Nabilla

L’âge de raison

Le phénomène de la téléréalité s’est assagi et attend un bébé pour octobre. C’est un garçon !

« Des kilos d’amour… » Elle parle de la transformation de son corps comme du bonheur qu’elle a à donner. Six ans après ses premiers coups d’éclat à la télévision, Nabilla n’a pas perdu le sens de la formule mais elle a gagné en maturité. Le 7 mai, elle a épousé Thomas, celui qu’elle blessait au couteau en 2014 et qui, aujourd’hui, dit : « On savait qu’on ne pouvait plus vivre l’un sans l’autre. Et on voulait tout partager avec une petite personne qui nous ressemble. » Après trois ans d’exil à Londres, ils s’apprêtent à faire leurs bagages pour Dubaï où ils ont choisi d’élever leur fils. Elle a longtemps traqué le buzz et les feux de la rampe. À 27 ans, Nabilla sait ce qu’elle veut pour sa famille : « Du soleil. » Elle va aussi apprendre à aimer l’ombre.

Les flashs crépitent. Sur la pelouse d’un jardin londonien, elle gambade, s’invente un personnage champêtre emprunté, finit par éclater de rire. « Mais qu’est-ce que tu fais ? » Thomas n’est jamais loin. Et jamais très loin, non plus, de se laisser envoûter par sa malice. « Eh bien ! Je fais ce qu’on me demande, chéri. » 

Justement pas. Nabilla peut enchaîner les poses glamour « à l’américaine » ; si vous l’invitez à se prendre trop au sérieux, elle sort sa botte secrète : le rire… à son insu, veut-elle laisser croire. C’est son arme fatale pour dissiper les situations où elle se sent en danger. Jouer les divas, pour elle, devient simplement une autre manière d’être un clown. 

Elle dit que séduire les hommes l’écœure. Est-ce l’héritage d’un père conservateur contre lequel elle s’est d’abord révoltée avec un corps, des atours et des provocations de bimbo ? C’est surtout parce que le phénomène Nabilla a pris une ampleur qui confine à la folie collective. Thomas confirme : 

« En France, j’ai été harcelé. Des jeunes se cachaient dans des buissons pour filmer mes allées et venues. Je ne pouvais plus faire un pas sans qu’on me prenne en photo. Mais pour Nabilla, c’est bien pire. Les gens pensent qu’ils ont le droit de la toucher. »

— Thomas

Elle a traqué la célébrité pour se sentir aimée. Et découvert qu’appartenir à tout le monde c’était ne plus s’appartenir du tout. Alors Nabilla ne cherche plus à envahir l’espace ou à crever l’écran. Juste à rester à sa place. Elle est curieuse, discrète, un brin taquine. Mais ne comptez pas sur elle pour jouer les femmes fatales magnétiques. Elle a un charme plus simple qui vous prend dans ses filets. Un certain air de famille. 

Passer une journée avec Nabilla, c’est comme rattraper le temps perdu avec sa petite sœur. On s’amuse un peu de sa naïveté et de ses airs de grande. On est parfois surpris de voir, devant son ventre arrondi et son calme à toute épreuve, qu’elle a grandi plus vite que nous. Et elle arrive quand même à nous faire prendre un petit coup de vieux ! Dès qu’elle a cinq minutes, Nabilla dégaine son téléphone portable. Pour s’en excuser, l’entrepreneuse influenceuse aux 4,4 millions d’abonnés sur Instagram balance une de ces répliques dont elle a le secret : « Le WiFi, c’est la vie. »

Mais si vous lui posez une question, elle ne fera pas semblant de réfléchir en s’intéressant plutôt à son compte Snapchat. La jeune femme pose son objet fétiche et vous regarde droit dans les yeux. Elle a la politesse de ceux qui vivent leur rêve sans trop prendre leurs aises ni sortir du cadre, de peur de le voir éclater comme une bulle de savon. 

Elle s’explique : « Quand on s’est rencontrés, avec Thomas, on n’avait rien. On a connu la galère. J’avais 19 ans, lui 24. On passait à la télé, mais on bricolait. Et on était très jeunes, on n’était pas pris au sérieux. » Depuis, elle s’est forgé une devise : « Jamais une erreur, toujours une leçon ». 

On ne peut pas lui reprocher de n’avoir rien appris… à commencer par la patience. Elle s’est si vite brûlé les ailes à la lumière !

Starlette aux pieds d’argile, elle a vacillé sous le poids de la gloire servie à la minute. Désormais, elle se projette sur dix ans et revoit ses bases. « Avec Thomas, on construit, énormément. Poser des fondations prend beaucoup de temps, c’est très lourd, ça fait mal au dos. On a redoré un peu notre image. On inspire plus de respect, on apprend à gérer des salariés à travers notre marque de maillots ou ma ligne de cosmétiques. Peut-être qu’à 40 ans on pourra relâcher la pression et souffler. »

Assagie, Nabilla ? « Je m’étais créé un rôle instinctivement. C’était une façon de me détacher et de me protéger. Les attaques touchaient la Nabilla de la télé, pas moi. Et puis, ça me faisait plaisir de voir les gens se marrer aussi… »

La force du couple

Le temps où elle faisait chauffer l’audience avec son personnage d’écervelée appartient au passé. « Ça revient de temps en temps, quand même ! » s’amuse Thomas. On ne peut s’empêcher d’y penser alors qu’elle nous prévient qu’ils ont « un cerveau pour deux »… quand elle veut illustrer la force de leur amour. 

