acier et d’aluminium, mettant ainsi fin à des mois de tensions commerciales qui ont heurté de plein fouet les industries de ces deux secteurs dans les trois pays.

La levée des tarifs douaniers de 25 % sur les exportations d’acier et de 10 % sur les exportations d’aluminium pourrait donner une nouvelle impulsion à la ratification de la nouvelle mouture de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), désormais connu sous le nom d’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM).

Le Canada et le Mexique ont déclaré au cours des derniers mois qu’ils n’avaient pas l’intention de ratifier ce nouvel accord, conclu le 30 septembre dernier, tant et aussi longtemps que les États-Unis n’auraient pas aboli les tarifs douaniers.

Dans une déclaration commune publiée par le Canada et les États-Unis, hier, on précise que les tarifs douaniers imposés par les deux pays seront éliminés dans un délai de deux jours.

« Les États-Unis et le Canada mettront fin à toutes les procédures qui les opposent en instance à l’Organisation mondiale du commerce. »

— Extrait de la déclaration commune des États-Unis et du Canada

Les deux pays s’engagent aussi à mettre en œuvre « des mesures efficaces » pour prévenir l’importation d’acier et d’aluminium « subventionnés de manière déloyale et (ou) vendus à des prix de dumping » – mesure qui vise notamment la Chine. Le Canada et les États-Unis entameront des consultations au sujet de ces mesures.

Parallèlement, le Canada et les États-Unis comptent établir un mécanisme afin de surveiller le commerce de l’acier et de l’aluminium entre les deux pays de manière à détecter toute augmentation subite des importations de ces deux produits.

Dans le cas où il y aurait une forte augmentation subite des importations de produits de l’aluminium et de l’acier qui aurait pour effet de porter le volume des échanges au-delà des volumes antérieurs pendant une longue période, l’entente accorde à un pays importateur la possibilité d’imposer des tarifs qui pourraient atteindre 25 % pour l’acier et 10 % pour l’aluminium pour protéger ses industries de toute forme de dumping.

Si le pays importateur prend une telle mesure, le pays exportateur peut exercer des mesures de rétorsion uniquement dans le secteur touché (c’est-à-dire l’acier, l’aluminium ou les produits qui contiennent de l’aluminium), précise-t-on dans la déclaration commune.

Le premier ministre Justin Trudeau, qui s’est entretenu avec le président Donald Trump hier matin afin de finaliser l’accord, s’est rendu à l’usine d’acier Stelco à Hamilton en après-midi afin de confirmer la levée des tarifs sur l’acier et l’aluminium.

« La décision prise [hier] par les États-Unis d’éliminer les droits de douane sur l’acier et l’aluminium canadiens est une excellente nouvelle pour les travailleurs canadiens de l’acier et de l’aluminium, leurs familles et de nombreuses communautés à travers le pays », a affirmé le premier ministre, tout sourire.

« Le Canada est l’allié le plus fidèle des États-Unis »

Cette annonce enlève une immense épine dans le pied des libéraux de Justin Trudeau à cinq mois des élections fédérales. Le premier ministre était d’ailleurs accompagné par le ministre des Finances, Bill Morneau, la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, et la ministre des Institutions démocratiques, Karina Gould, pour annoncer la fin de ce conflit avec le principal partenaire commercial du Canada.

« Lorsque les États-Unis ont imposé des droits de douane, nous nous sommes portés à la défense de l’économie canadienne, de nos travailleurs de l’acier et de l’aluminium et leurs familles. Nous avons immédiatement mis en place des mesures de représailles de valeur égale – les mesures de représailles qui sont les plus rigoureuses du monde. Nous avons tenu bon et n’avons pas reculé avant d’arriver aux résultats souhaités. À la suite de la décision prise [hier] par les États-Unis, le Canada lèvera ses mesures de représailles », a affirmé M. Trudeau dans une déclaration écrite.

En point de presse, le premier ministre a aussi confirmé que son gouvernement mettrait les bouchées doubles pour ratifier l’ACEUM avant la fin de la session parlementaire, un objectif ambitieux étant donné qu’il ne reste plus que quatre semaines de travaux parlementaires à la Chambre des communes.

Il a aussi exprimé le souhait que l’annonce d’hier permette de tourner définitivement la page sur des mois de tensions commerciales entre les deux pays et des échanges acrimonieux entre les deux capitales.

« Cette décision reflète ce qui est bien connu des amis des deux côtés de la frontière. Le Canada est l’allié le plus fidèle des États-Unis d’Amérique depuis plus d’un siècle. Notre partenariat de longue date et nos économies étroitement liées renforcent notre compétitivité dans le monde et notre sécurité commune », a-t-il dit.

