Cannabis

La légalisation a motivé de nouveaux consommateurs

Six mois après la légalisation de la marijuana au Canada, les premières données et des entretiens avec des exploitants démontrent qu’un grand nombre de Canadiens se sont initiés à cette drogue douce. Près de 14 % des consommateurs de cannabis interrogés par Statistique Canada de la mi-novembre à la mi-décembre ont reconnu avoir fumé du cannabis pour la première fois au cours des trois mois précédents. Cette période se situe à cheval de la nouvelle loi fédérale légalisant ce produit, mais le pourcentage de nouveaux utilisateurs a nettement augmenté par rapport aux trimestres précédents, où il oscillait de 4,7 à 7,8 %.

— La Presse canadienne

Laval

La directrice d’un organisme de charité accusée d’avoir volé la caisse

Claire Le Bel aurait utilisé le fonds pour ses dépenses personnelles et sa campagne à la mairie de Laval

Charité bien ordonnée commence par soi-même, dit le proverbe. La directrice d’un organisme de bienfaisance lavallois a toutefois poussé le concept un peu trop loin, selon la police.

Claire Le Bel, directrice générale de L’entraide Pont-Viau, vient d’être accusée de fraude et de vol à l’endroit de l’organisme communautaire qu’elle a fondé il y a 27 ans, a appris La Presse. Elle aurait détourné à son profit pendant des années les sommes destinées aux familles démunies, selon l’enquête de la police de Laval.

Les crimes allégués se seraient déroulés entre 2012 et 2016, selon la dénonciation déposée au palais de justice. Ces années couvrent la campagne électorale municipale de 2013, au cours de laquelle Mme Le Bel avait tenté sans succès de se faire élire à la mairie de Laval. Figure bien connue du milieu communautaire lavallois, elle avait aussi siégé comme conseillère municipale au sein du parti de l’ex-maire Gilles Vaillancourt de 2009 à 2013 tout en continuant à diriger son organisme.

Une carte de crédit utilisée allègrement

Dans une déclaration sous serment déposée à la cour, un enquêteur de la police de Laval relate les témoignages, recueillis auprès d’ex-employés et d’ex-membres du conseil d’administration de L’entraide Pont-Viau depuis 2016, au sujet des dépenses « irrégulières et injustifiables » de la directrice générale. Plusieurs d’entre eux avaient constaté qu’en complément de son salaire annuel d’environ 75 000 $, celle-ci pigeait allègrement pour ses dépenses personnelles dans les coffres de l’organisme.

L’entraide Pont-Viau reçoit plusieurs centaines de milliers de dollars en subventions gouvernementales et en dons chaque année, notamment pour prodiguer des services de halte-garderie, d’aide aux devoirs, de camp de jour et d’accueil des immigrants dans un secteur où la pauvreté crée d’importants besoins.

Claire Le Bel disposait d’une carte de crédit au nom de l’organisme et l’aurait utilisée pour acheter une sacoche de luxe Rudsak, payer son essence pour ses déplacements personnels (incluant pour un voyage personnel dans le Bas-Saint-Laurent), faire son épicerie hebdomadaire à la maison, payer des forfaits téléphoniques à ses enfants.

Mais surtout, elle aurait accumulé des frais énormes de dépenses au restaurant : jusqu’à 15 000 $ sur une courte période, incluant des repas facturés à l’organisme les week-ends. 

Ces dépenses étaient jugées inhabituelles pour la directrice d’un organisme communautaire, selon un témoin interrogé par la police.

Les comptables chargés de vérifier les livres de l’organisme avaient noté qu’il manquait souvent les pièces justificatives associées aux dépenses déclarées par la directrice. Ils avaient sonné l’alarme au sujet de déficits récurrents et observaient une « incertitude sur la capacité de l’organisme à respecter ses obligations à court terme », selon la déclaration sous serment de l’enquêteur.

Au service de ses ambitions politiques

D’ex-employés ont aussi évoqué à la police l’utilisation des fonds de l’organisme au profit de la campagne politique de Claire Le Bel. Lorsqu’elle s’est présentée à la mairie en 2013, elle aurait été payée pendant deux mois alors qu’elle avait complètement cessé de travailler pour l’organisme, accaparée qu’elle était par ses ambitions politiques. L’organisme Centraide, qui versait des fonds à L’entraide Pont-Viau, aurait d’ailleurs protesté à ce moment, selon l’enquête policière.

Elle aurait utilisé le petit café bistro de son groupe communautaire pour fournir gratuitement les repas aux bénévoles et employés de sa campagne, en plus de ne jamais acquitter la facture pour la location des installations de L’entraide Pont-Viau à des fins partisanes pour sa formation politique.

Confrontée par certaines membres du conseil d’administration au sujet de l’utilisation des fonds de l’organisme à des fins personnelles, Claire Le Bel aurait traité les administrateurs de « cheaps » et dénoncé « un manque de reconnaissance qui frise l’insulte ».

« J’ai fait de L’entraide ce qu’il est devenu toute seule pratiquement », a-t-elle répliqué dans un message que la police a obtenu. Un ancien membre du conseil d’administration a expliqué aux enquêteurs qu’après une si longue période d’implication, la directrice en était venue à confondre ses intérêts avec ceux de l’organisme.

Mission importante

Mme Le Bel n’a pas répondu aux demandes d’entrevue de La Presse. Si elle est reconnue coupable, elle risque une peine maximale de 14 ans de prison pour « fraude de plus de 5000 $ ». Aucune des allégations à son endroit n’a été testée devant les tribunaux jusqu’à maintenant. Elle doit revenir devant la cour le 13 juin.

Le président du conseil d’administration de l’organisme n’a pas non plus rappelé La Presse. En 2017, lorsque le Courrier Laval avait révélé que la police avait mené une perquisition à L’entraide Pont-Viau, un administrateur avait déclaré au journal que la directrice avait toujours la confiance du conseil.

L’avocat Martin Côté, qui a très brièvement siégé au conseil d’administration pendant la crise avant de céder sa place, a déclaré à La Presse qu’il sera important dès maintenant d’assurer l’avenir de L’entraide Pont-Viau.

« C’est un organisme important avec une mission importante et il se doit de maintenir son existence dans le quartier où il est. Il a créé un CPE, il fait de l’accueil des immigrants, il gère un camp de jour abordable, il nourrit des enfants avec des boîtes à lunch. Il faut absolument que cet organisme continue d’exister », dit-il.

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