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Par amour et par passion du triathlon

Un dernier baiser pour la route, et c’est bientôt parti pour l’Ironman 70.3. Sur les bords du lac Tremblant, Salomé Queffelou attend son tour en faisant quelques exercices de respiration pour se calmer. Pendant ce temps, Andréa Chalas a déjà démarré la portion de natation. « Je me suis mis à sourire dès les premiers mouvements dans l’eau. J’étais heureux d’être là après un an de préparation. »

À distance, le couple vient à bout de 1,9 kilomètre de nage, 90 kilomètres de vélo, puis 21,1 kilomètres de course à pied. Arrivé en premier, Andréa attend sa partenaire avec impatience. « D’habitude, lors des évènements de course à pied, je repars pour la retrouver et la mener vers l’arrivée. Là, je ne pouvais pas à cause des barrières. Je sais qu’elle est très émotive, alors j’avais hâte de la voir arriver. L’Ironman, c’est important pour elle. »

Le triathlon occupe une place centrale dans la vie du couple. L’idée d’en faire un ensemble remonte même au début de leur histoire commune, dans un lycée militaire du sud-est de la France. Depuis une passerelle de l’établissement, les deux amoureux, alors âgés de 17 et 18 ans, voyaient passer les participants du demi-Ironman Pays d’Aix (Aix-en-Provence). « À cette époque, on ne connaissait rien de la discipline, mais on s’est dit : “Et si on se lançait le défi d’en faire un avant l’âge de 25 ans ?” », raconte Andréa.

Le coup de foudre

Autant en France qu’au Québec, leurs études respectives ont été marquées par l’éloignement. Mais le projet de réaliser ce premier triathlon est toujours resté dans un coin de leur tête. C’est en passant une fin de semaine dans les Laurentides qu’ils ont découvert le demi-Ironman de Mont-Tremblant en tant que bénévoles. Quelques jours plus tard, ils étaient inscrits pour l’épreuve de 2019.

À ce moment, Salomé et Andréa sont devenus le « couple SBR », soit l’acronyme de Swim, Bike et Run. « On voulait créer quelque chose pour pimenter notre aventure », souligne Andréa.

« On a toujours voulu avoir un projet ensemble. Andréa est demandeur de me mener dans son monde, et c’est quelqu’un qui fonctionne par projets. Je ne peux pas le suivre dans les jeux vidéo [son domaine d’emploi], mais on voulait créer une identité pour raconter notre histoire et noter les infos que l’on récoltait. »

— Salomé Queffelou

« Il cherchait beaucoup, mais il avait beaucoup de mal à trouver l’histoire de quelqu’un qui commence le triathlon. Par exemple, comment acheter le premier vélo ou combien ça coûte ? »

Après avoir alimenté son site internet, le couple a ensuite migré vers les réseaux sociaux pour raconter son cheminement. On y voit leurs premiers pas, leurs entraînements et les premières compétitions. Malgré un passé sportif, les deux avaient quelques points faibles en triathlon. Elle n’avait jamais véritablement fait de vélo, tandis que lui n’avait aucune notion technique de natation. Mais malgré des niveaux différents dans chacune des disciplines, ils ont fait le pari de faire tous les entraînements ensemble la première année. « On faisait juste adapter les intensités », précise Andréa.

Mode de vie

Rapidement, ce loisir, avec cet objectif du 70.3 dans la ligne de mire, s’est transformé en mode de vie. Dans leur petit appartement de l’est de Montréal, deux simulateurs de route (home trainers) trônent d’ailleurs au milieu du salon. Vêtements de sport, logo de l’Ironman et médailles sont également visibles un peu partout. L’entraînement est devenu au centre de leur horaire, comme un moment privilégié que le couple case entre deux emplois prenants et un semblant de vie sociale.

Cet horaire particulièrement strict, avec un lever à 5 h 30, fonctionne parce que les deux y adhèrent à 100 %. « C’est un mode de vie, et si tu es en couple avec quelqu’un qui ne le suit pas, c’est vraiment difficile, estime Andréa. L’entraînement nous prend 15 heures par semaine, mais il y a aussi la récupération, les repas équilibrés ou la gestion des affaires. Ça prend un temps fou, ce n’est pas un hobby d’une heure par semaine. »

À passer autant de temps ensemble, il est d’ailleurs normal que certaines frictions puissent parfois apparaître. Surtout qu’Andréa endosse le rôle d’entraîneur avec, à l’occasion, une certaine dose d’exigence.

« Je ne serais pas à ce niveau avec autant de sport et d’assiduité si on n’était pas là tous les deux, ajoute Salomé, qui occupe un emploi de chimiste. On se pousse mutuellement. Des fois, on a des discussions pas très agréables, du genre : “Salomé, tu ne te donnes pas assez ou tu fais ton entraînement à moitié.” C’est lui mon coach, et c’est normal qu’il me bouscule parfois. Même quand tu as le rythme du travail et tout le reste, ce n’est pas toujours facile. »

« Quand je lui dis sur le moment, elle n’a pas forcément envie de l’entendre. Oui, il y a des frictions, mais c’est comme ça dans toutes les relations. Dans un sens, c’est sain parce qu’on est dans la même aventure. C’est un peu comme au lycée militaire, on vit les mêmes difficultés et il y a une sorte de soutien naturel qui se forme. »

« Prendre son temps »

À deux mois du premier demi-Ironman de Mont-Tremblant, le couple pensait déjà au jour d’après. « Après un gros projet, tu peux avoir une sensation de vide. J’ai l’habitude de ça [au travail] et je voulais un peu l’éviter », explique Andréa. Ils ont donc rempli leur calendrier avec d’autres triathlons, de la distance sprint à un autre 70.3. Puis, en fin d’année, la grande question s’est posée. Qu’est-ce que le couple souhaitait accomplir en 2020 ? La réponse naturelle serait évidemment un Ironman, soit 3,8 kilomètres de natation, 180 kilomètres de vélo, suivis d’un marathon. Mais non, pas tout de suite.

« On a préféré ne pas le faire cette année parce qu’on ne veut pas gâcher le plaisir et aller trop vite. Je me sentirais capable de le faire maintenant, mais on veut prendre notre temps », justifie Andréa.

Cette année sera donc sous le signe des premiers marathons, avec d’autres triathlons ici et là. Vers la fin du plan triennal, une question similaire se posera sur les objectifs et les défis à accomplir. Mais peu importe les choix, le triathlon ne sera jamais bien loin.

« J’ai l’espoir, mais je ne sais pas à quel âge, de faire les Championnats du monde 70.3. Peut-être quand je serai plus vieille », rêve Salomé.

Le « couple SBR » n’a pas fini de nager, pédaler et courir. Par amour du triathlon et par amour tout simplement.

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