covid-19

Malgré le feu vert donné jeudi par Québec, une majorité des camps de jour pourraient ne pas ouvrir sans une aide publique d'urgence. À Montréal, la ville permet progressivement l’accès à ses parcs et à ses équipements sportifs et de loisirs.

COVID-19

les camps de jour ouvriront le 22 juin

Québec a toutefois annoncé qu’aucun camp de vacances n’ouvrira cet été, à l’exception des camps spécialisés pour les personnes handicapées avec hébergement

Les enfants de tout le Québec pourront envahir les camps de jour comme d’habitude à compter du 22 juin en dépit de la pandémie. Le premier ministre, François Legault, s’est dit « très content » d’en faire l’annonce jeudi lors de son point de presse quotidien, qui s’est déroulé à Montréal. 

« Les enfants ont besoin de bouger », a justifié M. Legault, en soulignant avoir reçu beaucoup de courriels de parents inquiets de savoir si les camps de jour pourraient accueillir leurs enfants. 

Selon les directives de la Santé publique, des mesures particulières seront toutefois prises afin de ne pas propager la COVID-19. Ainsi, les groupes seront plus petits.

D’ailleurs, les autorités sanitaires ont établi de nouveaux ratios. Par exemple, les enfants de 5 ans et moins ne seront que quatre par groupe sous la responsabilité d’un animateur, alors que ceux âgés de 11 ans et plus se retrouveront en groupes de 10. 

Cette situation nécessitera toutefois de doubler le personnel qui encadre les enfants. « On a un gros défi de recrutement de moniteurs et de monitrices », a indiqué François Legault. « Je fais appel à tous les ados ou les jeunes adultes qui auraient le goût de vivre une belle expérience, de travailler tout l’été avec des jeunes », a-t-il dit, un peu comme il l’a fait la semaine dernière pour inciter les jeunes à prendre le chemin du réseau de la santé afin d’exercer un métier d’avenir. 

Québec a toutefois annoncé dans un communiqué qu’aucun camp de vacances n’ouvrira cet été, à l’exception des camps spécialisés pour les personnes handicapées avec hébergement.

« En ce qui concerne l’organisation des camps de vacances, puisque ceux-ci demandent l’application de mesures supplémentaires qui s’avéreraient difficiles à respecter, l’ouverture de ce type de camps est remise à l’été 2021 », peut-on lire dans le communiqué diffusé à 13 h 15, pendant le point de presse du premier ministre.

La PCU, un « compétiteur »

François Legault a reconnu qu’il aura fort à faire pour inciter les jeunes à travailler dans les camps de jour « plutôt que de recevoir la PCU », soit la Prestation canadienne d’urgence versée par Ottawa. « On a un compétiteur, qui s’appelle la PCU, qui fait qu’on est payé pour rester à la maison. »

« Pour l’instant, on n’exclut rien, mais c’est possible que le gouvernement du Québec doive aider les municipalités pour s’assurer que tous les enfants qui veulent aller au camp de jour puissent y aller. »

— François Legault, premier ministre du Québec

L’effet financier sur le monde municipal, duquel relève une bonne partie des camps de jour, est actuellement analysé. Un soutien financier est en discussion avec l’ensemble des municipalités, a précisé M. Legault. « On a eu une bonne rencontre [jeudi] matin avec la ministre des Affaires municipales, Andrée Laforest, qui travaille sur le dossier pour voir comment on peut aider financièrement les municipalités. » 

Analyse de risques

Aux côtés du premier ministre, le directeur national de santé publique, le Dr Horacio Arruda, a précisé que la situation des camps de jour avait fait l’objet d’une analyse de risques. « Il faut comprendre que le virus circule, que les jeunes s’en sortent relativement bien. Ça ne veut pas dire que, parce qu’il va y avoir un cas dans un camp de jour, ce sera la catastrophe. Il faut que les gens comprennent que ça fait partie de la reprise de la vie. Mais on va surveiller ça de près », a expliqué le Dr Arruda. 

