Politique

Guilbault s’excuse d’avoir traité ses anciens employés d’incompétents

Québec — La vice-première ministre Geneviève Guilbault s’est excusée hier d’avoir qualifié ses anciens employés d’incompétents.

« J’aurais dû employer d’autres termes pour décrire la situation, alors je m’en excuse auprès des gens qui ont pu se sentir offensés », a-t-elle déclaré à son arrivée à une réunion du cabinet.

Mme Guilbault, qui est aussi ministre de la Sécurité publique, s’est retrouvée dans le pétrin, lundi, lorsqu’elle a affirmé avoir congédié plusieurs membres de son cabinet parce qu’ils n’étaient pas compétents.

Ses commentaires ont entraîné une riposte acerbe de trois ex-employés. Alain Lavigne, qui a été directeur de cabinet de Mme Guilbault, l’ancien conseiller Pierre-Paul Côté et l’ancienne attachée politique Jacqueline Aubé ont tous trois dénoncé les propos de leur ancienne patronne.

Cette dernière a réclamé des excuses publiques, ce qu’elle a obtenu hier.

« Cela prend du courage pour admettre ses torts et s’excuser, je l’en remercie », a indiqué Mme Aubé dans une déclaration écrite.

« Quant à moi, le dossier est clos », a-t-elle ajouté.

« Grande famille »

Mme Guilbault a assuré qu’elle entretient des rapports cordiaux avec ses employés.

« Je traite mes collègues, incluant mes employés, très respectueusement, et je dois dire qu’on a une équipe qui est très soudée au cabinet, a-t-elle dit. Et j’inclus le personnel de mon bureau de circonscription, d’ailleurs. On est tous la même grande famille. »

Mme Guilbault aurait pourtant traité M. Lavigne de « christ de péquiste », ce que son cabinet nie.

La vice-première ministre a assuré n’avoir « absolument rien » contre les employés du gouvernement qui sont issus des rangs péquistes ou libéraux.

Lorsqu’un journaliste lui a demandé si elle avait déjà insulté un employé, elle a répondu : « Non, je n’ai jamais employé de terme inconvenant à l’endroit de mes employés. »

Le premier ministre François Legault a passé l’éponge sur la controverse causée par sa ministre. Il a fait valoir qu’il est tout à fait normal d’observer un certain roulement dans le personnel des cabinets politiques, surtout dans un gouvernement qui n’en est qu’à sa première année.

Il convient cependant que Mme Guilbault y est allée « un petit peu fort » dans ses déclarations de lundi.

« Il y a des personnes qui ne répondaient pas à ses attentes, a indiqué M. Legault. Elle a dit elle-même qu’elle regrette peut-être certains mots qui ont été utilisés, mais je trouve ça tout à fait normal. »

Qu’on lui retire la Sécurité publique, dit le PLQ

Le chef par intérim du Parti libéral du Québec (PLQ), Pierre Arcand, a affirmé hier que François Legault devrait reprendre les dossiers de Sécurité publique parce que, « visiblement, Mme Guilbault en a trop ».

« La ministre ne semble pas capable de faire le travail. Elle a des problèmes de gestion, clairement », a-t-il dit.

« Mme Guilbault a certainement à apprendre de tout ce qui est sorti cette semaine, mais ce qui m’intéresse, c’est qu’elle a une fonction, un rôle à jouer, et quand tu entends plus parler de ton cabinet que des fonctions que tu occupes, il est là, le problème », a pour sa part dit Dominique Anglade, officiellement candidate à la succession de Philippe Couillard.

— Avec Hugo Pilon-Larose, La Presse, à Bromont

Procès pour double meurtre d’Ugo Fredette

Le conjoint d’Yvon Lacasse était « mort d’inquiétude »

Saint-Jérôme — Mario Lamoureux est « mort d’inquiétude ». Son conjoint manque à l’appel cette nuit. L’affaire Fredette roule en boucle à la télévision. Il reconnaît la halte routière fréquentée par Yvon Lacasse. « Il y a un lien, c’est évident », s’inquiète-t-il. Le procès pour double meurtre d’Ugo Fredette s’est penché hier sur la vie de l’homme de 71 ans, qui aurait été battu à mort par Ugo Fredette pendant sa cavale avec un enfant.

Yvon Lacasse était un homme bon, serviable et « facile à vivre », a témoigné hier son conjoint des 20 dernières années. Retraité depuis 15 ans, le septuagénaire aimait lire ou visiter des amis à la halte routière de Lachute. Le matin du 14 septembre 2017, le couple avait d’ailleurs prévu s’y rendre avant d’aller souper. Or, Mario Lamoureux a dû travailler. « Vers midi, c’est la dernière fois qu’on s’est vus. Il m’a envoyé la main », raconte-t-il au jury.

Le 15 septembre au matin, rongé par l’inquiétude, Mario Lamoureux se rend à la halte routière et rapporte la disparition de son conjoint à un policier près du périmètre de sécurité. Or, l’agent ne fait rien et l’invite à ne pas s’inquiéter. « Je ne savais plus quoi faire », se désole-t-il.

