Justice

Visé par un mandat d’arrêt, le rappeur Enima serait en Algérie

Samir Slimani est soupçonné d’avoir tiré sur un homme en juin dernier, à Toronto

Le rappeur Enima se bat depuis des années contre un ordre d’expulsion vers l’Algérie. L’homme de 26 ans se trouverait pourtant dans son pays d’origine, alors qu’il est sous le coup d’un mandat d’arrêt de la police de Toronto. Il est soupçonné d’avoir blessé sérieusement un homme avec une arme à feu.

« On a reçu un message de notre artiste il y a quelques semaines nous disant qu’il partait pour l’Algérie, a dit à La Presse l’un de ses agents, Gil Champion. Ça nous a étonnés, surpris. On ne se doutait pas de ce qui était arrivé, mais on se doutait que s’il était obligé de partir comme ça, il se passait quelque chose. »

Samir Slimani, de son vrai nom, est recherché à la suite d’une altercation survenue à Toronto le 16 juin dernier. Il est soupçonné d’avoir tiré sur un autre homme, lui causant « des blessures sérieuses, mais qui ne mettent pas sa vie en danger », a précisé la constable du service de police de Toronto Caroline de Kloet, au téléphone. 

« [Samir Slimani] est recherché pour plusieurs chefs en lien avec cela, voies de fait graves, possession d’armes et infractions liées aux armes à feu. »

— Caroline de Kloet, constable du service de police de Toronto

Le rappeur est arrivé au Canada à l’âge de 11 ans. Il a actuellement le statut de résident permanent. Depuis 2014, il est sous le coup d’une mesure de renvoi pour « grande criminalité ». L’année précédente, il avait été arrêté pour le vol d’un véhicule de livraison et de sa cargaison.

La Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada lui a accordé un sursis de cinq ans en 2018, confirmé par la Cour fédérale en janvier dernier, pour des motifs humanitaires. M. Slimani disait avoir changé de vie.

La Cour avait dû trancher après une demande des autorités fédérales pour que le sursis soit invalidé. « M. Slimani glorifie la criminalité » dans ses chansons, avait dénoncé une représentante de l’Agence des services frontaliers du Canada.

Lors de son témoignage à la Section d’appel de l’immigration en juillet 2017, M. Slimani avait dit ne pas être allé en Algérie depuis 2010. Il y avait visité ses grands-parents, les seuls membres de sa famille restés là-bas.

« Présomption d’innocence »

Le mandat d’arrêt de la police de Toronto n’a pas d’incidence directe sur le sursis, selon son avocat pour l’immigration, Me Stéphane Handfield. « Ça ne veut rien dire pour son dossier », a-t-il dit au téléphone, jugeant que seule une condamnation pourrait avoir un impact. « Il bénéficie de la présomption d’innocence », a rappelé l’avocat.

M. Slimani avait aussi été accusé dans d’autres causes, en Ontario, notamment de proxénétisme, séquestration et obtention de services sexuels moyennant rétribution. Les accusations ont été retirées en 2018. Il a également été acquitté l’an dernier d’une accusation de possession d’une arme prohibée chargée. Il est toujours sous le coup de la probation de deux ans reçue en septembre 2018 pour ne pas avoir respecté des conditions de la cour.

L’image de gangster, aussi véhiculée dans ses chansons, reste bien présente. Des photos du jeune homme avec la comédienne Ludivine Reding, interprète d’une jeune femme manipulée par un rappeur proxénète dans la série Fugueuse, avaient d’ailleurs causé la controverse au printemps.

Malgré tout, Enima reste populaire : il rejoint des millions de jeunes sur YouTube et Spotify. Son agent s’explique d’autant plus difficilement son départ soudain – qui a mené à au moins une annulation de spectacle. « Ça me dépasse un peu, a admis l’un de ses agents, Gil Champion. On travaille très, très fort, c’est un milieu très difficile, et lui, il a un talent exceptionnel. »

— Avec la collaboration de Vincent Larouche et de Louis-Samuel Perron, La Presse

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