Chronique

C’est lundi, on jase…

Quel joueur es-tu vraiment, Jonathan Drouin ? Ce gars super habile, capable de nous en mettre plein la vue ? Ou cet attaquant irrégulier, avec de trop longs passages à vide ?

Le mois dernier, j’ai cru que Drouin venait de franchir une étape décisive dans sa carrière : assumer son statut, celui d’une star de la Ligue nationale. Ses performances au Centre Bell contre les Oilers d’Edmonton et les Jets de Winnipeg ont semblé marquer un tournant. On a vu ce joueur explosif, capable d’étourdir ses adversaires à coups d’accélérations foudroyantes et de passes géniales. Un général, un vrai, capable de transformer un match à lui seul.

Après sa performance contre les Jets, plusieurs journalistes l’ont entouré dans le vestiaire. Il a parlé de sa progression depuis son arrivée avec l’équipe en 2017 et du changement d’approche du Canadien : un club ne craignant pas ses adversaires, qui dicte le jeu plutôt que de réagir aux élans de ses adversaires.

Ses propos étaient intéressants, certes, mais ce qui m’a le plus impressionné, c’est l’aplomb avec lequel il les a exprimés. Il parlait comme un leader, d’un ton calme, regardant ses interlocuteurs dans les yeux, il passait du français à l’anglais au français, sans égard au temps qui filait. J’ai vu un gars bien dans sa peau, heureux d’avoir trouvé son rythme, conscient de sa capacité à faire une différence chez le Canadien, peut-être même la différence.

Et puis ? Et puis, plus rien. Bien sûr, Drouin a fait le plein de points contre les Red Wings, à Detroit, deux semaines et demie plus tard. Pas question de minimiser cette performance, mais nous savons tous que l’adversaire n’était guère redoutable. La statistique qui parle le plus fort est celle rappelée hier par mon collègue Guillaume Lefrançois : Drouin a été blanchi dans 13 des 14 derniers matchs.

À sa décharge, on dira qu’il demeure un jeune joueur. C’est vrai, mais n’oublions pas qu’on vieillit vite dans la LNH d’aujourd’hui. Il ne faut pas trop tarder pour montrer de quoi on se chauffe vraiment. À très bientôt 24 ans, Drouin en est là. Personne ne lui demande de remporter le championnat des pointeurs de la LNH. En revanche, il doit être une menace en territoire adverse match après match. Et ce n’est pas ce qu’on voit actuellement.

Il reste 13 rencontres au calendrier du Canadien. Treize rencontres pour mériter une place en séries éliminatoires. Relever ce défi nécessitera que chaque joueur exploite son plein potentiel. Drouin ne fera pas la différence à lui seul. Mais il a un rôle clé à exercer. À son mieux, son style électrisant nous rappelle pourquoi le hockey est un si beau sport.

Ce jeune homme a des éclairs de génie sur la glace, sa vision périphérique est exceptionnelle.

Alors, je repose la question : quel joueur es-tu vraiment, Jonathan Drouin ?

Chose certaine, ses capacités sont hors du commun. À lui de nous le rappeler dans cette dernière ligne droite du calendrier.

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Des capacités hors du commun, ça semble une expression insuffisante pour décrire un autre jeune athlète québécois, Félix Auger-Aliassime.

Samedi, FAA a expédié Stéfanos Tsitsipás en deux manches à Indian Wells. En janvier dernier, le jeune Grec a été la révélation des Internationaux d’Australie, éliminant Roger Federer en ronde des 16. Sa personnalité attachante et son look de star en ont fait une vedette instantanée. À la télé américaine, John McEnroe l’a couvert d’éloges.

Et voilà qu’avec un sang-froid remarquable, FAA montre à Tsitsipás la sortie dans un tournoi de premier plan. C’est énorme. Plus tôt cette année, Louis Borfiga, responsable de l’élite à Tennis Canada, me rappelait à quel point il était important pour FAA d’affronter des joueurs « de haut calibre », de manière à s’habituer à leur rythme et à gagner en expérience. Voilà un dossier bien engagé !

Borfiga connaît depuis longtemps le potentiel de FAA. Durant la Coupe Rogers de 2017, j’ai discuté avec lui et mon collègue Michel Marois du fabuleux parcours de Denis Shapovalov. Le nom de FAA, absent du tournoi en raison d’une blessure, s’est inséré dans la conversation. « Ils sont forts tous les deux. Vous allez voir, Félix vous surprendra… »

Déjà à ce moment, Borfiga évoquait la possibilité qu’on assiste un jour à une finale du Grand Chelem entre les deux jeunes joueurs. Si un tel scénario n’est pas pour demain, l’envisager à plus long terme n’est pas farfelu. Peu importe s’il se matérialise ou non, le seul fait de l’évoquer est déjà extraordinaire.

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Ce n’est pas seulement sur les courts d’Indian Wells que de gros matchs ont lieu dans le monde du tennis ces jours-ci. La semaine dernière, le conseil d’administration de l’ATP a refusé de prolonger le contrat du président Chris Kermode, qui arrivera à échéance à la fin de l’année. Cette décision est le signe d’une profonde division au sein du tennis masculin.

Le conseil d’administration de l’ATP est composé de trois représentants des joueurs et de trois représentants des organisateurs de tournoi. Ceux-ci étaient derrière Kermode, à qui on attribue beaucoup des changements positifs survenus au cours des dernières années. Mais plusieurs joueurs ont des réserves importantes sur la manière dont les revenus sont divisés dans l’industrie. De là leur désir de procéder à un changement.

Le Canadien Vasek Pospisil est l’un des plus militants. Dans un message à ses collègues en janvier dernier, et que Sports Illustrated a obtenu, il a rappelé que dans la LNH, la NFL, la NBA et le baseball majeur, les joueurs recevaient environ 50 % des revenus générés par l’industrie. À son avis, ce pourcentage est très supérieur à celui en vigueur au tennis. « Le système est brisé », a-t-il affirmé.

Le dossier est complexe. Les bourses versées aux joueurs ont augmenté, mais compte tenu des frais engagés, les moins bien classés sont souvent insatisfaits de leur sort. Les organisateurs de tournoi, eux, ont leurs propres préoccupations. Ainsi, un évènement comme la Coupe Rogers, organisé par Tennis Canada, génère des fonds essentiels pour former la relève et faire la promotion du sport.

La décision de ne pas renouveler le contrat de Kermode annonce à coup sûr une période de perturbations dans le tennis masculin.

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L’Impact aura avantage à ne pas trop échapper de points comme ce fut le cas samedi à Houston. Le but accordé dans la 86e minute de jeu a empêché l’équipe de sécuriser un match nul qui lui aurait valu un point au classement.

Si le calendrier de l’Impact répondait aux normes habituelles, avec en quasi-alternance des matchs à domicile et à l’étranger, les conséquences de cette bévue seraient moins graves. Mais voilà : les joueurs de Rémi Garde disputent un seul de leurs neuf premiers affrontements à Montréal. Tout cela afin que toutes les rencontres locales soient présentées au stade Saputo. Écarter le Stade olympique de l’équation représente un très gros pari.

En terminant, notons qu’à peine 12 601 amateurs ont assisté au match de samedi à Houston. Pas très bon pour la MLS, ces images de foule clairsemée.

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