Design intérieur de Brigitte Saint-Aubin 

Un récit musical tout en introspection

Chaque année malgré la baisse des ventes, ils sont des dizaines d’artistes à lancer un disque de chansons originales liées par un fil conducteur. C’est le genre de proposition que fait justement cet automne la comédienne et chanteuse Brigitte Saint-Aubin avec Design intérieur, son quatrième disque. Nous avons discuté avec elle du besoin de créer, de changement de carrière et de chanson dite « féminine ».

Créer un disque

Il s’est écoulé six ans entre Design intérieur et Glamour, le disque précédent de Brigitte Saint-Aubin. Et ce n’est pas pour rien. « Je regardais l’abondance de l’offre, et je me demandais ce que j’avais à apporter dans ça. » Mais la maladie puis la mort de sa mère l’ont plongée dans de grands questionnements. La chanteuse et comédienne a même suivi pendant un an des cours de design intérieur au cégep. « J’avais besoin de me repositionner. De m’éloigner dans quelque chose que j’aimais. » L’album est né ainsi, « doucement, lentement, sûrement », explique l’auteure-compositrice-interprète. « Pas parce que je me disais qu’après six ans, il fallait que je présente quelque chose de nouveau. Plus par ressenti, parce que j’avais envie d’avancer, d’aller rejoindre les gens. Tout ça est né d’une pulsion de m’exprimer. » L’album, enregistré live et réalisé par Guido del Fabbro, a été créé en deux temps : avant et après l’année de collège ! Le résultat est très poignant, porté par la voix vibrante de la chanteuse. « Disons qu’elle était appuyée sur du tangible. Je n’avais pas besoin de chercher dans les faits, même pas dans la vérité ! »

Monter un spectacle

Design intérieur raconte l’histoire d’une quadragénaire qui, bouleversée par la mort de sa mère, retourne étudier au cégep en design intérieur – toute ressemblance avec une personne vivante n’est pas fortuite. Mais en écrivant ses chansons, Brigitte Saint-Aubin a senti qu’elles étaient « trop petites ». « J’ai commencé à écrire un solo théâtral pendant que l’album fleurissait. Puis j’ai eu envie d’imbriquer les deux. » Ce qu’elle a fait avec l’aide du dramaturge François Archambault et du metteur en scène Éric Jean. Le résultat sera un « récit musical » où les chansons feront avancer l’histoire, explique Brigitte Saint-Aubin, qui avait depuis longtemps envie de réunir ses deux passions. Le spectacle sera présenté à Coup de cœur francophone les 6 et 7 novembre, au Théâtre Aux Écuries, et la chanteuse espère que cette proposition hybride attirera les gens. « Le public cherche l’événement, il veut être stimulé autrement. Et quand tu n’es plus la saveur du mois, il faut trouver quoi faire pour qu’ils te choisissent, alors que l’offre est diversifiée et intéressante. Mais ce n’est pas pour ça que j’ai créé ce spectacle. Il est vraiment né d’un désir de parler plus grand qu’une chanson et d’occuper la scène autrement comme interprète. »

Faire de la « musique de fille »

Design intérieur est un disque littéralement à fleur d’émotion. Quand on lui dit qu’on le trouve « féminin », Brigitte Saint-Aubin l’accepte d’emblée. « Ça ne m’achale pas pantoute ! Tant mieux. Que ma féminité s’exprime et soit perceptible. C’est sûr que ça ne plaît pas à tout le monde, cette sensibilité. Mais moi, j’en écoute plein, de filles. » Catherine Durand, Ariane Moffatt, son amie Andrea Lindsay, Salomé Leclerc, les Françaises Camille et Juliette Armanet, elle n’arrête plus de donner des exemples. « J’aime la voix féminine, ça me touche. » Sur la place des femmes dans l’industrie, elle ose moins se prononcer. « Je regarde ça de loin, un peu. Mais je pense quand même que les portes s’ouvrent et que c’est important de continuer à en ouvrir. Ce n’est pas gagné. Mon univers, par exemple, que tu dis féminin, il ne brasse pas la cage comme celui de Lisa LeBlanc. Et c’est souvent ça qu’on cherche dans les festivals, quelque chose de plus rythmé. Mais je crois que lorsqu’on fait de la place, les gens sont prêts à accueillir autre chose. »

Penser à la suite

Brigitte Saint-Aubin aura un automne occupé avec le lancement du disque, les spectacles du mois de novembre, une tournée de promotion en librairie et sa participation comme comédienne à la Foirée montréalaise en décembre à La Licorne. Et elle souhaite « ardemment » donner une suite à son projet. « Avec ma compagnie de disques, nous allons mettre nos énergies là-dessus. Ce que j’aimerais, ce serait que mon spectacle puisse être inclus dans une programmation régulière de théâtre cet hiver. Et l’emmener en tournée aussi. » Consciente qu’il peut être difficile de le faire voyager – « Il y a des lumières, des décors, des projections, c’est un show de théâtre ! –, elle proposera aussi un spectacle uniquement musical. Et quelle vie souhaite-t-elle donner à son disque ? « En dehors des spectacles, je ne sais pas. J’ai envie de lui donner une vie, même si elle sera plus modeste. » Ses attentes, dit-elle, ont changé depuis ses débuts. « Comme avec la tournée des librairies, c’est petit, mais il me semble qu’il y a de la place dans la finesse. J’ai des attentes, de belles attentes pour ce disque, mais mon moteur n’est plus basé sur ça et c’est vraiment important. »

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