Le golf et les générations

Voici notre réalité. Quelles sont vos offres ?

2020 est sans aucun doute une année unique pour le golf. Non seulement, la pandémie de la COVID-19 a-t-elle obligé les clubs à réétudier leurs façons de faire, mais les feuilles de temps de départ sont remplies à pleine capacité. Est-ce que tous les golfeurs et golfeuses y trouvent leur compte ? Cette vague de grande participation sera-t-elle au rendez-vous au cours des prochaines saisons ? Cela amène une discussion intéressante en ce qui a trait à l’offre et la demande, et ce, pour toutes les catégories d’âges.

18 ans et moins

Ce groupe de golfeurs et golfeuses est celui où l’on élabore le plus de programmes afin d’attirer et de développer le plus de jeunes. Initiation, développement, compétition, depuis maintenant plus de 20 ans, les instances d’ici investissent dans des programmes dont, Golf en milieu scolaire, Premier Départ, Premiers Élans et J’amène un enfant au terrain de golf, pour ne nommer que ceux-là. Ceci est sans compter tous les camps durant la saison estivale qui sont organisés par la majorité des clubs de golf à travers la province.

Selon la National Golf Foundation, beaucoup plus de jeunes filles s’initient au golf comparativement à il y a 20 ans. En fait, en 2000, 15 % étaient des filles alors que ce nombre a grimpé à 36 %, en 2019, aux États-Unis. On peut estimer le même engouement de ce côté-ci de la frontière, spécialement avec le phénomène Brooke Henderson qui continue de prendre de l’ampleur.

Fidéliser la prochaine génération

À l’intérieur de ce groupe, on retrouve la deuxième portion de la génération Z ainsi que la première bordée des « Alphas ». La vitesse à laquelle la technologie évolue depuis leur naissance rend ce groupe d’individus très intelligents et ils s’adaptent rapidement à de nouvelles situations. Les médias sociaux font partie de leur vie, ce qui fait en sorte que le réseautage sera un élément essentiel pour l’avenir, selon le conférencier et spécialiste sur le sujet des générations, Carol Allain.

La facilité et l’environnement sont deux des variables qui définissent ces générations, ce qui amènent des points intéressants. Le golf est une activité qui demande du temps, de l’effort, de la concentration et beaucoup de précision. Voilà un défi important pour les clubs de golf qui désirent séduire ce groupe à long terme, qui est venu au monde, par la bande, avec une tablette numérique dans les mains.

Toutefois, le concept de l’environnement demeure un point d’attache important compte tenu de la nature de notre sport. Il est à penser que plus un club de golf aura des valeurs écoresponsables et plus il fidélisera cette clientèle à long terme.

Pour l’instant, les demandes de ce groupe sont relativement simples, compte tenu qu’ils ont peu de responsabilités et possèdent beaucoup de temps pour s’adonner au jeu, spécialement durant la saison estivale.

Nombreux sont les clubs de golf qui offrent des prix très avantageux pour les abonnements juniors. Dans certains endroits on y inclut même des séances d’enseignement périodiques. Par exemple, au Club de golf de l’Épiphanie, un abonnement junior coûte légèrement au-dessus de 200 $ pour l’été. Même chose du côté du Club de golf Montcalm alors qu’il en coûte un peu plus de 300 $ pour profiter des installations de 36 trous.

Afin de maintenir leur intérêt, les clubs de golf tout autant que les professionnels doivent être créatifs et innover lors des séances d’enseignement ainsi que lors des parties golf. L’exploration de différentes formules de jeu est certainement une avenue intéressante.

19-39 ans

Voici le défi le plus important pour l’industrie du golf : fidéliser les milléniaux ! Cette génération de golfeurs et golfeuses qui a vu le jour après le début des années 80 a été présente lors de la domination de Tiger Woods au tournant des années 2000.

La réalité de ce groupe d’âge oblige les clubs de golf à modifier leurs offres, particulièrement pour ce qui est des abonnements annuels.

