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Les messages d’alerte en anglais sous la loupe du commissaire aux langues officielles

OTTAWA – — Le commissaire aux langues officielles Raymond Théberge a décidé de lancer une enquête relativement à la diffusion de messages nationaux d’alerte au public sur les appareils mobiles qui sont uniquement en anglais après avoir reçu une trentaine de plaintes à ce sujet au cours des derniers mois.

L’enquête, qui prend toute son importance après les tornades qui ont ravagé tout un quartier à Gatineau et la communauté de Dunrobin, dans l’ouest d’Ottawa, en septembre, a commencé au mois de mai, a confirmé hier à La Presse une porte-parole du commissariat aux langues officielles, Véronique Robitaille.

« L’enquête suit son cours. Les conclusions seront connues aussitôt que possible, compte tenu de la taille de l’enquête, du niveau de difficulté et des enjeux qu’elle soulève », a précisé Mme Robitaille dans un courriel.

L’une des premières plaintes a été portée par la Fédération des communautés francophones et acadiennes du Canada (FCFA) au printemps. Le président de cette organisation, Jean Johnson, a aussi écrit une lettre au printemps au ministre fédéral de la Sécurité publique et de la Protection civile, Ralph Goodale, après les essais d’alerte au public qui ont été effectués dans le cadre de la Semaine de la sécurité civile de 2018, qui avait lieu du 6 au 12 mai.

Encore là, les messages du Système national d’alertes au public (SNAP) – une initiative fédérale-provinciale-territoriale qui offre aux diverses organisations responsables de la gestion des urgences partout au Canada la capacité d’émettre des alertes pour avertir rapidement la population de l’existence de risques réels ou imminents pour la vie – étaient en anglais seulement.

Mais les plaintes se sont multipliées depuis lors. En tout, 34 plaintes ont été acheminées au bureau de M. Théberge, dont celle du sénateur conservateur Claude Carignan dans la foulée des tornades survenues le 21 septembre.

Ce jour-là, une alerte a été diffusée par Environnement Canada concernant les risques élevés de formation de tornades, notamment dans la région de Gatineau et d’Ottawa. Si le titre de l’alerte était dans les deux langues officielles, le message était uniquement en anglais.

M. Carignan a décidé de rédiger lui-même une lettre de plainte après avoir été informé par un citoyen de Montréal, Christian Giraldeau, qu’il avait reçu un message d’alerte diffusé uniquement en anglais, ce qui est « totalement inacceptable » à ses yeux.

« Les changements climatiques que nous connaissons depuis quelques années provoqueront de nouveaux incidents malheureux comme ceux que nous avons connus le vendredi 21 septembre 2018, et il est urgent et primordial que nos services d’alerte pour mettre en garde les citoyens soient exempts de cafouillages inadmissibles et surtout, que les mesures correctrices soient immédiatement appliquées », a écrit le sénateur Carignan dans sa missive au commissaire aux langues officielles datée du 26 septembre.

« Monsieur le commissaire, lorsque les deux langues officielles de notre pays ne sont pas traitées de façon égale par les institutions fédérales, vous en conviendrez, c’est inacceptable. Mais lorsque ces accrocs au respect des deux langues officielles mettent en péril la sécurité de nos populations, c’est carrément inacceptable. »

— Le sénateur Claude Carignan

Le bureau du commissaire aux langues officielles a avisé le ministère de la Sécurité publique dès le mois de mai qu’il lançait une enquête à ce sujet.

Dans une réponse écrite, le sous-ministre Malcolm Brown affirme que bien que le SNAP soit une initiative fédérale-provinciale-territoriale, le gouvernement fédéral n’a pas son mot à dire quant à la langue utilisée pour diffuser les messages en question.

Du coup, il invitait le bureau du commissaire à communiquer avec les autorités qui émettent les messages dans chacune des provinces.

« Même si le SNAP permet de diffuser des alertes d’urgence en anglais et en français, notamment d’afficher une bannière bilingue, la langue utilisée pour les alertes est déterminée par chaque autorité émettrice en fonction de ses exigences linguistiques. Par conséquent, vous voudrez peut-être communiquer avec les autorités de la province ou du territoire d’où proviennent les plaintes pour savoir comment elles choisissent la langue dans laquelle les alertes sont diffusées », affirme le sous-ministre dans sa réponse écrite, obtenue par La Presse en vertu de la Loi sur l’accès à l’information.

« Au fédéral, les alertes sont diffusées uniquement par Environnement et Changement climatique Canada (ECCC), en format bilingue, conformément à la Loi sur les langues officielles. Nous vous invitons à communiquer directement avec ECCC pour obtenir de plus amples renseignements », ajoute le sous-ministre.

Or, il appert que l’alerte qui a été diffusée par ECCC en septembre était seulement en anglais.

— Avec la collaboration de William Leclerc, La Presse

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