Il faut dire que ces deux-là sont connectés. Au point qu’ils ne s’éloignent jamais trop longtemps l’un de l’autre. Si Thomas est assis à l’autre bout de la pièce, il vient retrouver sa place près de Nabilla sur le canapé. S’il disparaît trop longtemps, un « chéri », mi-inquiet, mi-amusé le fait ressurgir. Il lui dit qu’il aime quand elle sourit. Elle, qu’elle n’aime pas quand il a l’air triste. Comme des piqûres de rappel. La prison après un coup de couteau… 

Leur amour est une passion qui a failli mal tourner. Mais les drames et les épreuves sont derrière eux. À l’heure du déjeuner, Nabilla anticipe les désirs de son mari. « Ça, tu aimes. Ça, tu n’aimes pas. » Mais elle se défend d’être directive :

« Comme on vient de la téléréalité, les gens donnaient deux semaines à notre couple. On est ensemble depuis sept ans. En un regard, on sait ce que l’autre pense. »

— Nabilla

À les voir si fusionnels, on leur demande s’il n’y a pas un risque que le désir diminue autant que le manque. Le même sourire éclaire leur visage. « Non, répond Thomas. On passe notre vie ensemble, mais… » Nabilla complète : « On se renouvelle. » 

Un jour, elle avait confié se sentir une petite fille dans le corps d’une femme. Quelques années plus tard, elle avait affirmé qu’elle avait grandi. Elle n’avait plus besoin de trop en montrer ou de trop en faire pour s’affirmer. « J’ai compris que je pouvais me préserver. » Avec Thomas aussi, elle s’offre un second souffle. Des petites attentions aux grands départs, en passant par les nouveaux rituels qui leur ressemblent. Depuis deux ans, chaque matin sans exception, comme une discipline, ils partagent un petit déjeuner à deux. « On discute, on échange sur nos doutes ou sur nos projets professionnels. » 

Et puis il y a ce que Thomas appelle les « nouveaux chapitres, tous les trois ou quatre ans ». En 2016, ils s’installaient à Londres pour fuir la France. Attention : ils jurent qu’ils sont fous amoureux de ce pays, qu’ils considèrent comme « le plus beau du monde ». Simplement, pris dans le piège de la célébrité éclair, ils y étouffaient. 

Désormais, ce sont de nouvelles pages qui s’ouvrent. Avec un nouveau personnage. Ils ont prévu de s’installer à Dubaï après la naissance de leur enfant. Rien de définitif, promet Nabilla. « On aime tester, en permanence. Si on n’aime pas, on ira voir ailleurs. » Ils veulent changer de décor, rompre avec la grisaille anglaise et offrir à leur poupon un berceau protecteur. 

Comment passe-t-on de gosses pas formatés du tout pour le réel à de futurs parents au discours responsable ? « Parfois, on est deux enfants ensemble. J’aime cette facette de Thomas. Il a un côté petit garçon, avec ses faiblesses, et ça me touche beaucoup. Mais on a aussi appris à se structurer. » 

De grands gamins hyper matures, et assez crédibles. Ils ont mûri leur décision pendant longtemps, attendu d’être prêts. « C’est arrivé pendant l’été 2018, naturellement, confie Nabilla. On a senti qu’on avait la sérénité et la stabilité qu’on recherchait. On a beaucoup de principes et de valeurs, de plus en plus avec le temps. Chez nous, ça ne va pas dans tous les sens. On marche au respect. On est droits. » 

Et ils veulent le meilleur pour leur progéniture. Aux Émirats, Nabilla prévoit déjà de l’inscrire dans une école anglaise. Elle qui a couru si longtemps après la crédibilité le sait : « J’aurais moins souffert si j’avais trouvé les mots pour me défendre. S’il y a quelque chose que je veux offrir à mon enfant, c’est ça : qu’il prenne plaisir à apprendre, à faire des études. Je l’aiguillerai tout doucement. » 

Thomas trépigne d’impatience. Obsédé jour et nuit, dit-il, de « voir à quoi ressemble le fruit de [leur] amour ». Là-dessus, ils ont déjà un indice. « Tu veux leur dire, ou… ? » demande Thomas. Nabilla sourit : « Dis-leur. » Il jubile : « C’est un garçon ! Jusque-là, avec mon frère et ma sœur, mes parents n’avaient eu que des petites-filles. La lignée Vergara est assurée avec ce petit prince. » 

Avec son « Allô, t’es une fille et t’as pas de shampooing ? », Nabilla s’était abonnée aux formules qui font tache. Elle commence à nous habituer à celles qui touchent. « Je vais avoir deux garçons à la maison pour me traiter comme une reine… Et puis j’ai hâte d’entendre de nouveaux compliments. Cette fois, ce sera : “Comme tu es belle, maman !” »

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