C’est à cette halte routière qu’Yvon Lacasse aurait croisé le chemin d’Ugo Fredette, alors que ce dernier venait de tuer sa conjointe, Véronique Barbe, une heure plus tôt. Selon la Couronne, Ugo Fredette a volé le Honda CRV d’Yvon Lacasse et a jeté son corps dans un boisé. Le jury a visionné hier des photos montrant d’importantes traces de sang dans le véhicule de la victime, retrouvé en Ontario.

Un « mauvais feeling »

L’agent Guillaume Gosselin et son coéquipier arrivent à la résidence d’Ugo Fredette deux minutes seulement après l’appel au 911 de ses voisins pour une « chicane de famille ». Le policier a un « mauvais feeling ». Il n’y a aucun son dans la maison, alors que les voisins lui assurent que personne n’a eu le temps d’en sortir.

« Ce n’est pas comme d’habitude, quelque chose ne marche pas », a-t-il témoigné hier. Ébloui par le soleil, l’agent Gosselin peine à voir entre les rideaux de la porte-fenêtre arrière. Il aperçoit finalement le corps d’une femme dans la cuisine. Il défonce la porte et sort son pistolet. Un suspect se trouve à l’intérieur, se dit-il. Il se penche sur la victime, mais il n’y a déjà plus rien à faire pour elle. La maison se révèle être vide.

Deux couteaux de cuisine toujours ensanglantés ont été exhibés au jury hier. Ces armes ont été retrouvées dans la résidence d’Ugo Fredette et de sa conjointe à Saint-Eustache, l’un dans l’évier de la cuisine et l’autre, scindé en deux parties, sur la terrasse arrière et sous cette même terrasse. Une voisine a témoigné lundi avoir vu Ugo Fredette sur le balcon en train de tirer le corps de sa conjointe, inerte, à l’intérieur de la maison.

Mardi, des messages textes échangés entre Véronique Barbe et Ugo Fredette la veille de la mort de sa conjointe ont levé le voile sur le climat extrêmement tendu de leur séparation. Ugo Fredette y supplie sa conjointe de rester avec lui. « Arrête parce que tu me fais peur encore. Arrête tout de suite », lui aurait écrit la victime.

Le procès se poursuit aujourd’hui au palais de justice de Saint-Jérôme.

Éducation

Québec maintient les élections scolaires pour les anglophones

Québec — Le gouvernement Legault change ses plans et maintient les élections scolaires pour la communauté anglophone afin d’éviter une bataille judiciaire qui s’annonçait pour le moins périlleuse.

En campagne électorale, la Coalition avenir Québec (CAQ) a promis d’abolir les élections scolaires et de transformer les commissions scolaires en centres de services aux écoles.

Les commissions scolaires anglophones ont signifié à maintes reprises leur intention de contester une telle décision devant les tribunaux et de se rendre jusqu’en Cour suprême s’il le fallait. L’article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés garantit à la minorité anglophone au Québec – comme aux minorités francophones dans les autres provinces – le droit à l’éducation dans sa langue. Cette protection s’étend au contrôle des établissements par la minorité, en vertu de la jurisprudence.

Les commissions scolaires anglophones ont également fait valoir que la Nouvelle-Écosse, l’Île-du-Prince-Édouard et le Yukon avaient aboli récemment les commissions scolaires de la majorité anglophone tout en maintenant celles de la minorité francophone – y compris les élections scolaires. C’était pour se conformer aux dispositions de la Charte.

Jusqu’à tout récemment, le gouvernement Legault soutenait que sa réforme respecterait les dispositions de la Charte puisque des représentants de la communauté seraient nommés au conseil d’administration des centres de services. Or, il a finalement préféré éviter une bataille en cour ; le risque était grand qu’il soit débouté.

Des élections scolaires au suffrage universel seront ainsi maintenues pour la communauté anglophone. Elles seront abolies pour le secteur francophone comme prévu. Il y aura donc deux régimes distincts de gouvernance du réseau de l’éducation au Québec, en fonction du statut linguistique. Une source gouvernementale a confirmé cette information d’abord diffusée par Cogeco hier.

Un projet de loi sous peu

La Fédération des commissions scolaires du Québec et l’Association des commissions scolaires anglophones du Québec ont publié un communiqué de presse commun pour « réitérer leur solidarité sur le maintien des élections scolaires ». « La gouvernance et la démocratie dans les réseaux publics d’éducation sont importantes pour l’ensemble des élu(e)s scolaires. La participation citoyenne dans nos communautés est garante de la bonne gestion et de la répartition équitable des ressources », ajoutent-elles.

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, déposera d’ici la fin du mois son projet de loi pour réformer la gouvernance du réseau de l’éducation.

Le sujet sera à l’ordre du jour de la réunion du caucus de la CAQ à Rivière-du-Loup, aujourd'hui et demain. Le gouvernement prépare la session parlementaire, qui débutera le 17 septembre.

