Ouragan Michael

Le bilan humain continue de s’alourdir

Le bilan de l’ouragan Michael, qui a laissé dans son sillage des scènes de désolation en Floride, a atteint 16 morts hier. Les autorités en craignaient d’autres alors que les opérations de sauvetage se poursuivaient.

Le décompte des victimes grossit

Rétrogradé en simple tempête, Michael s’éloignait hier des côtes américaines, mais le décompte de ses victimes continuait de grossir au fil de la journée. Deux personnes ont été tuées jeudi soir en Caroline du Nord lorsqu’un véhicule a heurté un arbre tombé sur la route, ont confirmé hier à l’AFP les services d’urgence du comté de McDowell, portant à trois le nombre de victimes liées à Michael dans cet État déjà durement touché par l’ouragan Florence le mois dernier. Au moins quatre autres personnes sont mortes en Floride, sur les côtes de laquelle l’ouragan Michael s’est fracassé mercredi, charriant alors des vents de 250 km/h. « Mon sentiment est qu’ils vont trouver davantage de victimes », a estimé hier sur CNN Marco Rubio, sénateur républicain de Floride. Même crainte du côté de l’Agence fédérale de gestion des situations d’urgence (FEMA). « Je m’attends à ce que le bilan augmente aujourd’hui et demain à mesure que nous circulons à travers les débris », a confié hier, également sur CNN, le patron de la FEMA, Brock Long.

Grand nettoyage à Mexico Beach

À Mexico Beach, sur la côte de la Floride, les habitants reviennent depuis hier matin pour constater les dégâts, retrouver leurs proches et… commencer une opération titanesque de déblayage. Les secours ont installé une tour de communication d’urgence, le réseau de téléphonie mobile étant hors service. Les services publics de sauvetage – pompiers, secours de l’État de Floride, d’autres États ou de la FEMA – ont installé leur quartier général sur une place de cette station balnéaire sur le golfe du Mexique et se partagent les zones de recherches. « La municipalité a été dévastée, comme si elle avait été bombardée, cela ressemble à un théâtre de guerre, avec beaucoup de choses encore instables, donc je veux que tout le monde reste prudent », a déclaré le gouverneur de Floride, Rick Scott, de passage à Mexico Beach. Même si les distributions de vivres sont en bonne voie, poursuit-il, « nous continuons à avoir des besoins et j’attends du gouvernement fédéral qu’il fasse son travail ».

« Le vent s’est engouffré, a brisé les fenêtres »

Charles Smith, 57 ans, est le propriétaire du Gulf View Motel depuis 34 ans. La façade de l’établissement, en bord de mer, est ravagée. Les fenêtres et le rez-de-chaussée sont éventrés, trois maisons sur pilotis qui étaient sur la plage ont enfoncé le bâtiment, un des toits a été emporté par le vent. « Je n’arrivais pas à ouvrir la porte de derrière à cause de l’eau. Le vent s’est engouffré, a brisé les fenêtres. Le réfrigérateur s’est retrouvé coincé dans la salle de bains. J’ai essayé de sortir, mais je ne pouvais pas ouvrir la porte », relate l’hôtelier, en estimant le niveau de la crue à plusieurs mètres. « Je vais me tourner vers les assurances, peut-être que j’obtiendrai de l’aide de l’Agence fédérale de gestion des situations d’urgence, cela serait bienvenu. »

« Servez-vous »

Un peu plus loin, le supermarché local est aussi éventré, ses portes défoncées. Les habitants se servent dans le stock de nourriture, cigarettes et bouteilles d’alcool. Une jeune fille, qui ne veut pas donner son nom, explique que les propriétaires ont donné l’autorisation. « Ils ont dit : “Prenez ce dont vous avez besoin, mais uniquement ce dont vous avez besoin” », assure-t-elle. Elle emporte une bouteille d’alcool. « C’est de cela que j’ai besoin en ce moment. »

« J’ai dépensé toutes mes économies pour m’installer ici »

Bob Tenbrunson, un retraité, a quitté sa maison de Mexico Beach avant l’arrivée de Michael pour se réfugier à Panama City, chez sa fille. Après avoir constaté les dégâts, il a réparé ce qu’il pouvait. En t-shirt, une serviette autour du cou, les mains sales après avoir déblayé les décombres, il confie : « J’ai dépensé toutes mes économies et ma pension de retraite pour m’installer ici, donc il est impensable que je vende. Je ne peux qu’espérer que [la ville] va être reconstruite et réparée. Mais je ne peux m’empêcher de me demander à quoi cela va ressembler. » Lui-même a suivi les consignes d’évacuation des autorités : il est parti se réfugier dans les terres avec son épouse. « Je ne suis pas censé être de retour », admet-il, l’accès au site restant interdit tant que dure la phase d’urgence.

Ceux qui sont restés

Malgré les consignes d’évacuation qui ont probablement sauvé de nombreuses vies, certains habitants étaient restés. Les survivants racontent l’enfer. « On a eu très peur, on n’avait jamais vu quelque chose comme ça », confie à l’AFP Rose Loth, 53 ans. « Une fois l’ouragan passé, vous êtes complètement perdu. Vous pouvez fermer les yeux et les rouvrir et vous ne savez plus où vous êtes », dit de son côté Charles Smith, qui espère pouvoir rouvrir un jour son motel avec vue sur la mer. À Panama City, la situation était préoccupante aussi : maisons totalement détruites, toitures arrachées, bateaux encastrés les uns contre les autres, arbres jonchant le sol.

Des morts en Virginie et en Géorgie

Michael a également entraîné la mort de plusieurs personnes dans d’autres États. Les services d’urgence de la Virginie, où l’ouragan est passé jeudi soir en remontant vers le nord depuis la Floride, ont confirmé hier matin sur Twitter « cinq morts liées à Michael ». En Géorgie, une fillette de 11 ans a été tuée lorsqu’un auvent de garage a atterri sur sa maison, selon les autorités. Le courant n’était par ailleurs toujours pas rétabli hier dans plus d’un million de foyers à travers plusieurs États du Sud-Est américain. Sur les réseaux sociaux, les images publiées par les internautes parlaient d’elles-mêmes : routes et stationnements de supermarchés ont été submergés par la montée des eaux. Les services d’urgence de la Virginie ont indiqué que 1200 routes avaient été fermées.

Visite de Trump

Le président américain Donald Trump a indiqué hier sur Twitter qu’il se rendrait en Floride et dans l’État voisin de la Géorgie au début de la semaine prochaine. « Nous travaillons très dur dans chaque région et chaque État touchés – nous sommes avec vous ! », a-t-il écrit.

Michael en Atlantique

Alors qu’elle poursuivait sa trajectoire vers le nord, la tempête post-tropicale Michael a laissé de fortes précipitations sur les provinces de l’Atlantique hier. La tempête devait se déplacer ensuite rapidement au sud de la péninsule d’Avalon hier soir avant de gagner le large aujourd’hui. Ian Hubbard, météorologue au Centre canadien de prévision des ouragans, à Halifax, a déclaré que Michael devrait générer des ondes de tempête mineures et de fortes vagues le long des côtes sud et est de Terre-Neuve pendant la marée descendante de cet après-midi.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.