Les études supérieures, la carrière professionnelle, l’achat d’une nouvelle propriété ou la fondation d’une famille sont quelques-uns des éléments qui compliquent la tâche des clubs de golf, c’est-à-dire, fidéliser cette clientèle.

La variable « temps » oblige à restructurer les priorités, ce qui force les clubs de golf à s’adapter. Beaucoup de parcours proposent une évolution progressive des tarifs d’abonnement pour les adeptes âgés entre 20 et 39 ans. Le Club de golf de l’île de Montréal propose d’ailleurs un abonnement à la carte variable où un tarif vous est chargé en début de saison. Par la suite, un montant minimal vous est facturé par partie.

D’autres parcours sont plus agressifs, c’est notamment le cas du côté du Club de golf Lachute où les mordus âgés entre 19 et 34 ans peuvent être membres pour la saison pour moins de 700 $.

« Les golfeurs intermédiaires ont déjà énormément de contraintes dans la vie de tous les jours, alors pourquoi leur en ajouter pour une activité qu’ils aiment », explique le directeur général, Benjamin Painchaud.

D’autres stratégies sont employées pour fidéliser cette clientèle à long terme. En fait, au Club de golf Le Portage la catégorie intermédiaire s’étire jusqu’à l’âge de 45 ans.

Beaucoup d’intéressés, moins de participation

Selon la National Golf Foundation, la tranche de golfeurs entre 18 et 34 ans représente plus de six millions de golfeurs actifs aux États-Unis. Ajoutez à cela quatre millions d’individus qui se disent participatifs, mais ne jouant pas sur des parcours de golf. Le phénomène des terrains d’exercices « Top Golf » a nécessairement aidé la cause.

Même s’il s’agit de statistiques américaines, ces données en disent beaucoup sur ce groupe d’âge.

Pourquoi autant d’intéressés ne font pas le choix d’aller sur les parcours de golf ? La variable « temps » revient évidemment dans le portrait. Le divertissement et le nombre d’activités possibles en sont d’autres.

En Europe, les statistiques sont un peu moins reluisantes alors que les 20-40 ans ne représentent que 11 % de la masse golfique, selon statista.com.

Au Canada, selon les dernières données recensées par la NAGA (National Allied Golf Associations), plus de 4 millions d’adeptes jouent moins de 10 parties par saison. Il est certain que ce groupe d’âge influence beaucoup cette statistique.

La question que la grande majorité des clubs de golf se pose : comment peut-on amener ces golfeurs et golfeuses à passer plus de temps dans un club ? La diversification des services s’avère assurément une piste de solution.

40-59 ans

Pour la grande majorité de ce groupe d’âge, la génération X caractérise ces individus en 2020. La qualité de vie étant un élément fondamental pour ces golfeurs et golfeuses, la pratique du golf semble, à première vue, vouloir prendre une place privilégiée pour les années à venir. D’ailleurs, ils représentent les retraités de demain.

Par contre, des résultats préoccupants sont rapportées pour ce groupe d’âges. Selon l’Étude du comportement du consommateur de golf canadien en 2012, les golfeurs âgés entre 46 et 59 ans représentent le plus important groupe de golfeurs faisant relâche. Ils deviennent frustrés avec leur façon de jouer, ils ne s’améliorent pas et cela contribue en partie à la diminution du plaisir de jouer. Résultat : il est facile de s’éloigner du golf.

Donc, l’implication des professionnels de golf auprès de ce groupe d’âge semble primordiale. Les cours privés et de groupe permettraient sans doute de pallier à ces malheureuses circonstances.

Des abonnements sur mesure

La réalité actuelle de ce groupe est majoritairement définie par une carrière établie, donc comparativement aux 19-39 ans, la variable « temps » même si elle est toujours limitée, semble toutefois être en faveur des clubs de golf.

L’apparition des abonnements de demi-journées n’est donc pas un hasard. C’est le cas du Club de golf Val-Morin qui propose des abonnements annuels après 12 h et également après 15 h .

De son côté, le Golf Owl’s Head situé dans les Cantons de l’Est combine les notions « temps » et « argent » en proposant un abonnement annuel 9 trous.