Rappel

En plein cœur des négociations visant à moderniser l’ALENA, l’administration Trump a décidé d’imposer des tarifs douaniers de 25 % sur les exportations canadiennes d’acier aux États-Unis. Les exportations canadiennes d’aluminium étaient frappées par des tarifs de 10 %. Le Canada avait répliqué quelques semaines plus tard en imposant les mêmes tarifs douaniers sur les exportations américaines et en frappant aussi d’autres produits américains.

Les États-Unis avaient voulu lier la conclusion d’une nouvelle version de l’ALENA à l’imposition de ces tarifs. Puis, une fois l’entente conclue, c’était au tour du Canada de laisser entendre qu’elle ne serait pas ratifiée tant que Washington imposerait ses tarifs. Les États-Unis avaient imposé les tarifs en vertu d’un article de la législation commerciale américaine qui confère cette autorité au président. La ministre des Affaires étrangères du Canada, Chrystia Freeland, M. Trudeau et d’autres ont, à répétition, qualifié les tarifs d’illégaux, d’absurdes et d’insultants.

— Avec La Presse canadienne

« Accès total et sans restriction aux États-Unis »

« À compter de lundi, le Canada devient le seul pays au monde à avoir un accès total et sans restriction aux États-Unis », se réjouit au bout du fil le président de l’Association de l’aluminium du Canada, Jean Simard.

Le Mexique, qui bénéficie lui aussi d’un accès total, ne fabrique pas de lingots d’aluminium. Quant aux autres pays producteurs, ils continuent d’être frappés d’un tarif de 10 % dans le cas de l’aluminium et de 25 % dans le cas de l’acier.

« On ne sait pas pendant combien de temps les tarifs américains vont continuer à s’appliquer aux autres pays, mais soyez assurés que l’on compte bien en profiter », ajoute M. Simard.

Économiste en chef de la Banque de développement du Canada (BDC), Pierre Cléroux comprend l’enthousiasme du président du lobby de l’or gris. 

« En permettant des échanges sans droit de douane, le libre-échange a favorisé l’intégration de l’industrie de l’aluminium à l’échelle nord-américaine. Avec un environnement sans tarif, on revient à la normale. »

— Pierre Cléroux, économiste en chef de la Banque de développement du Canada

Les livraisons canadiennes d’acier et d’aluminium représentent 2,5 % de l’ensemble des exportations canadiennes et 4,1 % des exportations québécoises, selon la BDC.

« À l’échelle de l’économie, ce n’est pas majeur ; mais, pour les entreprises de ces secteurs, c’est majeur », indique M. Cléroux.

L’industrie de la construction profitera de la disparition des tarifs, croit-il par ailleurs. « Une entreprise à Montréal qui achetait de l’acier des États-Unis devait payer un tarif. Dans la construction, c’est sûr que la levée des tarifs va faire baisser les coûts de l’acier et de l’aluminium. »

Plus d’investissements à prévoir

Chez Manufacturiers et Exportateurs du Québec (MEQ), on a une pensée pour les PME qui devaient importer des composants d’acier des États-Unis frappés d’un tarif compensatoire canadien. « C’est une situation qui affectait beaucoup de PME ; les gouvernements ont mis en place des mécanismes, néanmoins les entreprises devaient absorber une hausse de coûts importante en plus de subir de grosses pertes de temps et d’énergie », explique Véronique Proulx, PDG de l’association.

Elle souhaite maintenant que ses membres qui ont peut-être remisé leurs projets d’investissement en raison de l’incertitude causée par les tarifs ressortent leurs plans d’expansion.

M. Cléroux relate sa visite la semaine dernière chez un fabricant de pièces. Celui-ci lui a expliqué qu’il avait été obligé d’absorber les tarifs à même sa marge bénéficiaire. « Quand tu fais moins de profits, tu investis moins. Cette entreprise va maintenant avoir plus d’argent pour investir », fait-il valoir.

Pour Stéphane Forget, PDG de la Fédération des chambres de commerce du Québec, les tarifs pénalisaient beaucoup d’entreprises et menaçaient les collectivités. « Si un utilisateur d’acier de Sorel, par exemple, risquait de faire des mises à pied en raison des tarifs qui étaient tellement élevés, inévitablement il y aurait eu des conséquences dans les collectivités », dit-il.

Les associations patronales souhaitent que cette décision marque la normalisation des relations commerciales entre les deux pays. « Cette annonce marque une avancée importante en faveur de collaborations plus saines en matière d’économie continentale, en permettant d’entrevoir le retour àdes relations commerciales solides et constructives avec nos voisins du Sud », écrit le Conseil du patronat du Québec (CPQ) dans un communiqué.

Le CPQ et la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) réitèrent l’importance de continuer à diversifier les marchés du Canada pour assurer la vitalité des entreprises.

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