Actualités

Une séance de remue-méninges pour Tel-jeunes

Le « Design Thinking Jam » permet de trouver des solutions novatrices à un problème

Brassage d’idées

Prenez 200 personnes. Des femmes et des hommes. Jeunes et moins jeunes. Réunissez-les autour de tables de pique-nique colorées dans un bar cool de Saint-Henri, avec du café, du thé, des biscuits et des fruits. Montez le volume de la musique. Et donnez-leur deux heures pour imaginer mille et une solutions à un problème.

« Encourager les idées folles »

Ça se passait hier après-midi au Riverside, dans le sud-ouest de Montréal, sous une température de 25 degrés et un peu de pluie. L’exercice, appelé « Design Thinking Jam », avait pour but d’aider l’organisme Tel-jeunes à mieux comprendre la réalité des jeunes et leurs préoccupations. « Mieux saisir ce dont ils ont besoin », précise Camille Mikan-Dupuis, coordonnatrice des services depuis deux ans chez Tel-jeunes. Comment ? En lançant des idées, peu importe lesquelles, technologiques ou pas, farfelues, absurdes ou utopiques. « Le but de l’idéation, c’est d’encourager les idées folles et de ne pas se mettre de barrières », indique Charlotte Cagnet, de l’entreprise Talsom, qui organisait l’évènement.

Paiement par texto

Émilie St-Aubin, qui travaille pour l’entreprise en démarrage Third Bridge, en était à sa deuxième participation en deux ans. L’an dernier, le « Design Thinking Jam » portait sur le magazine de rue L’Itinéaire. La mission : trouver un mode de paiement pour les camelots, à une époque où l’argent de poche se fait de plus en plus rare. La solution retenue est sur le point d’être implantée. Ce sera un paiement par texto. Les gens qui désirent acheter le magazine pourront envoyer un texto à un numéro, et le coût du magazine, 3 $, sera facturé à leur compte de téléphone. Il fallait y penser. « J’aime l’idée de faire un “design thinking” pour une cause caritative et d’essayer de trouver une solution à un problème réel », explique Émilie.

Tradition

En 2018, le choix de L’Itinéraire s’était imposé de lui-même. Mais cette année, les organisateurs voulaient donner la chance à tout le monde. À la suite d’un appel de candidatures, 38 organismes ont manifesté leur intérêt ; 10 ont postulé, 3 ont été finalistes. Et l’organisme Tel-jeunes a été choisi. « On a tellement aimé l’expérience, l’an dernier, qu’on a décidé d’en faire une tradition », lance Olivier Laquinte, président de Talsom, entreprise de consultation en transformation numérique.

Briser la glace

Responsable de projets depuis quatre ans à C2 Montréal, Myriam Lagueux participait pour la première fois. Elle s’était inscrite sur Eventbrite après avoir pris connaissance de l’évènement sur les réseaux sociaux. « Premièrement, ce qui m’attire, c’est la cause des jeunes. Et deuxièmement, c’est la méthodologie du “design thinking” », dit-elle. Les participants, regroupés en équipes multidisciplinaires de cinq ou six, disposaient de papillons adhésifs (des Post-it), de crayons-feutres, de carton, de colle et de pâte à modeler. Ils avaient quelques minutes pour prendre connaissance de la problématique. Puis, ils devaient lancer toutes les idées qui leur passaient par la tête. Discuter. Retenir les trois meilleures. En sélectionner une seule. Et la présenter aux autres participants. « Ça nous permet de penser autrement », souligne Maxime Lévesque, formateur chez Tel-jeunes. « Le but, c’est de rejoindre les jeunes, pas seulement quand ça va mal, mais aussi quand ça va bien. Il faut qu’ils aient le réflexe de nous joindre pour nous parler. » Les idées retenues ont été récupérées par Talsom, qui poursuivra l’exercice. La solution retenue sera connue plus tard, mais fait déjà son chemin.

Déréglementation de l’industrie du taxi

Une centaine de chauffeurs manifestent au centre-ville

Une centaine de chauffeurs de taxi ont manifesté bruyamment au centre-ville de Montréal, hier midi. Campés devant le 500 René-Lévesque Ouest, où se trouvent les bureaux du ministère des Transports, ils ont bloqué l’artère en direction est entre le boulevard Robert-Bourassa et la rue Saint-Alexandre. Les chauffeurs s’étaient donné rendez-vous à 10 h 30. Les chauffeurs des banlieues et des régions étaient invités à se rendre ensemble au centre-ville en partant des Galeries d’Anjou et du Cosmodôme de Laval. Ils entendaient ainsi continuer à faire pression sur le ministre des Transports, François Bonnardel, au sujet du projet de loi 17 concernant la déréglementation de l’industrie du taxi. Cette action s’inscrivait dans la continuité de la contestation des chauffeurs contre le gouvernement et son ouverture à l’entreprise Uber, un affront aux yeux des chauffeurs traditionnels qui craignent de perdre des clients et de voir leur permis considérablement dévalué. — Janie Gosselin, La Presse

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