PME Innovation wrnch

De la capture de mouvement… sans capteur

L’INNOVATION

Nul besoin de combinaison moulante couverte de capteurs. Un cellulaire, une tablette ou une caméra web suffisent.

Le moteur wrnchAI est un logiciel de vision par ordinateur qui numérise le mouvement humain en temps réel.

Il analyse les images sur des vidéos 2D standard et renvoie sans délai des données 3D, qui peuvent être utilisées par diverses applications de réalité virtuelle.

Ce programme d’intelligence artificielle utilise l’apprentissage profond pour parvenir à ce résultat.

QUI

Chez WRNCH, l’accueil – chaleureux – est fait par une chienne goldendoodle au poil frisé. Molly est rapidement rejointe par son maître, le président de WRNCH, Paul Kruszewski.

Élevé dans une ferme albertaine, Paul Kruszewski a créé son premier jeu vidéo à 12 ans. Il avait acheté son premier ordinateur avec les 500 $ de la vente des porcs que son frère et lui élevaient pour se faire de l’argent de poche. Son père avait avancé les 500 $ manquants, sur la foi que l’appareil ouvrirait peut-être la voie à une brillante carrière dans ce domaine d’avenir.

La prophétie s’est réalisée : Paul Kruszewski a obtenu un doctorat en informatique à l’Université McGill en 1996.

Il est resté à Montréal, où il a mis sur pied et revendu deux entreprises en intelligence artificielle, avant de fonder WRNCH, en 2014.

Peu de temps après sa fondation, l’entreprise a été pressentie par Disney pour participer au développement des lunettes de réalité augmentée Star Wars Jedi Challenge AR, qui fonctionnent avec l’écran d’un téléphone intelligent.

« C’était notre inspiration pour créer notre propre moteur d’IA », indique Paul Kruszewski.

« Le grand défi, c’est d’enseigner à des caméras à comprendre le langage du corps des êtres humains. Pour moi, si un enfant peut le faire, un ordinateur peut le faire aussi. Ce n’est qu’une question de temps, de données et de puissance d’ordinateur. »

— Paul Kruszewski

LE FONCTIONNEMENT

Dans la salle de conférence, Paul Kruszewski fait d’abord la démonstration du programme wrnchAI sur son téléphone cellulaire, avec lequel il filme notre photographe.

Sur l’écran, l’image mouvante du photographe est parée en surimpression d’une série de points d’articulation reliés par des traits. Cette espèce de bonhomme allumette surdéveloppé se conforme à tous ses mouvements.

« Ce sont des points-clés, dit Paul Kruszewski. Vous pouvez les considérer comme des lettres. On fait un assemblage des points dans un squelette, comme on assemble des lettres dans un mot. »

Ce squelette en 2D est créé par le programme wrnchAI, sur le téléphone même.

Le logiciel s’appuie sur une série de « réseaux de neurones convolutifs ».

Selon les principes de l’apprentissage profond en intelligence artificielle, ces réseaux de neurones électroniques s’inspirent du fonctionnement du cerveau des vertébrés pour la détection et l’analyse des éléments d’une image.

« Le défi, c’est la variété des êtres humains, exprime Paul Kruszewski. C’est énorme. »

Démonstration

« Mais qu’est-ce qu’on peut faire avec ça ? demande-t-il. Quelles sont les applications ? C’est pour ça qu’on a créé le miroir magique. »

Il se place devant un écran de télévision dressé à la verticale, où il se trouve filmé par une petite caméra.

Sur son image est aussitôt plaqué le squelette 2D, remplacé après quelques instants par un personnage en 3D vêtu d’une combinaison grise.

Une ou deux secondes plus tard, l’alter ego de Paul se trouve déguisé en poulet jaune devant une rôtisserie – un simulacre de publicité interactive qui montre le potentiel de l’outil.

Le président de WRNCH secoue deux ou trois fois son bassin de haut en bas, ce qui provoque la ponte d’autant d’œufs à l’écran !

Car le programme peut détecter, capter, mais aussi interpréter les mouvements. « On peut avoir des interactions dans la réalité virtuelle, mais sans avoir des capteurs sur le visage ou le corps, indique-t-il. C’est vraiment sans friction. »

Applications

« Ça fait seulement deux ans qu’on travaille là-dessus, affirme-t-il. Et avec l’apprentissage profond, ça devient de plus en plus intelligent. »

D’accord, mais à quoi peut servir le bidule ?

« Le wrnchAI peut être utilisé dans plusieurs domaines : l’analyse de vidéos sportives, par exemple, ou pour le contrôle des robots et robots personnels », précise l’homme d’affaires.

Ces robots devront être en mesure de repérer les humains et d’interpréter leurs gestes.

« Au début, les applications seront surtout dans le divertissement, au cinéma par exemple, comme une affiche virtuelle, ajoute-t-il. Mais imaginez-vous cinq ans dans l’avenir, devant un mannequin virtuel : on va être capable de se voir et de changer ses vêtements. »

L’AVENIR

L’avenir commence aujourd’hui. Du 8 au 11 mars, Paul Kruszewski participe au festival South by Southwest, à Austin, au Texas. Son moteur wrnchAI est un des cinq finalistes de l’événement Accelerator Pitch Event, dans la catégorie « Réalité virtuelle et augmentée ». De nouveaux investisseurs pourraient s’y manifester.

Mais déjà, l’engin suscite l’intérêt.

« Nous sommes en production avec deux grandes entreprises américaines. L’une est dans le divertissement, l’autre est un détaillant qui veut comprendre les comportements des acheteurs. C’est pourquoi nous sommes déjà rentables. Ça fait du bien. »

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