États-Unis

Un progressiste à l’assaut du Texas

NEW YORK — La course sénatoriale la plus médiatisée aux États-Unis, à moins de deux mois des élections de mi-mandat, oppose deux hommes qui ne pourraient être plus différents : le sénateur républicain du Texas Ted Cruz, conservateur pur jus, et le représentant démocrate du même État Beto O’Rourke, progressiste d’obédience punk.

Né en 1970 à Calgary, au Canada, d’un père cubain et d’une mère américaine, Rafael Edward Cruz a adopté jeune un prénom anglophone – Ted – et n’a jamais maîtrisé l’espagnol. Né deux ans plus tard à El Paso, au Texas, au sein d’une famille d’ascendance irlandaise, Robert Francis O’Rourke est connu depuis son enfance sous le surnom espagnol de Beto et parle couramment la langue de Cervantès.

Durant son adolescence au Texas, Ted Cruz a fait partie d’un groupe de jeunes qui faisait la tournée des clubs Rotary pour débattre devant leurs membres des textes fondateurs des États-Unis. À la même époque, Beto O’Rourke jetait les bases de sa première carrière – musicien dans un groupe punk – dans les bars d’El Paso.

Devenu adulte, Ted Cruz a servi d’assistant au président de la Cour suprême des États-Unis, William Rehnquist, et de solliciteur général au Texas, où son bureau a notamment défendu une loi interdisant la vente de godemichés dans cet État. Pendant la même période, Beto O’Rourke a vécu dans un loft de Brooklyn, à New York, avec son groupe punk, avant de fonder une entreprise technologique dans sa ville natale, où il s’est fait élire au conseil municipal en promettant notamment de défendre la légalisation de la marijuana.

Aujourd’hui, Ted Cruz défend pour la première fois son siège au Sénat des États-Unis contre ce Beto O’Rourke, qui est passé du conseil municipal d’El Paso à la Chambre des représentants des États-Unis en 2013.

Le Texas n’ayant pas envoyé au Sénat un seul démocrate depuis Lloyd Bentsen en 1988, Cruz devrait normalement être réélu avec une avance confortable. Or, les sondages indiquent que son rival pourrait réussir à créer la surprise de la saison électorale dans cet État.

Comment est-ce possible ? Samedi soir, à New York, un haut placé de la Maison-Blanche a donné une réponse partielle à cette question lors d’une rencontre privée avec des donateurs républicains. « Il y a une possibilité réelle que nous remportions une course sénatoriale en Floride et que nous perdions une course sénatoriale au Texas, OK ? Je ne pense pas que ce soit probable, mais c’est une possibilité. Est-ce qu’un candidat est sympathique ? Cela compte encore », a déclaré Mick Mulvaney, directeur du budget à la Maison-Blanche, selon un enregistrement de ses propos fourni au New York Times.

Mick Mulvaney n’a pas mentionné le nom de Ted Cruz. Mais tout le monde reconnaît qu’un des principaux handicaps du sénateur texan est son absence totale de charisme. 

Défaut qui ne serait pas aujourd’hui si criant si son rival n’en avait pas, du charisme, en surplus. Quasi inconnu au début de sa campagne, Beto O’Rourke s’est d’abord donné pour mission de visiter les 254 comtés du Texas, peu importe leurs couleurs politiques. Au fur et à mesure de ses déplacements en fourgonnette, il s’est mis à attirer des foules de plus en plus importantes, des dizaines, des centaines, puis des milliers de personnes.

Et les médias nationaux ont commencé à s’intéresser à ce nouveau phénomène politique, le comparant tantôt à Robert Kennedy, tantôt à Barack Obama, et qualifiant de « Betomanie » l’intérêt national qu’il suscitait. Intérêt qui s’est traduit par de petits dons venant de partout et qui ont fini par éclipser ceux de Ted Cruz. Intérêt qui a littéralement explosé à la fin d’août après la réponse fournie par le candidat à un électeur qui lui demandait s’il trouvait « irrespectueuse » la protestation à genoux de footballeurs de la NFL pendant le Star Spangled Banner. Pendant quatre minutes d’une rare éloquence, le candidat a défendu ce geste, affirmant n’y voir « rien de plus américain ».

