Jets-Canadien

À plein régime

Mené par Jonathan Drouin et Phillip Danault, le Tricolore bat les puissants Jets de Winnipeg. Analyse et compte rendu.

Analyse

Un premier message envoyé

Surpasser les attentes, c’est une chose. Être pris au sérieux, c’en est une autre. Après 55 matchs, le Canadien a déjà franchi la première étape. La présente séquence du calendrier offre la chance au Tricolore de réaliser la deuxième étape.

Hier, en battant de façon convaincante les puissants Jets de Winnipeg 5-2, les hommes de Claude Julien ont fait un pas dans la bonne direction.

Pour s’en convaincre, il suffisait d’écouter le point de presse de l’entraîneur-chef. Julien, comme plusieurs de ses homologues, pèse toujours ses mots, se garde une petite gêne avant de trop encenser ses joueurs. Ses premières paroles hier : « On a joué tout un match. »

Le Tricolore avait gagné sept de ses neuf derniers matchs avant la victoire d’hier. Mais plusieurs de ces victoires avaient été acquises contre des équipes qui connaissent des moments difficiles. Les Oilers, les Ducks, les Coyotes, les Panthers…

Cette semaine, ce sont de grosses pointures : Winnipeg hier, Toronto demain. Nashville et Tampa la semaine prochaine.

Hier, c’était une équipe des Jets en pleine santé qui débarquait au Centre Bell, l’excellent Josh Morrissey étant le seul blessé. Dustin Byfuglien, le cœur et l’âme de Winnipeg, revenait au jeu. C’était le gardien numéro 1, Connor Hellebuyck, devant le filet. C’était l’incroyable trio de Blake Wheeler, Mark Scheifele et Kyle Connor qui sonnait la charge. Les Jets n’arrivaient pas pour un deuxième match en deux soirs. Comme le Canadien, ils avaient eux aussi joué mardi.

Bref, à tous égards, ce triomphe est parfaitement légitime, avec à la clé 53 tirs sur le filet adverse. En anglais, on parle de statement pour décrire ce genre de victoire. De message. Personne n’a voulu aller aussi loin en entrevue, mais Julien a bien expliqué la portée de la rencontre.

« Je n’ai pas dit aux joueurs que c’était un gros match. Je leur ai dit que c’était un match excitant. Ce sera ça [demain] aussi. C’est excitant contre ces équipes. »

« On respectait les Jets. Je n’ai pas dit qu’on était intimidés, j’ai dit qu’on les respectait. On a joué 60 bonnes minutes. »

— L'entraîneur-chef Claude Julien

« L’approche des matchs a beaucoup changé, a ajouté Jonathan Drouin. L’an passé, on attendait plus de voir ce que l’autre équipe allait faire. Cette année, c’est nous, on contrôle ce qu’on peut contrôler, on se concentre sur nos affaires et on veut forcer l’autre équipe à s’ajuster à nous. »

Ambiance des séries

Parlant de l’an passé… Le Canadien est au cœur d’une séquence de cinq matchs en huit jours. On imagine très bien l’ambiance lourde qui aurait régné sur le Centre Bell si le Canadien de 2017-2018 avait eu à disputer une telle séquence…

Hier, on avait plutôt l’impression de revoir le Centre Bell des mois d’avril et mai (eh non, on ne peut pas encore dire juin !). Quand un thème aussi usé que Wonderwall fait chanter l’amphithéâtre en entier, c’est signe que la fête est bien prise !

Coïncidence ou pas, c’est dans cette ambiance des séries qu’on a vu Drouin disputer peut-être son meilleur match depuis son arrivée chez le CH. Deux buts, deux passes, neuf tirs, fiche de + 3. Et une querelle avec Scheifele pour couronner le tout !

Le lien est intéressant, car Drouin a toujours été perçu comme ce type de joueur qui répond présent quand l’enjeu le commande. Il l’avait fait avec le Lightning en 2016. Il l’a fait trois fois plutôt qu’une avec les Mooseheads d’Halifax.

Le quintette formé de Drouin, Phillip Danault, Brendan Gallagher, Victor Mete et Shea Weber a livré une grande performance pour neutraliser le trio de Scheifele, chacun des cinq y allant de sa contribution pour y parvenir. Ça inclut Drouin, qui était aux antipodes du joueur un peu énigmatique que l’on a vu certains soirs cette saison. Comme s’il avait carburé à l’ambiance festive de l’amphithéâtre.

« C’est ça qu’on veut. Je ne l’ai pas vécu l’an passé, j’ai seulement vu ce que c’était à la télévision. Je ne peux pas imaginer le Centre Bell à un premier match des séries, a indiqué Drouin. C’est notre but. On sait qu’au bout du compte, si on fait tous ces efforts, ça va nous permettre de jouer en séries. »

Parlant des séries, voilà que les Maple Leafs débarquent au Centre Bell demain. Si le tournoi commençait aujourd’hui, ce serait justement un tout premier Canadien-Leafs depuis 1979. Avec des performances comme celle d’hier, difficile de ne pas voir en ce match une mise en bouche en vue des séries.

Le Canadien

Saison terminée pour McCarron

Michael McCarron devra négocier un nouveau contrat l’été prochain et il n’aura pas la chance de jouer davantage pour démontrer sa valeur. Le Canadien a annoncé que sa saison était terminée. Le gros attaquant a été opéré à l’épaule gauche. En 32 matchs cette saison avec le Rocket de Laval, il a amassé 7 buts et 14 passes pour 21 points. McCarron connaissait de bons moments avant de se blesser, récoltant 13 points en 11 matchs en décembre. McCarron deviendra joueur autonome avec compensation au terme de la saison. L’ancien choix de premier tour du CH avait joué 20, 31 et 18 matchs dans la LNH lors des 3 dernières saisons, mais aucun cette saison, après avoir été retranché et soumis au ballottage pendant le camp d’entraînement.

