Analyse

La vie sans Weber

Boston — En début de saison, on se demandait bien qui allait pouvoir jouer à la gauche de Shea Weber. Maintenant, il faut se demander qui va pouvoir jouer à sa place.

La nouvelle, vous la connaissez déjà à l’heure qu’il est : le capitaine et défenseur numéro un du Canadien va devoir rater un bon bout de temps, de quatre à six semaines de jeu selon la direction du club, et si ça tend vers le plus long et les six semaines, ça nous mène à la fin de mars, donc à peu près à la fin de la saison.

Le cas du pire scénario ressemble donc à ceci : le Canadien pourrait avoir à conclure la saison, ou presque, sans lui.

Alors, ça va ressembler à quoi, tout ça ? Eh bien, ça va probablement ressembler à ce que l’on a vu mercredi soir à Boston, lors de cette défaite de 4-1 face aux Bruins.

Oui, bien sûr, les Oursons font partie de l’élite de cette ligue, et ce ne sera pas difficile comme ça tous les soirs, mais peu importe, on revient au même constat : ce groupe défensif était déjà fragile avec Weber dans la formation, alors là, il l’est encore plus.

Avez-vous vu Jeff Petry ? Le pauvre avait dû jouer pendant plus de 27 minutes lors des trois matchs précédents, soit depuis l’absence de Weber. Une telle charge de travail, à court terme, ça peut aller, mais ça ne doit pas durer trop longtemps, parce que ça mène inévitablement au désastre. Comme mercredi soir.

À Boston, Jeff Petry a été sur la glace pendant 25 min 41 s, et on va se le dire, ç’a été assez difficile.

La vie sans Weber, c’est ça. En fait, sans lui, une présence rassurante autant sur la glace que dans le vestiaire, c’est un peu tout le monde qui devient un peu plus nerveux. Souvenez-vous qu’à la mi-décembre, c’est Mark Giordano, titulaire du trophée Norris, qui déclarait publiquement à Calgary que Weber devrait être considéré pour lui succéder. Un remplaçant à un candidat potentiel de trophée Norris, ça ne se trouve pas n’importe où, encore moins à Laval.

Tout le monde le sait, les joueurs aussi.

« Ce n’est pas facile de perdre Shea Weber parce que ce n’est pas un gars que tu peux remplacer, a admis un autre défenseur, Marco Scandella. Mais nous autres, les joueurs ici, il faut y croire et se dire que tant qu’on a Carey Price, on a des chances. »

L’évidence

On veut bien, mais vous savez ce qu’on vient d’écrire plus haut à propos de Jeff Petry ? Eh bien, ça vaut aussi pour Carey Price, que l’on a vu trébucher, littéralement, à quelques reprises mercredi soir, ce qui est généralement signe de fatigue. Le gardien est lui aussi victime d’une surcharge de travail parce qu’il n’y a personne d’autre derrière lui.

Et puis, au fait, ça ne sert à rien de précipiter le retour de Weber. Il y a déjà d’autres joueurs avant lui qui sont revenus un peu vite cette année, et à voir aller Jonathan Drouin, on a l’impression qu’il est peut-être revenu un peu trop vite lui aussi.

La direction du Canadien doit maintenant accepter ce qui est une évidence : la saison 2019-2020 est terminée. Maintenant, est-ce que ça veut dire que la prochaine est déjà perdue ? Bien sûr que non, et à ce chapitre, il faudrait éviter les ventes-débarras d’ici à la date limite du 24 février.

Si quelqu’un, quelque part, est assez fou pour offrir un choix de premier tour en retour d’Ilya Kovalchuk, c’est une chose, mais sinon, ce serait une bonne idée de ne rien faire, ni dans son cas ni dans le cas de Petry ou de Tomas Tatar.

Le Canadien n’a personne pour remplacer Weber, mais il n’a personne non plus pour remplacer ces trois-là.