Quant au bilan des cas de COVID-19, le premier ministre a fait état de 82 nouvelles morts, qui s’ajoutent au bilan provincial de 3800 victimes. Parmi ces morts, beaucoup remontent à déjà quelques jours. Le nombre d’hospitalisations, lui, est toujours en légère baisse (12 personnes de moins que la veille, pour un total de 1504 personnes).

Par ailleurs, le premier ministre Legault a demandé aux Québécois de « travailler en équipe » pour combattre la crise sanitaire et de se montrer compréhensifs face à la situation, qui n’a rien de normal.

« La crise n’est pas terminée. C’est encore difficile. Il y a encore beaucoup d’ajustements à faire. Tout n’est pas parfait. Je vois certains qui critiquent. Moi, je vous demande d’être indulgents. On vit une crise », a-t-il souligné avec le sourire.

COVID-19

« On a besoin d’un sérieux coup de main ! »

La majorité des camps de jour pourraient ne pas ouvrir sans une aide publique d'urgence

Malgré le feu vert donné par le gouvernement Legault, tout près de trois camps de jour indépendants sur quatre ne pourront pas ouvrir cet été sans une aide publique d’urgence : 11 millions, au bas mot, pour fonctionner dans le respect des mesures imposées par la Santé publique.

« Nous sommes quand même la solution à la reprise économique au Québec, souligne Éric Beaudoin, président de 18 camps de jour Yopi. S’il n’y a pas de camps, dites-moi comment les parents pourront retourner au travail… Clairement, les pertes économiques liées à notre fermeture seraient bien plus importantes que les 11 millions qu’on demande. »

Avec les ratios exigés, les mesures à appliquer et le matériel d’hygiène à se procurer, les camps de jour ont beaucoup plus de dépenses à prévoir que les années précédentes. Et ce, dans un contexte où la capacité d’accueil sera réduite, et les revenus par le fait même.

Ils devront par exemple se procurer des solutions hydroalcooliques, restreindre le nombre d’enfants par animateur, augmenter le nombre de locaux et de casiers, et augmenter les superficies.

C’est donc notamment pour engager plus d’employés et assurer les dépenses supplémentaires causées par la pandémie que l’Association des camps du Québec (ACQ) demande aux gouvernements une dizaine de millions de dollars.

« On a besoin d’un sérieux coup de main ! On ne peut tout de même pas opérer à n’importe quel prix », s’indigne Éric Beauchemin, directeur général de l’ACQ.

À ses yeux, le gouvernement semble mal comprendre la réalité des camps au Québec. « Lorsque François Legault parle des camps de jour, il semble penser qu’ils appartiennent tous aux municipalités. Mais ce n’est pas vrai ! Seulement 25 % des camps de jour sont municipaux », précise M. Beauchemin. Pas moins de 75 % des camps du Québec sont ainsi des organismes à but non lucratif ou des entreprises privées.

L’Association a réalisé un sondage, au cours des derniers jours, auprès des 162 membres qui n’exploitent pas des camps municipaux. Et les résultats préoccupent « énormément » son directeur général.

« Il y a 71 % des sites de camps de jour qui ne seront pas en mesure d’ouvrir sans une aide gouvernementale », dit-il. Mais avec de l’aide gouvernementale, « 85 % des sites de camps de jour seraient en mesure d’ouvrir cet été ».

Craintes de faillite

Éric Beaudoin est un acteur important du milieu des camps de jour avec ses 18 camps Yopi. Même s’il tente de demeurer positif, il a bien peur de ne pas être capable d’ouvrir cet été, une décision, confie-t-il, qui le mènerait tout droit à la faillite.

« Normalement, 50 % de mes dépenses proviennent de ma masse salariale, explique M. Beaudoin. Cette année, on me demande de doubler mon personnel. Ce qui m’amène à 100 % de mes dépenses ! Mais en parallèle, j’ai 300 000 $ de dépenses supplémentaires juste pour respecter les consignes. Donc, si j’ouvre, je le fais à perte. Et je fais faillite. »

Autre son de cloche du côté des camps Sportmax, toutefois. Olivier Houde, copropriétaire de 14 camps, estime que la situation est plus favorable qu’il n’y paraît. Seul intervenant à tenir un tel discours, il croit qu’il pourra toucher la Subvention salariale d’urgence du Canada, qui correspond à 75 % du salaire de ses employés. « Avec cette aide, on peut opérer correctement cet été », fait-il valoir.