Jets–Canadien

« Du grand Joe »

« C’était du grand Joe. Pas juste à cause des buts. Il travaille bien dans les deux, trois derniers matchs. Je vois une belle amélioration. Il est là défensivement. L’opportunisme, c’est du grand Joe. »

— Phillip Danault, au sujet de Jonathan Drouin

« Les entraîneurs n’étaient pas bons. Les joueurs n’étaient pas bons. La nourriture n’était pas bonne. J’espère simplement que l’avion va fonctionner. »

— Paul Maurice, entraîneur-chef des Jets

« Les deux équipes se ressemblent, et il fallait essayer de s’imposer. Une différence avec la saison dernière, à mes yeux, c’est quand on accordait le premier but… Parfois, on s’écrasait ensuite. Ils ont marqué le premier but, mais on a continué à batailler, et ça n’a pas affecté notre jeu. »

— Brendan Gallagher

« Il a fait un gros arrêt contre [Nicolas] Deslauriers et un contre moi. C’est un des meilleurs gardiens de la ligue. Mais quand tu as 50 tirs, tu vas marquer quelques buts. »

— Jonathan Drouin, au sujet de Connor Hellebuyck

« Je ne sais pas si ce fut notre meilleure performance de la saison, c’est seulement un match. Mais ce fut une bonne performance et maintenant, le prochain défi, c’est d’offrir une bonne performance aussi à notre prochain match contre Toronto [demain soir au Centre Bell]. Ce fut un solide effort de groupe. Nous n’avons jamais dérogé à notre plan de match. »

— Shea Weber

Propos recueillis par Richard Labbé et Guillaume Lefrançois, La Presse

Jets–Canadien

Dans le détail

Une première pour Lemieux

Le nom Lemieux est un nom assez évocateur dans le livre d’histoire du Canadien, et hier soir, c’est un autre Lemieux qui était de passage au Centre Bell : Brendan, le fils de Claude, qui en était à son premier match sur la glace du Canadien. Avant hier soir, le fils Lemieux avait inscrit 7 buts et 2 passes en 37 matchs cette saison, sa première année complète dans la LNH, et il a bien failli ajouter un 8e but à sa fiche en première période, quand une rondelle vagabonde s’est soudainement retrouvée à ses pieds. Mais ce n’était que partie remise, et le jeune homme de 22 ans, repêché au 31e rang par les Sabres de Buffalo en 2014, s’est bien repris en fin de match, quand il a pu exécuter le deuxième but des Jets. Tout ça devant son père, qui était dans les gradins. La foule a d’ailleurs accordé à Claude une belle ovation lorsque son célèbre but des séries de 1986 contre Mike Liut et les Whalers de Hartford a été diffusé sur écran géant.

Encore 40 tirs !

Depuis des années, on dit que le Canadien ne forme pas un club offensif, mais plutôt un club à la fois plate et défensif, mais de toute évidence, il faudra maintenant songer à enterrer cette croyance. Hier soir encore, et une fois de plus lors d’un match divertissant au possible, le Canadien a franchi le cap des 40 tirs. En fait, cette fois-ci, le Canadien, pour la première fois cette saison, a franchi le cap des 50 tirs, en tirant à 53 reprises sur le gardien des Jets, Connor Hellebuyck. En tout, pour le CH, il s’agissait donc d’un 14e match cette saison avec un minimum de 40 tirs sur le filet adverse. Après le match, l’entraîneur Claude Julien a dit qu’il s’agissait de « l’un de nos meilleurs matchs de la saison », et c’est aussi ce que le tableau des tirs suggère…

Danault connaît déjà sa meilleure saison

C’est en 2016-2017, à sa première saison complète avec le Canadien, que Phillip Danault avait connu la meilleure campagne de sa jeune carrière, avec 40 points en 82 matchs. Mais comme tout baigne ces temps-ci pour à peu près tout le monde au Centre Bell, voici que Danault, avec ses quatre points d’hier soir (1 but et 3 aides), a déjà atteint la marque des 40 points cette saison, et en seulement 55 matchs, qui plus est. « C’est un bel exploit, surtout le fait que ça arrive tôt comme ça dans la saison, a-t-il fait savoir après la grosse victoire d’hier soir au Centre Bell. Je veux que ça continue. Je joue de la bonne façon personnellement, et en tant qu’équipe, on joue aussi de la bonne façon. » 

En hausse

Victor Mete

Coupable d’un mauvais changement sur le but des Jets en début de match, le petit défenseur a répondu en offrant l’une des meilleures performances de sa jeune carrière. Avec des matchs comme ça, le premier but ne saurait tarder.

En baisse

Brett Kulak

Il est un peu injuste de devoir mettre un joueur en rouge ici, mais pour la forme, allons-y avec Brett Kulak, auteur de quelques bévues. Il a toutefois eu l’air d’un gagnant du trophée Norris en comparaison avec Ben Chiarot de l’autre côté.

Le chiffre du match

7

Carey Price a signé une septième victoire de suite. Le Tricolore a beau avoir obtenu 53 tirs, il a eu son mot à dire dans cette victoire.

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