Suivi des sols contaminés

« Ça va ramener de la business »

L'industrie se réjouit des mesures de Québec pour enrayer les déversements illégaux

Les entreprises légales qui font la gestion de sols contaminés se réjouissent de l’annonce de nouveaux contrôles stricts pour mettre fin aux déversements illégaux dans la nature.

« On peut juste se réjouir. Au moins, maintenant, les délinquants vont être tenus responsables. C’est certain que ça va me ramener de la business », a déclaré Jean-François Landry, propriétaire de RSI Environnement, une entreprise de décontamination de Saint-Ambroise, au Saguenay–Lac-Saint-Jean.

« Malheureusement, pendant longtemps, le monde n’était pas prêt à se rendre compte de la gravité du problème. Contaminer notre agriculture, contaminer la nappe phréatique, on parle de l’eau que les enfants boivent… et c’est toxique ! », s’insurge l’homme d’affaires.

Attendu depuis des années

Comme l’avait annoncé La Presse, le ministre de l’Environnement Benoit Charette a dévoilé hier les détails du nouveau règlement qui forcera un suivi très serré des sols contaminés grâce à l’application informatique Traces Québec.

Tout propriétaire d’un terrain, tout entrepreneur responsable de l’excavation, toute entreprise de camionnage, bref, tout intervenant qui déplace des sols contaminés devra fournir en temps réel les informations à Traces Québec. Les camions seront suivis en direct par GPS. Ils seront pesés au départ et à l’arrivée dans un centre autorisé qui pourra gérer les sols contaminés de façon sécuritaire. Les amendes pour ceux qui refusent d’utiliser le système pourront atteindre 3 millions de dollars.

Le programme vise à mettre fin aux déversements illégaux qui se multiplient à la campagne. « C’est ce genre de pratiques sauvages qu’on ne veut plus voir au Québec », a déclaré le ministre Charette en conférence de presse à Montréal.

Ce genre de mesure était attendue par plusieurs entreprises légales qui subissaient la concurrence des délinquants qui jetaient les sols contaminés dans la nature plutôt que de les traiter selon les règles.

« Il était temps que ça arrive, ça faisait plusieurs années que ça durait. Pour nous, c’était une perte de revenus, mais pour l’environnement, c’était un désastre », a lancé Alnoor Manji, président de l’entreprise Signaterre Environnement, un centre de traitement et d’enfouissement de sols contaminés de Mascouche.

« C’est important pour nos enfants, pour le futur. Et au niveau économique, on ne se le cachera pas, c’est sûr que ça va avoir un impact », a déclaré Pierre-Olivier Simard, cadre chez Groupe C. Laganière, une entreprise familiale montréalaise spécialisée dans la réhabilitation de terrains contaminés.

Entreprises malhonnêtes

La Corporation des entrepreneurs généraux du Québec a souligné de son côté que plusieurs constructeurs s’étaient fait avoir par des sous-traitants qui se jouaient des règles environnementales ces dernières années.

« Tout le monde souhaite qu’on ait un environnement sain. Mais il y a des sous-traitants qu’on a payés le vrai prix, et peut-être que les terres se sont retrouvées dans des endroits interdits. Ces entreprises malhonnêtes se sont mis de l’argent dans les poches alors que les clients payaient des frais en pensant que c’était géré selon les règles », souligne Éric Côté, vice-président exécutif de l’organisme.

En conférence de presse, le ministre Benoit Charette a souligné que les reportages publiés par La Presse depuis 2016 sur cette crise environnementale avaient permis de faire bouger les choses.

« Je dois avouer très candidement que le travail journalistique qui a été fait ces derniers mois et ces dernières années était fondamental pour permettre la réalisation d’un règlement de cette nature-là. C’est beaucoup cet excellent travail journalistique qui a su mettre la pression de la bonne façon pour que le gouvernement puisse agir », a-t-il déclaré.

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