Sauf que, selon l’Association des camps du Québec, dont Sportmax ne fait pas partie, les camps ne pourraient pas toucher cette aide en raison des critères d’admissibilité. C’est d’ailleurs pour cette raison que le président du C.A. de l’ACQ, Steven Grenier, a envoyé une lettre au ministre fédéral des Finances, Bill Morneau, pour qu’il modifie ces critères.

« C’est sûr que si les camps sont admissibles, ça diminuerait la demande d’aide de 11 millions qu’on présente au provincial », dit le directeur général de l’ACQ, M. Beauchemin.

« J’avoue que si on ne recevait pas cette aide fédérale, on remettrait peut-être en question notre ouverture. »

— Olivier Houde, de Sportmax

« Revoir les ratios serait intéressant »

Et si les ratios étaient revus ? C’est ce que suggère Gabriel Bigaouette, des camps Odyssée. « Je ne peux pas me prononcer pour la Santé publique, mais de revoir les ratios serait intéressant pour diminuer nos coûts. L’école est à un enseignant pour quinze élèves. Pourquoi, pour les 5 à 8 ans, on ne pourrait pas être à un animateur pour dix enfants [plutôt que pour cinq ou sept enfants] ? », propose le directeur général.

Certains ont annoncé qu’ils pourraient tout de même ouvrir dans les circonstances prévues, mais qu’ils le feraient à capacité réduite. Aux camps Fous de nature, par exemple, les directrices ont décidé d’ouvrir, mais, faute d’argent, elles ont réduit le nombre de places. Le camp de Boucherville accueillera ainsi dix enfants plutôt que la soixantaine habituelle.

« Si nous avions une petite aide gouvernementale, on s’en servirait par exemple pour avoir une toilette et un lavabo mobiles, ce qui nous permettrait de recevoir plus d’enfants », indique Laurence Cadotte, biologiste, animatrice et directrice adjointe du camp.

Pour la saison estivale à venir, l’ACQ estime qu’au moins 75 000 campeurs pourraient fréquenter les camps de jour de la province.

parcs et installations sportives

Réouverture progressive à montréal

La relance de la métropole se poursuit alors que la Ville de Montréal a décidé de rouvrir progressivement l’accès à ses parcs et à ses équipements sportifs et de loisirs. L’administration Plante a mis en place une brigade pour encadrer la reprise des activités commerciales à partir de lundi.

Depuis jeudi, les skateparks, les aires de pétanque et les pistes d’athlétisme extérieures sont rouverts aux Montréalais. En ce vendredi, les propriétaires de chiens pourront de nouveau laisser leur animal se dégourdir les pattes dans les parcs canins de la métropole.

Samedi, ce sera au tour du golf municipal de Montréal d’ouvrir ses portes aux amateurs.

L’accès à l’île Notre-Dame sera de nouveau permis dès samedi, à l’exception de son stationnement, qui demeure fermé. Le même jour, l’accès au circuit Gilles-Villeneuve et au parc Jean-Drapeau sera également permis.

Jusqu’au début du mois de juin, la Ville de Montréal prévoit la réouverture des 102 terrains de tennis du territoire. Seule la pratique libre en simple sera toutefois permise. « Aucune leçon ou séance d’entraînement n’est autorisée et seule l’utilisation des terrains extérieurs est permise », précise la Ville de Montréal.

Si les équipements rouvrent, la Ville de Montréal souligne que la fermeture des stationnements des parcs suivants demeure en vigueur. Il vaut mieux ainsi éviter de prendre sa voiture pour visiter les parcs La Fontaine, Maisonneuve, Jarry, Frédéric-Back et le parc-nature de l’Île-de-la-Visitation.

De même, les aires et les modules de jeux pour enfants demeurent fermés jusqu’à nouvel ordre, tout comme les plateaux sportifs pour les sports d’équipe.

