guerre commerciale

Les usines du monde lèvent le pied

La hausse des tarifs douaniers sur des produits chinois et américains n’est en vigueur que depuis le début de juillet, mais déjà les tensions commerciales qui durent depuis plusieurs mois ont des répercussions sur les usines de la planète.

Diverses sources confirment que l’activité industrielle commence à ralentir en Chine, aux États-Unis et dans plusieurs pays d’Europe.

L’indice JPMorgan manufacturier/monde, un indicateur qui consolide des indices basés sur des sondages auprès de 12 000 dirigeants d’entreprises dans 40 pays, est tombé le mois dernier à son plus faible niveau en un an (à 52,7 points).

Bien que le secteur manufacturier demeure en croissance, fort d’une conjoncture encore favorable, les entreprises réduisent la cadence de leurs usines. La raison : leurs commandes stagnent ou sont carrément en baisse, conséquence des inquiétudes quant à la hausse des droits sur les exportations, disent les experts.

D’ailleurs, le climat de guerre commerciale pourrait bien être l’un des principaux facteurs de ralentissement de l’économie mondiale cette année, répète régulièrement le président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi.

Voici un aperçu du dernier bilan de santé des usines du monde. 

Essoufflement évident en Chine

L’indicateur indépendant Caixin, un baromètre reconnu de l’industrie en Chine, est tombé en juillet à son plus faible niveau en huit mois.

Alors que s’avivent les représailles entre Pékin et Washington, Caixin pointe un « alarmant déclin » des exportations pour le quatrième mois de suite. Le sous-indice de cette activité est tombé à 48,4 (contre 48,8 précédemment), sa pire chute depuis juin 2016.

Un chiffre supérieur à 50 indique une expansion de l’activité et en deçà, une contraction.

Les produits chinois se heurtent à des droits de douane de 10 % aux États-Unis, sur 34 milliards US d’importations annuelles.

Mais le président Donald Trump menace d’imposer un tarif de 25 % sur des importations additionnelles de 200 milliards US, au lieu du taux envisagé de 10 %. Ce à quoi Pékin entend riposter en ciblant 60 milliards US de produits américains. Bref, c’est l’escalade.

L’enquête de Caixin, qui sonde principalement des PME, « illustre un affaiblissement de l’industrie manufacturière, alors qu’un marché à l’exportation morose tire vers le bas les résultats », observe la firme.

Les Américains y goûtent aussi

Aux États-Unis, la production et les nouvelles commandes manufacturières étaient également à la baisse le mois dernier, montre l’indice PMI Markit, bien que ce secteur demeure en expansion.

Sur la ligne de front de la guerre commerciale, les manufacturiers automobiles Ford, GM et Fiat Chrysler sont inquiets. Aussi, ils ont révisé à la baisse leurs prévisions de profits ces derniers jours.

Car la hausse des coûts de l’acier et de l’aluminium gonfle leurs coûts de production, sans compter que d’éventuels tarifs additionnels les forceraient à augmenter leurs prix.

Le grand patron de Nissan évoquait la semaine dernière une hausse probable de 6000 $US en moyenne par véhicule.

De leur côté, les fabricants Harley-Davidson (motos) et Whirlpool (électroménagers) ont vu leurs actions plonger en Bourse récemment alors que les tarifs douaniers augmentent le coût des intrants et rognent leurs marges bénéficiaires.

La firme Morgan Stanley prévient que l’imposition d’un tarif de 25 % sur les importations américaines retrancherait plus de trois quarts de point de pourcentage à la croissance mondiale, tout en réduisant de 1,0 % et 1,5 % respectivement celle des États-Unis et de la Chine.

L'Europe peine à exporter 

L’indice IHS Markit manufacturier pour la zone euro, dévoilé la semaine dernière, montre que l’industrie en Allemagne et en France tient le coup jusqu’à maintenant. Mais des baisses sensibles ont été notées en Italie, en Espagne et ailleurs.

Plus inquiétant encore, les nouvelles commandes stagnent ou diminuent dans plusieurs pays en raison du ralentissement des exportations, à leur plus bas niveau depuis août 2016.

La zone euro est visiblement prise en étau entre la Chine et les États-Unis, qui représentent 20 % de ses exportations.

La fin des haricots ?

Face à ce bilan morose, les économistes se demandent si l’économie mondiale ne vient pas de passer sur la pente descendante après une ascension de plusieurs années.

Les experts de la Deutsche Bank et de Capital Economics croient que l’industrie manufacturière, à tout le moins, a probablement atteint un sommet, si bien qu’une baisse de régime est à prévoir pour le reste de 2018 dans plusieurs pays.

Tous sont cependant d’avis que l’économie américaine demeure vigoureuse, ce qui devrait contribuer à soutenir la croissance mondiale pour au moins une année.

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