ÉDITORIAL ALEXANDRE SIROIS

BREXIT
On foire, on efface, on recommence ! On foire…

Vous avez vu Le jour de la marmotte ? Un film des années 90 où Bill Murray est coincé dans une boucle temporelle : il sort du lit chaque matin et se retrouve au même point que la veille au réveil. Tout est toujours à recommencer.

Les Britanniques sont tout aussi mal pris. Leurs députés ont rejeté cette semaine, pour la deuxième fois, l’entente sur le Brexit négociée avec l’Union européenne (UE). Et tout sera à recommencer… la semaine prochaine !

Permettez-nous de résumer brièvement les plus récents rebondissements de ce cafouillage historique.

– Mardi, les députés ont dit non à une deuxième mouture de l’accord négocié par la première ministre Theresa May.

– Si le raisonnement des députés suivait une certaine logique, ils auraient opté pour sortir de l’UE sans accord, mais mercredi, ils ont voté contre une telle éventualité. Sans entente, il n’y aura pas de Brexit, ont-ils tranché ! « C’est le Titanic qui vote pour que l’iceberg libère la voie », a résumé, sarcastique, un négociateur européen cité par le Guardian.

– Hier, le Titanic a repris sa route. Les députés ont voté de nouveau. Sur le report du Brexit, cette fois. La date limite pour un divorce à l’amiable était le 29 mars. On a voté pour la repousser au 30 juin… si les députés approuvent, la semaine prochaine lors d’un nouveau vote, l’entente rejetée cette semaine. Bonne chance ! Sinon, le report du Brexit ira au-delà du 30 juin… si les membres de l’Union européenne donnent leur accord.

Vous avez ici la permission d’interrompre brièvement votre lecture afin de pousser un soupir de découragement…

On comprend les Britanniques de critiquer leurs élus – y compris leur première ministre, dont le sens politique n’est certainement pas la plus grande des qualités –, à la fois divisés et dépassés. Les parlementaires ont encore une fois démontré cette semaine qu’ils sont incapables de gérer cette crise. Ils ont opté pour la fuite en avant.

En revanche, ce sont les instigateurs de ce divorce qui doivent par-dessus tout porter l’odieux de ce qui se passe aujourd’hui : certains des membres de l’élite britannique qui, en 2016, ont fait entrer leur pays dans l’ère du populisme et de la post-vérité. Ceux qui ont persuadé leurs concitoyens, à grand renfort de mensonges et de fausses promesses, qu’il était nécessaire et urgent de tourner le dos à l’Europe.

Il n’est pas question ici d’affirmer que le Royaume-Uni court à la catastrophe. L’Union européenne non plus, d’ailleurs. Ce serait avoir recours à la même technique que celle utilisée par les promoteurs du Brexit : privilégier l’émotion et négliger les faits.

Le divorce, s’il se produit comme prévu dans le cadre d’une entente avec l’UE, sera bien évidemment douloureux. 

L’économie britannique, déjà perturbée, va vraisemblablement se détériorer encore un peu plus. En revanche, prédire l’apocalypse serait crier au loup.

On peut toutefois affirmer sans crainte de se tromper que cette tragicomédie, dont le dernier acte n’est pas encore joué, pourra servir de leçon à tous ceux qui voudront réfléchir aux dérives de notre époque dans le but d’éviter que l’histoire ne se répète.

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