Alors que le premier ministre François Legault, de passage jeudi dans la métropole, annonçait donner le feu vert à l’ouverture des camps de jour cet été, la Ville de Montréal a indiqué pour sa part qu’une ouverture à la fin de juin est « en cours d’analyse ». La réouverture des bibliothèques aussi est prise en considération. Des annonces auront lieu la semaine prochaine.

Tendance à la baisse

Bien que la direction régionale de la santé publique de Montréal ait rapporté jeudi 44 nouveaux décès et 328 nouveaux cas confirmés de COVID-19, elle estime que la tendance est à la baisse.

Ainsi, la métropole entre « officiellement dans sa phase de déconfinement modulée », a annoncé la Dre Mylène Drouin, la haute dirigeante de la santé publique de Montréal. Depuis le début de la crise, Montréal compte 23 064 cas confirmés du nouveau coronavirus et 2411 décès.

Ce sera un « un nouveau normal », a ajouté la directrice régionale de santé publique de Montréal. Mais ce ne sera pas encore le temps d’aller flâner dans les boutiques pour voir les nouvelles tendances de la saison, a précisé la Dre Drouin, alors que la réouverture de certains commerces est prévue lundi.

« On va devoir, un peu comme pour un tango, danser et regarder ce qui se passe. Mais toujours en restant solidaires des recommandations de santé publique parce que le succès de cette réouverture dépend entre autres de notre capacité collective à maintenir une distanciation. Et à suivre les recommandations du couvre-visage, de l’étiquette respiratoire », a-t-elle indiqué.

Accompagnement

Pour faciliter la reprise des activités commerciales, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, a annoncé jeudi que la métropole se dote d’une « brigade de préventionnistes ». Cette quarantaine d’employés du Service de sécurité incendie de Montréal (SIM) aura le mandat de se déployer sur le territoire pour s’assurer que les commerçants répondent aux normes sanitaires de santé publique.

À cette brigade s’ajouteront 20 inspecteurs en alimentation, qui auront le mandat de veiller au respect des normes de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST).

Afin de parvenir à rouvrir les commerces le 25 mai, la mairesse Plante a également annoncé un partenariat avec la firme Architecte sans frontières Québec. L’organisme humanitaire offrira du soutien technique aux commerces de proximité et aux organismes communautaires pour s’adapter aux directives de santé publique. Un guide sera publié en juin.

« La réouverture des commerces est une étape majeure. Elle nous permet d’entrevoir un retour à la vie normale. Encore faut-il définir normal. Mais je dois le dire, ce n’est pas le temps de relâcher nos efforts. Il faut garder les recommandations en tête, faire preuve de discipline et d’intelligence collective », a dit Mme Plante.

COVID-19

Une brigade propreté au centre-ville

Le centre-ville de Montréal bénéficiera d’une brigade propreté, de stations de vélos sanitaires et d’un mobilier pour la gestion des files d’attente. Au cours des prochains jours, Destination centre-ville mettra de l’avant des initiatives pour s’assurer que le secteur reste propre et sécuritaire afin de lutter contre la COVID-19. Une brigade de 20 personnes travaillera sept jours sur sept pour assurer le nettoyage et le verdissement du cœur de la métropole. Quatre stations de vélos sanitaires seront aussi installées pour permettre aux cyclistes d’y déposer leur moyen de transport en toute sécurité. Ces stations, qui pourront accueillir jusqu’à 50 vélos, seront gratuites. De plus, sur un tronçon de la rue Sainte-Catherine Ouest où le trottoir sera élargi, les piétons auront accès à une aire de repos aux couleurs de l’arc-en-ciel ainsi qu’à un couloir pour l’attente en ligne devant les commerces. « Avec la réouverture des commerces à partir du 25 mai, nous voulons [contribuer à] rassurer le public avec la mise en place de mesures concrètes pour accueillir les travailleurs et la clientèle qui reviendront progressivement, dans le respect des nouvelles consignes sanitaires », a déclaré Emile Roux, directeur général de Destination centre-ville, dans un communiqué de presse.

— Véronique Lauzon, La Presse

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.