Même chose dans la région de la Beauce ou le Club de golf Sainte-Marie propose un abonnement 9 trous avant 8 h 30 et après 16 h pour un peu plus de 600 $.

Si l’engagement à un seul parcours de golf vous embête, sachez qu’il y a plusieurs parcours de golf qui propose des formules de parties différentes. Le Club de golf Piedmont dans les Laurentides met à profit l’emplacement de son parcours pour offrir des parties de 13 trous.

Si vous préférez les parcours de 18 trous, sachez que le Club de golf Montcalm offre un abonnement à la semaine, soit sept jours de golf consécutifs. Voilà une façon intéressante de s’adapter à la demande.

Il n’en reste pas moins que les ententes de parties sont très populaires. Parfois désignées comme des abonnements corporatifs, cela vous permet de payer pour un certain nombre de parties, tout en profitant des avantages d’être membre dans un club.

Cela dit, est-ce que les clubs de golf devraient s’adapter davantage ? Pourquoi ne pas offrir des abonnements mensuels ? Offrir une combinaison de plusieurs activités ? Pour les clubs de golf, il vaut la peine de se poser les bonnes questions, car plus les années passeront et plus la demande sera axée sur l’expérience et tout porte à croire que la notion d’attachement sera difficile à maintenir.

60 ans et plus

Salutations au groupe d’âge le plus important pour l’industrie du golf ! Formé en grande partie par des retraités qui possèdent les deux éléments les plus importants pour pratiquer notre sport : du temps et de l’argent.

Sans contredit, on y joue le plus grand nombre de parties de golf au cours d’une saison. Selon la National Golf Foundation, les Américains de plus de 65 ans ont joué en moyenne 36 rondes de golf en 2019. Cette statistique est d’autant plus significative lorsqu’on la compare avec toutes les tranches d’âges. En fait, les golfeurs et golfeuses de tous âges ont joué en moyenne 18,2 parties en 2019.

De l’autre côté de l’Atlantique sur le vieux continent, les 60 ans et plus représentent plus de 40 % des golfeurs et golfeuses, selon statista.com.

La bonne nouvelle pour l’industrie du golf est que ce groupe de golfeurs et golfeuses n’a jamais été aussi en santé, donc les prévisions du nombre de parties jouées sera stable à court terme. Ce qui inquiète est le support offert par les générations plus jeunes.

L’étude du comportement du golfeurs canadien indiquait, en 2012, qu’il y avait autant de golfeurs qui s’initiaient au golf qu’il y en avait qui abandonnaient le sport. De plus, ce même ouvrage indiquait que 14 % de golfeurs jouaient davantage comparativement à 38 % qui jouaient moins. Ce qui vient évidemment amplifier l’importance de l’apport des 60 ans et plus.

Quelles sont leurs demandes

La génération des baby-boomers constitue la grande majorité de ce groupe d’âge et l’élément qui les caractérise est la « stabilité ». C’est pourquoi le concept d’abonnement annuel demeure l’offre la mieux adaptée, que ce soit au sein d’un club privé ou public.

La quasi-totalité des clubs de golf proposent des abonnements de 5 ou 7 jours ce qui permet aux golfeurs et golfeuses de maximiser leur investissement. Voilà une notion qui a toujours été importante pour les baby-boomers.

Toujours est-il que l’influence des générations plus jeunes (leurs petits-enfants) combinée à une bonne santé amènent ce groupe à diversifier leurs activités. Les abonnements du lundi au jeudi sont d’ailleurs des alternatives à considérer. C’est le cas du Club de golf Glendale situé dans les basses Laurentides ainsi que les clubs de golf des Bois-francs et Victoriaville dans la région du Centre du Québec.

La National Golf Foundation indique que pour chacune des six dernières années, plus de deux millions d’américains ont débuté le golf. Même au Canada, 2020 sera assurément une année record compte tenu de la situation que l’on connait très bien.

Une vague positive, plus que nécessaire, à court, moyen et long terme pour l’industrie du golf.

Un texte de Jean-Sébastien Légaré

jslegare@ovationmedias.com

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