Hockey

Les bizarreries de la KHL

La ligue de hockey russe réserve son lot de surprises aux joueurs étrangers

Chaque jour, Ben Scrivens craint de mal faire quelque chose. Et ça n’a rien à voir avec son jeu sur la glace.

Régulièrement, l’ancien gardien de la LNH, qui joue maintenant dans la KHL, offense quelqu’un et doit tenter de comprendre quelle superstition ou quelle coutume russe il a brisée. Le choix ne manque pas.

« Tu es censé apporter un gâteau à l’aréna le jour de ta fête », raconte Scrivens, un Canadien.

« Si tu marches sur le pied de quelqu’un, tu dois tendre le pied et il va te rendre la pareille. C’est une sorte d’œil pour œil, dent pour dent. Ils sont très superstitieux et il y a beaucoup de superstitions : vous ne pouvez pas siffler à l’intérieur, vous ne pouvez pas donner une poignée de main dans un cadre de porte, etc. Et bien sûr, vous ne pouvez pas les deviner, alors vous devez faire l’erreur pour apprendre. »

Des douzaines de hockeyeurs nord-américains sont revenus à la KHL il y a quelques jours après avoir participé aux Jeux olympiques de PyeongChang, en Corée du Sud. Pour les étrangers peu habitués à la Russie et aux autres pays de la KHL, la vie sur et à l’extérieur de la patinoire va de surprise en surprise.

Entraînement sanglant

« Pas mal chaque jour, je me retrouve à secouer la tête et à ne pas croire ce que je vois », dit l’attaquant américain Ryan Stoa, qui en est à sa quatrième saison dans la KHL après des épisodes avec l’Avalanche du Colorado et les Capitals de Washington.

C’est la KHL, là où, selon l’ancien défenseur de la LNH James Wisniewski, « la normale est anormale et l’anormal est normal ».

Voilà qui en dit long sur, par exemple, la fois où un mouton a été sacrifié sur la glace plus tôt cette saison avant un entraînement du Barys Astana, au Kazakhstan. Quelques joueurs nord-américains ont vomi leur petit-déjeuner.

« C’est probablement la chose la plus étrange que j’aie jamais vue au hockey, honnêtement, raconte l’attaquant canadien Gilbert Brule. Je ne pouvais le croire quand on me l’a dit. »

Les sacrifices de moutons sont au sommet du classement de l’improbable dans la KHL, mais celui-ci inclut aussi de nombreuses histoires de la vie quotidienne dans ce qui est considéré comme la deuxième ligue de hockey en importance au monde.

Avions, paie, perfusions

Wisniewski a vu des joueurs s’administrer leurs propres perfusions intraveineuses. Wojtek Wolski conserve dans son téléphone la liste des choses étranges qu’il voit, afin de ne pas oublier de les raconter à ses amis à la maison.

« Tu dois être prêt à tout. Je dis toujours que tout est possible et tout semble impossible en même temps, dans la même journée, dans la même heure. »

— Wojtek Wolski

Il y a aussi des problèmes plus graves. Certains joueurs n’ont pas été payés parce que leur équipe n’en a pas les moyens. La vétusté des avions utilisés pour les voyages a été mise en lumière quand 44 personnes ont perdu la vie en 2011 dans le tragique accident du Lokomotiv Iaroslavl.

Scrivens affirme pouvoir vivre avec 99 % des différences culturelles, personnelles et professionnelles qui irritent les joueurs nord-américains, puis essayer d’ignorer les autres.

Tant pis pour les germes

La première journée de travail de l’ancien défenseur des Rangers de New York Matt Gilroy dans la KHL coïncidait avec son anniversaire, et tous ses coéquipiers se demandaient où était le gâteau. Son coéquipier Stoa et lui se sont habitués à la coutume de serrer la main chaque jour de tous les gens qui n’avaient pas couché sous le même toit qu’eux la veille : joueurs, conducteurs de l’autobus ou de la surfaceuse, préposés de l’aréna… Tant pis pour les germes.

« Je pense que les gars sont malades régulièrement à cause de ça », estime Scrivens. Aux Jeux olympiques, où une épidémie de norovirus a éclaté, on a recommandé aux joueurs d’utiliser le fist bump plutôt que la poignée de main.

Quand on lui a demandé s’il avait déjà dû courir après des chèques de paie, Scrivens s’est montré prudent. « Je n’ai pas d’histoires qui n’ont pas déjà été rendues publiques. Je n’ai pas de pire histoire que ce que vous avez déjà entendu. »

Certains joueurs n’étaient pas prêts à témoigner, soit parce qu’ils ont déjà des contrats avec la KHL, soit parce qu’ils pourraient y retourner dans les prochaines années. Mais Chris Bourque le confirme : « Toutes les histoires que vous entendez sont vraies. »

Camps d’entraînement

À commencer par les éreintants camps d’entraînement de deux mois.

« Le camp d’entraînement est probablement l’une des épreuves les plus difficiles que j’ai eu à traverser dans ma vie, affirme Brule. En gros, c’est tous les jours, deux ou trois fois par jour, pendant deux mois. Vous êtes sur la glace deux fois, vous vous entraînez au gymnase toute la journée, vous avez une pause pour le dîner et vous y retournez tout l’après-midi. »

Malgré toutes les histoires d’horreur et les questionnements, Stoa rappelle que plusieurs joueurs ont des expériences positives dans la KHL. Jouer pour le Jokerit à Helsinki ou pour les riches puissances du SKA de Saint-Pétersbourg ou du CSKA de Moscou est bien différent d’évoluer à Togliatti, Magnitogorsk ou Tcheliabinsk.

Pour Gilroy, la barrière de la langue est le principal obstacle, même si les équipes fournissent des interprètes. Certains entraînements sont tenus en russe, mais il reste que la glace est l’endroit où les joueurs nord-américains peuvent généralement se sentir bien en dépit de la folie qui les entoure.

« Quand vous êtes sur la glace, c’est pas mal le même jeu partout dans le monde, conclut Gilroy. C’est là que tu es le plus à l’aise. Ailleurs, tu es un poisson à l’extérieur de son bocal, mais lors des matchs, tu es très à l’aise. »

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