Prochain match : Canadien c. Penguins, vendredi soir (19 h) à Pittsburgh

Ils ont dit

« Ça fait mal »

« Les Bruins ont marqué sur un 5 contre 4, ils ont marqué aussi sur un 2 contre 1. Et puis un gars comme David Pastrnak, un marqueur naturel comme ça, tu ne peux pas lui donner autant de chances. »

— Phillip Danault

« Ça fait mal, cette défaite, parce que pour nous, c’était assez important de pouvoir récolter ces deux points. Ils ont bien joué, mais c’est nous, l’équipe désespérée, qui avait besoin des deux points. »

— Brendan Gallagher

« Shea Weber est de toute évidence un gros morceau de cette équipe. Il va falloir se battre pour conserver nos chances en attendant que Shea soit de retour. »

— Carey Price

« Ils ont su profiter de leurs chances et pas nous. Je dirais que ce fut ça, la grande différence. »

— Marco Scandella

« Quand tu regardes notre jeu, ce n’est pas un manque d’effort. Mais il en faut un peu plus pour gagner. De leur côté, les meilleurs ont fait la différence. De notre côté, il faut que quelqu’un fasse la différence. Je sais qu’on a eu des poteaux, des barres horizontales, mais on a cherché le jeu parfait au lieu de lancer au filet. »

— Claude Julien

« Pour Shea Weber, ce n’est jamais une bonne nouvelle de perdre un joueur comme ça, mais ce sont quand même de bonnes nouvelles. En début de semaine, une fois que l’enflure a baissé, on a pu voir la sévérité. Je sais qu’il y avait beaucoup de rumeurs, mais on donne l’heure juste quand on connaît l’heure juste. »

— Claude Julien

Propos recueillis par Richard Labbé, La Presse

Dans le détail

Pastrnak aime le Canadien

David Pastrnak est un bon joueur pas mal tout le temps, mais quand il joue contre le Canadien, il devient un meilleur joueur, si c’est possible. Ainsi, l’attaquant des Bruins a ajouté trois autres buts à sa fiche mercredi soir au TD Garden, et en tout, cela lui donne 14 buts contre le Canadien en 19 matchs depuis le début de sa carrière. On ajoutera que le match de mercredi soir était pour lui, déjà, un quatrième match cette saison de trois buts ou plus, c’est-à-dire deux fois contre le Canadien, une fois contre les Jets de Winnipeg et une autre fois contre les Ducks d’Anaheim, contre lesquels il avait réussi à enfoncer quatre buts, rien de moins. Avec tout ça, au moment de son troisième but de la soirée, Pastrnak en était à son 41e but de la saison, un sommet parmi les joueurs de la LNH. On rappelle que ce jeune homme a été le 25e choix au total lors du repêchage de 2014 ; juste après, au 26e rang, le Canadien avait misé sur Nikita Scherbak, un choix un peu moins judicieux.

Danault avec une grille

Phillip Danault, qui a été frappé d’une rondelle au visage lors du match précédent, lundi soir au Centre Bell, a finalement pris part au match de mercredi soir en portant une grille complète. Le joueur québécois a subi une blessure à la bouche, lundi soir, et quatre de ses dents de devant ont reculé sur la force de l’impact. On peut présumer qu’il devra jouer avec cette grille pendant encore un bon moment. « C’est avant tout une question d’adaptation pour moi, a-t-il expliqué après le match de mercredi soir à Boston. Ça a affecté un peu ma vision du jeu, et je vais devoir m’y faire, mais ce n’est pas une excuse. »

Byron n’est pas encore prêt

L’état de santé de Paul Byron n’est pas source de folles rumeurs comme celui de certains autres joueurs, mais pendant ce temps, le petit attaquant continue de manquer à l’appel. Ainsi, Byron a été déclaré apte à s’entraîner, mais pas apte à jouer. Il a donc bel et bien été vu à l’entraînement de mercredi matin à Boston, mais n’a pas joué en soirée, lui qui demeure incommodé par une blessure à un genou. Rappelons que Byron s’est blessé le 15 novembre lors d’un match à Washington contre les Capitals. Il a tenté un début de retour au jeu lors du mois de décembre mais avait subi un recul dans sa progression. C’est là qu’on est rendu. « On verra comment il va se sentir prochainement, s’est limité à dire l’entraîneur-chef Claude Julien, mercredi matin. On ne veut pas précipiter son retour au jeu. »

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