utilisation illicite de médicaments

La consommation de Xanax en hausse chez les mineurs

Une augmentation marquée de la consommation de Xanax par des mineurs dans les écoles de la Rive-Sud préoccupe le Service de police de l’agglomération de Longueuil (SPAL).

L’utilisation illicite de ce médicament, habituellement prescrit pour combattre l’anxiété, est glorifiée sur les réseaux sociaux, affirme une ex-consommatrice rencontrée par La Presse.

« Sur Instagram et sur Snapchat, tout le monde en parle, même ceux qui n’en prennent pas. Les gens se vantent d’être sur la “xan”. Ils mettent des vidéos d’eux qui marchent tout croche. Je trouvais ça drôle quand je voyais ça, j’avais envie d’essayer », raconte Amélia*, une adolescente de 17 ans. L’élève a récemment été arrêtée à l’école par les policiers, après que des photos de ses pilules achetées illégalement eurent été diffusées sur Snapchat.

Le Xanax, aussi connu sous le nom générique d’alprazolam, est un médicament qui appartient à la famille des benzodiazépines, parmi lesquelles on trouve notamment le Valium. Depuis le début de l’année, le SPAL a reçu 14 signalements de sa consommation par des mineurs sur son territoire, alors qu’il n’en avait reçu que 9 pour l’ensemble de l’année 2017. « Ces informations proviennent d’appels anonymes, d’appels au 911 et d’enquêtes », précise le sergent Patrick Barrière. 

« Nous en avons saisi lors de multiples opérations. Il y a un peu de tout, des médicaments d’ordonnance vendus illégalement, du faux Xanax fabriqué en laboratoire, de la vente sur l’internet. »

— Le sergent Patrick Barrière, du Service de police de l’agglomération de Longueuil (SPAL)

La consommation de Xanax par les jeunes est un problème mondial documenté en Angleterre, en France et aux États-Unis. Le nombre de morts par surdose a plus que quintuplé aux États-Unis entre 1996 et 2013, selon une étude de l’American Journal of Public Health.

« C’était plus fort que moi »

En novembre, la mort du rappeur américain Lil Peep, très populaire chez les jeunes, a braqué les projecteurs sur le phénomène. Son autopsie a conclu à une intoxication à l’alprazolam combiné à du fentanyl.

Amélia, déjà fumeuse de cannabis avant d’essayer le Xanax, admet que les vidéos de Lil Peep ont joué sur sa curiosité. « Lil Peep, j’aime beaucoup ce qu’il faisait. Chaque fois que je prenais du Xanax, je savais que je risquais de devenir comme lui, mais c’était plus fort que moi. »

« Le trip est nice. T’es comme seule dans ton monde, t’as aucun stress. Le premier buzz est particulièrement intense, mais à long terme, ça devient moins l’fun », raconte-t-elle. 

« À la fin, j’en prenais trois ou quatre fois par semaine, souvent pendant les heures de classe. Je me sentais comme morte. »

— Amélia

Comme beaucoup de ses amis, Amélia dit qu’elle prenait quatre fois la dose normalement prescrite par les médecins. Les pilules provenaient selon elle de laboratoires clandestins. « Ça ne coûte presque rien : c’est 5 $ la première fois, puis c’est moins cher ensuite. Ça me coûtait environ 2 ou 3 $ la dose à la fin », précise-t-elle.

Danger décuplé

Les capsules de Xanax produites illégalement en laboratoire sont parfois mélangées à du fentanyl, l’opioïde qui a tué des dizaines de milliers de personnes au Canada et aux États-Unis. « Ça combine deux agents dépresseurs, et le risque de subir un arrêt respiratoire est décuplé », indique Jean-François Mary, de l’Association québécoise pour la promotion de la santé des personnes utilisatrices de drogues.

En deux mois d’usage, Amélia et son entourage ont vu son état de santé se détériorer : « Je n’étais pas belle à voir, j’avais les yeux pochés, mal aux muscles et aux articulations. Tout le monde autour de moi le savait que je consommais. Quand tu frappes les murs en marchant, c’est assez évident que tu as pris quelque chose. »

Sevrage brutal

Selon Jean-François Mary, le sevrage est souvent brutal, voire dangereux. « La dépendance devient vite très forte, au point qu’une hospitalisation est nécessaire dans bien des cas. »

Amélia n’a pas eu à se rendre jusque-là, et regarde aujourd’hui sa dépendance avec réalisme : « J’ai eu des hallucinations auditives, une perte de contrôle de mon corps. Il y a une semaine complète dont je ne me souviens plus. C’est très flou dans ma tête. Je ne voudrais pas revivre ça », dit-elle.

Elle a un message pour ceux qui voudraient tenter l’expérience : « Ça a toujours l’air bien quand les autres en parlent. Mais quand tu le vis, c’est beaucoup moins drôle. »

* À la demande de l’adolescente et de sa mère, car le reste de la famille n’a pas été informé de l’affaire, nous avons accepté de modifier son prénom.

— Avec la collaboration de Tristan Péloquin, La Presse

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