Ravissement et coup de gueule

Jacques Villeneuve pilote la voiture de son père Gilles… et rabroue un ex-champion du monde

Après quelques secondes en piste dans la légendaire Ferrari version 1978 de son père, Jacques Villeneuve avait retrouvé ses repères sur le circuit Gilles-Villeneuve. Le mur du Québec, le virage Senna, l’épingle, la ligne droite du casino.

« C’est comme faire de la bicyclette. »

Il n’a jamais cru si bien dire. Placez Jacques Villeneuve près d’une F1, et vous pouvez vous assurer qu’il n’aura pas perdu ses vieilles habitudes. Sur le circuit… et devant les micros.

Cette fois, c’est Niki Lauda et Max Verstappen qui ont essuyé les foudres de l’ancien champion du monde.

Récapitulons. Il y a quelques jours, au 98,5 FM, l’ancien triple champion du monde Niki Lauda avait comparé Gilles Villeneuve à Max Verstappen. Le commentaire se voulait probablement un hommage à la fougue et à la combativité des deux hommes.

Jacques Villeneuve n’a toutefois pas apprécié le parallèle entre son père et le jeune Néerlandais, qui multiplie les incidents en piste cette année. En cette journée soulignant le 40e anniversaire de la victoire de Gilles à Montréal, le fils a répliqué.

« Je sais ce que Niki Lauda a dit. C’est une insulte. Gilles était un pilote respectueux, éduqué. Oui, qui prenait des risques, mais qui ne mettait pas en danger les autres pilotes. Il ne faisait pas des zigzags en ligne droite. Il apprenait de ses erreurs aussi. C’est vraiment insultant de comparer les deux. »

Dans la voiture du père

Le Québécois était pourtant dans d’excellentes dispositions avant son coup de gueule. Il venait de terminer un tour dans la voiture avec laquelle son père avait gagné le Grand Prix du Canada en 1978. Il avait mené le défilé des pilotes, à un rythme très, très, lent. Plus près de la marche que de la conduite, a imagé Villeneuve. Il avait d’ailleurs décidé de ne pas boucler sa ceinture, pour éviter toute tentation.

Jacques avait ainsi l’occasion de se créer de nouveaux souvenirs, puisqu’il était trop jeune – 7 ans à peine – au moment de l’exploit de son père.

« Je ne me rappelle de rien. C’est la photo qui me donne des souvenirs. Je n’ai pas de souvenirs, mais quand je vois la photo, j’ai l’impression d’en avoir. »

Sa mère Joann se tenait à ses côtés. C’est elle qui est à l’origine du projet, une idée qui lui est venue l’an dernier quand elle a été saisie par l’émotion à la vue de l’ancien véhicule de son mari en piste à MoSport.

« Ça fait chaud au cœur de voir que ce que j’ai ressenti l’année passée, cette émotion, je pouvais la faire revivre à tous ceux qui l’ont vécue il y a 40 ans ici à Montréal. Tu travailles fort pour amener la voiture, tout organiser et que tout se passe bien. Quand tu vois que les gens répondent exactement comme tu le pensais, tu te dis : quelle belle réussite. »

« Ça me fait chaud au cœur de voir la réaction des gens, et j’espère que les fans ont apprécié autant que moi. »

— Joann Villeneuve

Joann Villeneuve a toutefois été incapable de voir ce moment comme la communion, 36 ans après la mort de Gilles, entre son fils et son mari. Ceux qu’elle appelle « les hommes de sa vie ».

« C’est difficile de faire le lien aujourd’hui entre les deux. Un, je l’ai épousé et je pensais passer le reste de ma vie avec lui ; l’autre, c’est mon fils. Un enfant ne t’appartient pas. Il est avec toi une certaine partie de ta vie et ensuite il doit aller faire son chemin. Ce sont deux choses différentes, même si l’amour profond est le même. »

De son côté, Jacques Villeneuve a apprécié chaque seconde. Il a été envahi avec ravissement par le ronronnement du moteur. Il voyait les gens crier sur son chemin, sans les entendre.

« C’était génial. Je me rappelle des parades à l’époque, on entend bien la foule, mais avec le beau bruit des Ferrari, je n’entendais plus rien. C’est tellement un bruit magique. »

Ce qu’ils ont dit…

De la confirmation des progrès des Renault à celle du talent des jeunes pilotes Esteban Ocon, Charles Leclerc et Pierre Gasly, le Grand Prix du Canada a été conforme aux attentes. D’autres ont été moins heureux : Brendon Hartley, impliqué dans une collision avec Lance Stroll quelques mètres après le départ, et Fernando Alonso, victime de son moteur alors qu’il disputait le 300e Grand Prix de sa carrière. Découvrez leurs réactions.

Nico Hülkenberg

Renault, 7e

« Nous avons bien exécuté notre plan aujourd’hui et ces 10 points nous permettent de creuser l’écart au quatrième rang du Championnat des constructeurs. J’ai perdu une position au départ par rapport à Ocon, mais j’ai pu profiter des arrêts aux puits pour reprendre l’avantage et j’ai ensuite réussi à bien gérer l’usure des pneus jusqu’au bout. »

Carlos Sainz fils

Renault, 8e

« Un très bon résultat pour l’équipe. Nous voulions placer les deux voitures dans le top 10, et l’équipe a fait un très bon travail pour y parvenir. La course a été tranquille pour moi, car nous craignions une dégradation des pneus, ce qui m’a empêché d’attaquer comme je l’aurais voulu. »

Esteban Ocon

Force India, 9e

« C’est bien de marquer encore des points, mais notre équipe aurait pu faire mieux aujourd’hui. J’avais réussi à grimper à la septième place après un premier tour fantastique, mais nous avons un peu raté le changement de pneus, ce qui m’a ramené derrière les Renault. Malgré tous mes efforts, je n’ai jamais pu les doubler à nouveau. »

Charles Leclerc

Alfa Romeo-Sauber, 10e

« Je suis vraiment heureux de ce résultat. C’est la quatrième course d’affilée où nous faisons du bon travail, la troisième où nous obtenons des points, et nous avons vraiment l’impression d’aller dans la bonne direction. Je découvrais le circuit et Montréal cette semaine et j’ai vraiment apprécié l’expérience. »

Pierre Gasly

Toro Rosso, 11e

« Honda a vraiment fait du bon travail pour nous fournir un moteur plus puissant, et j’ai réussi plusieurs dépassements dans les lignes droites. C’est toujours un peu frustrant de terminer si près des points, mais le prochain Grand Prix sera chez moi en France et je suis excité à l’idée de continuer à améliorer la voiture. »

Brendon Hartley

Toro Rosso, abandon

« C’est décevant d’abandonner de cette façon. J’ai tenté de doubler Lance [Stroll] à la sortie du virage 4, mais il a perdu le contrôle de sa voiture, ce qui nous a envoyés tous les deux dans le mur. Il y avait pourtant de la place pour passer. J’ai dû aller à l’hôpital pour des examens, mais tout était normal et je serai prêt pour la prochaine course. »

Fernando Alonso

McLaren, abandon

« La course avait bien débuté, mais j’ai senti une perte de puissance à la mi-course, et on m’a dit de rentrer aux puits. C’est frustrant parce que c’était mon 300e Grand Prix et que nous n’étions pas compétitifs cette semaine. Je pars ce soir pour la France, car je suis attendu au Mans dès demain [aujourd’hui] afin de préparer les 24 Heures. Ce sera une nouvelle expérience, et je l’anticipe avec plaisir. »

Propos recueillis par Michel Marois, La Presse

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