La pédiatre répond

Et si c’était plus que des coliques…

Rien ne va plus. Petite Marie, qui vient d’avoir 1 mois, hurle à pleins poumons plusieurs fois par jour… et la nuit. Et pourtant, c’était un bébé de rêve, du genre à faire des jaloux. Mais depuis deux semaines, le petit rouspétage occasionnel a tout doucement pris des proportions beaucoup plus préoccupantes. 

Ça va de mal en pis et, à votre grand désarroi, vous ne trouvez plus le moyen de la consoler. « Coliques », qu’on vous a dit. « Y’a toujours ben des limites ! Elle n’a pas l’air bien, la puce. Elle se tortille comme un ver. Peut-être qu’elle ne digère pas bien ? » De nouveau, votre intuition ne vous trompe pas.

L’allergie au lait apparaît avant que bébé n’ait soufflé sa première bougie et touche environ 2 % de nos petits trésors. En fait, le système immunitaire de Marie devient hypersensible à certaines protéines du lait – ainsi que tous ses produits dérivés –, mais aussi parfois à celles du veau ou du bœuf. Parmi ces nombreuses protéines, les plus fréquemment montrées du doigt sont la bêta-lactoglobuline, la caséine et la lactalbumine.

En plus de pleurs répétés, d’une irritabilité et d’un inconfort évident, les signes fréquemment associés à une allergie aux protéines du lait sont des perturbations du sommeil, le refus de boire, un gain de poids limite ou insuffisant, des vomissements et des diarrhées. Parfois, vous pourriez noter la présence de sang dans les selles de Marie, de l’urticaire ou de l’eczéma, un gonflement de ses lèvres ou de son visage, des difficultés respiratoires, et même des symptômes d’allergie sévère comme un choc anaphylactique. De plus, des antécédents familiaux d’allergies sont tout à fait pertinents.

Certains tests pourront éventuellement nous aider à confirmer que Marie est bel et bien allergique aux protéines contenues dans le lait. Cependant, il demeure que c’est le test « terrain » qui sera le plus éloquent : si bébé retrouve son sourire après le retrait des responsables de son malheur, vous êtes sur la bonne piste.

Pratico-pratique, on procède comment ?

Marie est allaitée

Rien ne surpasse l’allaitement et tous ses bénéfices, même si votre puce souffre d’allergies sévères. Mais il faut savoir que les protéines visées, lorsqu’elles sont consommées par maman, passent dans le lait maternel. Ce qui fait que cette alléchante pizza dégoulinante de mozzarella devra être mise au rancart pendant quelque temps. Le lait, les produits laitiers, le bœuf et le veau seront donc exclus de l’alimentation d’une maman allaitante, ce qui demandera parfois de scruter à la loupe les listes d’ingrédients et de poser quelques questions au serveur du resto. 

Soyez patiente, donnez-vous plusieurs jours d’abstinence avant de constater des changements significatifs dans le comportement de votre chérie, ce ne sera pas instantané.

Et n’oubliez pas de pallier ces retraits en ajoutant un supplément de calcium et de vitamine D à votre alimentation.

Marie est nourrie au biberon

Les formules de lait maternisé sont pour la plupart élaborées à partir de lait de vache et contiennent donc ces protéines à éviter. Ainsi, Marie aura besoin d’une préparation lactée hypoallergène, dont les protéines sont « prédigérées ». Il existe différents laits de ce type sur le marché (p. ex. : Nutramigen, Alimentum, etc.). Fort possible que, lors de votre premier contact avec cette préparation, vous regardiez de nouveau la date de péremption écrite sur la boîte… disons que le goût, et même l’odeur, peut laisser perplexe, et que Marie ne s’en léchera peut-être pas immédiatement les babines. Patience, ça viendra.

Terminons tout de même sur une bonne note : contrairement à d’autres allergies alimentaires, cette allergie sera histoire du passé vers 3 ans pour la très grande majorité des enfants.

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