« Sans violence, pacifiquement, alors que tous les regards dans ce pays sont tournés vers ces matchs, ils s’agenouillent pour attirer notre attention sur [la brutalité policière et les injustices raciales] et pour s’assurer qu’on y trouve une solution », a déclaré Beto O’Rourke au cours d’une intervention qui a été vue des dizaines de millions de fois sur l’internet.

Le démocrate de la ville frontalière d’El Paso défend des points tout aussi progressistes sur d’autres dossiers clivants au Texas, notamment en matière d’immigration et d’armes à feu. Il compte sur la mobilisation de nouveaux électeurs, notamment les jeunes et les Hispaniques, pour créer la surprise électorale de 2018. Il doit cependant composer avec un passé qui n’est pas sans tache. 

Il a notamment été impliqué, il y a 20 ans, dans un accident de la route alors qu’il conduisait avec les facultés affaiblies. Des articles récents ont en outre allégué qu’il avait tenté de fuir la scène de l’accident.

Mais il ne fait pas de doute que Ted Cruz se sent menacé par Beto O’Rourke. Aussi a-t-il demandé l’aide de Donald Trump, son ancien rival dans la course à l’investiture républicaine pour l’élection présidentielle de 2016. Le président fera ainsi campagne au Texas le mois prochain, aux côtés de celui qu’il a surnommé « Lyin’ Ted » avant de se moquer de l’apparence de sa femme et d’insinuer que son père avait été impliqué dans l’assassinat de John F. Kennedy.

Au Texas et ailleurs aux États-Unis, de nombreux démocrates n’arrivent quand même pas à croire que Beto O’Rourke puisse parvenir à battre Ted Cruz. Mais ils se consolent en pensant que le représentant texan, même défait en novembre, serait un excellent candidat pour l’élection présidentielle de 2020.

plainte en diffamation

Trump fournira des réponses écrites

Le président américain Donald Trump fournira des réponses écrites et sous serment à la justice dans le cadre d’une plainte en diffamation de Summer Zervos, qui l’accuse de gestes déplacés en 2007. Zervos est une ancienne candidate de l’émission de téléréalité The Apprentice, que le milliardaire animait. Elle a affirmé que Trump l’avait embrassée et pelotée de force en 2007 dans un hôtel de Los Angeles, ce qu’il a nié. Elle a porté plainte contre lui en 2017, l’accusant d’avoir fait des « déclarations mensongères et diffamatoires » sur son compte. Les avocats du président ont ensuite tenté, en vain, d’invalider ces poursuites. — Agence France-Presse

Corée du Nord : Trump a presque déclenché une guerre, selon Woodward

Le président américain Donald Trump a manqué de déclencher un conflit avec la Corée du Nord en envisageant de publier un tweet qui a « vivement alarmé » le Pentagone, affirme le journaliste d’investigation Bob Woodward. Dans ce tweet, que M. Trump n’a finalement pas envoyé, le locataire de la Maison-Blanche comptait ordonner le retour des familles des quelque 28 500 militaires américains basés en Corée du Sud, a précisé M. Woodward, dans une entrevue diffusée hier par CBS. Une telle mesure aurait instantanément été interprétée par Pyongyang comme le signal d’une attaque imminente des forces américaines, a expliqué le journaliste, auteur d’un livre incendiaire sur la présidence du magnat des affaires.

— Agence France-Presse

New York

Réouverture d’une station de métro fermée depuis le 11-Septembre

Une station du métro new-yorkais a rouvert ses portes ce week-end, 17 ans presque jour pour jour après avoir été détruite dans les attentats du 11-Septembre. La station de Cortlandt Street, sur la ligne 1, avait été enfouie sous les débris lorsque les deux tours jumelles du World Trade Center se sont effondrées après avoir été percutées par des avions détournés par des pirates de l’air d’Al-Qaïda. Samedi, les New-Yorkais ont pu, pour la première fois depuis cette journée noire, utiliser cette station rebaptisée WTC Cortlandt.

— Agence France-Presse

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