notre choix

L’âge de raison ?

SYNTH POP, ÉLECTRO
Beach House
7
Sub Pop / Bella Union
*** 1/2

Le nom de Beach House figure immanquablement parmi les plus importants lorsqu’il est question de dream pop, prolongement inspiré des ancêtres Cocteau Twins devenu carrément un sous-genre incontournable depuis les années 80. De concert avec le réalisateur Chris Coady, soit à partir de l’opus Teen Dream, Victoria Legrand et Alex Scally avaient effectivement créé de magnifiques tableaux oniriques, mais… Que pouvaient-ils vraiment ajouter après avoir bricolé six albums dont certains avaient marqué la dernière douzaine d’années ?

Après la sortie de Bloom en 2012, le tandem de Baltimore a progressivement épuisé ses ressources originelles ; vu les limites mélodiques et harmoniques de ces chansons stratosphériques, l’habillage était essentiel au prolongement du voyage… et l’on en observait la redondance texturale depuis un moment. Conscients de la nécessité de changer de décor, Legrand et Scally ont œuvré auprès de Sonic Boom (Peter Kember) et mené à terme ce 7. Ont-ils stoppé l’essoufflement conceptuel ? Provisoirement, du moins, car ils offrent ici 11 titres bien sentis. L’usage des claviers et l’épandage de fluides électros, avons-nous noté, l’emportent sur celui des cordes électriques et des évocations shoegaze. Succincts, peu complexes, les textes suggèrent cette possible beauté émergeant du côté obscur, inhérent à la période actuelle. Les mots ici chantés évoquent aussi la sagesse et la résilience que procure l’assomption des traumatismes de l’existence.

Selon les principaux intéressés, par ailleurs, le chiffre 7 aurait été choisi notamment pour ses vertus numérologiques – parmi ses qualités, la simplicité du titre (et thème récurrent dans le cas qui nous occupe) mènerait l’auditeur à plonger plus aisément dans le contenu immersif de cet opus franchement réussi. Soit dit en passant, la chanson L’inconnue offre une portion française aux paroles chantées en canon (rappelons que Victoria est la nièce de Michel Legrand), et le chiffre 7 y est aussi évoqué. L’âge de raison ? Allons-y pour une note de sept sur dix.

Critique

Chaos… très organisé

HARDCORE PUNK, POST-PUNK, POST-ROCK
Beyondless
Iceage
Escho/Matador
****

Lorsque l’huile fut jetée sur le feu, le garage s’était embrasé, un groupe incendiaire en sortit indemne. C’était en 2011, époque de l’opus New Brigade, signé Iceage. Toute la scène locale était carbonisée après la sortie de You’re Nothing. La traînée de poudre avait déjà franchi l’Europe et l’entière planète rock lorsque fut lancé Plowing Into the Field of Love. Ce tout chaud Beyondless devrait asseoir la réputation mondiale de l’excellent quartette danois s’exprimant en anglais – Elias Bender Rønnenfelt, chant et guitares, Johan Surrballe Wieth, guitares, Jakob Tvilling Pless, basse et Dan Kjær Nielsen, batterie. Iceage a appris son métier, bien au-delà de ses propositions abrasives et de son exubérance originelle. Tout en conservant une énergie hardcore absolument dévastatrice, le groupe de Copenhague a élargi son éventail stylistique (blues, polka kurtweillienne, post-rock, afrobeat, jazz contemporain), exploré un plus vaste spectre harmonique, étoffé son instrumentation (instruments à vent, accordéon, violon, entre autres), imaginé une très solide trame dramatique. Cet enregistrement suggère un chaos magistral… somme toute très organisé : la désinvolture, le relâchement, le plaisir narcotique et les vertus extatiques y côtoient l’agressivité, l’arrogance, la violence, et aussi la rigueur conceptuelle. La marque des meilleurs albums rock, inutile de le préciser.

— Alain Brunet, La Presse

Voix, piano, ambient, solitude, introspection

AMBIENT, INDIE FOLK
Grouper
Grid of Points
Kranky
*** 1/2

Grouper, Way their Crept, Wide, Cover the Windows and the Walls, Dragging a Deer Up a Hill, A I A : Dream Loss & Alien Observer, Violet Replacement, The Man Who Died in His Boat, Ruins… et voici Grid of Points, un album court, mais hautement recommandable. On applaudit doucement Liz Harris, trentenaire californienne, depuis le milieu de la précédente décennie. Sa prolificité en tant que Grouper (son pseudo comme artiste solo) avait ralenti depuis 2014, alors qu’elle avait lancé l’excellent Ruins. On l’a connue pour divers projets solos intégrant électronique, instruments classiques ou instruments préparés. Cette fois, elle chante seule et s’accompagne au piano ; mélodies évanescentes, voix diaphane, textes susurrés, harmonies tonales ou modales, mélodies consonantes… Ajoutons à cette dimension piano-voix différents effets de réverbération, surimpressions mélodiques sous forme de canon, sons captés dans l’environnement de création. Voilà autant de procédés de composition/réalisation qui mènent à ces formes dérivées de chansons « normales ». Répartie en sept stations, l’expérience humaine ici évoquée est solitaire, introspective, exprimée avec la sensibilité féminine d’une artiste douée qui sait transformer ses humeurs et états psychologiques en un art à la fois familier et insolite. — Alain Brunet, La Presse

Critique

Nouvelles variations sur un même t’aime

CHANSON, SYNTH POP, ROCK
Clara Luciani
Sainte-Victoire
Initial Artist Services
*** 1/2

Directement ou indirectement, Clara Luciani a été associée à Nouvelle Vague, Raphaël, Biolay, La Femme, Hologram (avec Maxime Sokolinski), Nekfeu… Avant quoi, elle avait grandi dans un environnement familial très propice à la musique. Puisqu’elle écrit des chansons depuis l’âge de 11 ans, elle peaufine ses identités chansonnière, vocale et musicale. À l’écoute de cet album solo, on sent ici ce long chemin parcouru par cette femme dont les thèmes relatifs à la chose amoureuse et le présent au féminin dominent l’écriture. Sombres, gris, lumineux ou clairs-obscurs, les épisodes de l’amour ici mis en strophes demeurent universels. Luciani assume pleinement ses influences venues d’hier ou d’avant-hier, ses musiques sont à la fois tributaires de la chanson française, de la culture indie, du rock ou de la synth pop. La réalisation et les arrangements de cet opus ont été confiés à Ambroise Willaume (SAGE, Revolver), Benjamin Lebeau (The Shoes, Julien Doré) et Yuksek (Lana Del Rey). Ces habillages sonores confèrent à la chanteuse une personnalité authentique. Musique et écriture sont ici assez substantielles, fines et élégantes pour être admises dans l’aréopage des nouvelles forces de la francophonie pop. — Alain Brunet, La Presse

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