Design 

La maison de papier de Dear Human

Dans leur appartement coloré de Montréal, Jasna Sokolovic et Noel O’Connell, derrière l’étiquette Dear Human, s’essaient à un mode de vie vert avec des meubles et objets décoratifs en papier recyclé. Rencontre.

La porte jaune citron de l’appartement de la famille O’Connell, dans Monkland Village, s’ouvre sur un gigantesque abat-jour en papier mâché balisé d’un trait blanc, parfait préambule d’un intérieur d’un genre nouveau. Ici, les tables, lampes et autres objets du quotidien sont faits de matière recyclée avec malice et conscience.

L’idée de travailler avec du papier a germé lorsque Noel et Jasna, fondateurs du studio Dear Human, vivaient à Vancouver et partageaient les locaux d’un atelier de confection de vêtements sans plan de recyclage. « Nous avons eu envie de réutiliser des choses existantes, et d’expérimenter un matériau différent », explique Noel. « La pulpe de papier, qui peut être modelée comme de l’argile, nous a intéressés », poursuit l’artiste-designer qui, comme sa partenaire Jasna, a longtemps travaillé la céramique. Ensemble, ils manipulent le papier dans un atelier proche jusqu’à lui donner l’apparence de la pierre.

« Lorsque nous avons besoin de quelque chose, notre premier réflexe est de voir si nous pouvons le fabriquer. »

— Noel O’Connell

On trouve donc, dans le salon familial, aux côtés du fauteuil modulable Sweet Seat, des tables basses en papier recyclé « sur lesquelles on peut s’asseoir », assurent les designers. Un coin lecture a également été aménagé avec celles-ci dans la chambre de Zora, 6 ans. Légères, elles peuvent être facilement déplacées et même empilées pour composer une sorte de totem d’intérieur. « Presque toutes nos créations ressemblent à des jouets, un peu comme si elles attendaient d’être rassemblées », fait remarquer Noel. Le décor ludique, qui compte aussi une table de nuit, une chaise, un tabouret, des sculptures et des paniers à base de papier, rappelle ceux des dessins animés et du groupe d’origine italienne Memphis, qui jonglait avec art et design dans les années 80.

Mosaïques de l’avenir

Le studio, qui récupère, entre autres, les déchets de papier de bureaux, fait sans cesse des recherches pour obtenir des matériaux à la fois durables et solides. Il est ainsi parvenu à concevoir l’an dernier une roche de papier (Paper-Rock) à la ressemblance troublante avec la pierre. 

Celle-ci a notamment été intégrée dans les lampes de table Module, inspirées par le jeu des pyramides d’anneaux, qui alternent des pièces en porcelaine, terracotta et roche de papier. Elle a également permis la fabrication, à la demande d’un client, d’un plateau de table, posé sur des pieds d’acier. « Nous songeons à reproduire l’idée pour chez nous », glisse Jasna. « La table n’est bien sûr pas aussi résistante que si elle était faite en pierre ou en béton, mais on peut envisager une réparation au besoin », observe Noel.

« Nous progressons à petits pas avec, chaque fois, une prise de conscience écologique de ce que nous produisons. »

— Jasna Sokolovic

Le dernier projet en date de Dear Human, baptisé « Papertile », soit des tuiles de papier aux qualités acoustiques qui peuvent composer des mosaïques murales pour des environnements publics ou résidentiels, sera présenté au souk@SAT, à la Socitété des arts technologiques, du 28 novembre au 2 décembre.

La collection en ligne reprend des graphismes colorés, la signature de la marque. « J’aime les accents de couleur, et l’univers coloré des films espagnols comme ceux de Pedro Almodóvar », précise Jasna. Dans un avenir proche, le duo compte également s’inspirer de sa récente collaboration avec des artisans mexicains dans le cadre de la Semaine du design de Mexico, en octobre dernier, où un paravent et des sièges en roseau tressé ont vu le jour.

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