Chanson

Problème majeur au pays de l’enfance

Les mômes et les enfants d’abord
Renaud
Parlophone
Deux étoiles et demie

Il ne faut se fier ni à la pochette « bédéesque » signée Zep ni au titre de l’album : Les mômes et les enfants d’abord n’est pas vraiment adressé aux gamins.

Vrai, Renaud propose des contes peuplés d’animaux et de monstres, mais il est aussi question de « feu au fion », de « tarpés », d’antispécisme et de misanthropie dans ces 12 chansonnettes inédites. Reste que c’est peut-être cet univers enfantin qui permet au « mec au foulard » de balancer quelques banalités du genre : « On aime la paix avant tout, ce qu’on déteste, c’est la guerre, qui fait des ravages partout ». Chanson suivante : « Le cannabis, c’est peut-être marrant, mais ça fait des ravages ». Pas très original.

On effleure toutefois le Renaud vitriolique et autodérisoire de Société tu m’auras pas et des Bobos sur J’aime rien. « J’aime pas ma chanson, c’est pas Ferrat, pas Aragon », finira-t-il par « chanter ». En outre, L.O.L.I.T.A., déclaration d’amour à sa fille, n’arrive pas à la cheville de Mistral Gagnant, variation sur le même thème.

Si les mélodies sont souvent simples et efficaces, autant que l’instrumentation est variée (cordes, cuivres, harmonica, accordéon, percussions), la voix du chanteur – ou ce qu’il en reste – est chevrotante, carbonisée, calamiteuse… Heureusement que des chœurs viennent appuyer certains refrains et que des traits d’esprit pallient (en partie) une écoute souvent pénible.

Hip-hop

Rap gentil, textes fins

Gentil pour un Noir
Raccoon City
Rico Rich Productions
Trois étoiles et demie

Issu des WordUP! Battles, Raccoon City (ou RacCity pour les intimes) a déposé un EP en septembre. Le voilà déjà qui revient en formule longue avec Gentil pour un Noir, collection d’egotrips, de réflexions sur la vie adulte et de critiques sociales. « Tu rappes comme un novice, pas peur de toi mais de la police, je suis Noir et j’ai la peau lisse. » Si le vocabulaire et le phrasé soul de Shamyr Daléus-Louis, d’origine haïtienne, évoquent davantage la scène franco-française, ses références sont surtout québécoises (Claudine Mercier, Voir, etc.) et américaines. Jeux de mots, allitérations, homonymies, doubles sens : le jeune rappeur sait valoriser et faire vibrer le verbe. C’est vraiment à ce chapitre que le « Black hipster » montréalais se distingue de bon nombre de ses pairs québécois. Pas que les beats old-school soient inintéressants, mais la signature musicale pourrait être précisée. Ethan Habanou, d’origine française, signe la plupart des compositions, tandis que Beatowski, spécialiste britannique du boom bap, a été mandaté sur deux titres. La suite s’annonce saillante.

— Charles-Éric Blais-Poulin, La Presse

Métal

Météore musical

Hidden History of the Human Race
Blood Incantation
Dark Descent Records
Quatre étoiles

Et si la mort, les voyages intérieurs et la recherche de vie extraterrestre étaient, au fond, tous de la même nature ? Et si, lors du passage dans l’au-delà, la conscience humaine s’engouffrait dans des souffrances éternelles ? Voilà des questions désagréables auxquelles s’attaque Blood Incantation sur sa nouvelle plaquette. Mené par le chanteur et guitariste Paul Riedl, le groupe de death metal américain offre, avec son deuxième album, un voyage au cœur du trépas. À l’écoute, notre cortex est étourdi par les guitares acerbes et rapides (pensez à Slayer), la voix gutturale de Riedl, la superposition de couches sonores à saveur death metal old-school et death metal technique et, surtout, le jeu de percussions sans failles d’Isaac Faulk. Ces quatre pièces ont été concoctées dans le studio de Pete deBoer – réputés World Famous Studios, de Denver –, qui a su tirer le meilleur du quatuor. Tiens, le chiffre 4 qui s’affirme… Cela n’est certainement pas fortuit, ce nombre désignant en numérologie la construction méthodique d’éléments concrets et précis, tout en renvoyant aux thèmes intemporels de la mort et du chaos. Il faudra refaire notre top 10 des albums de 2019 et y inclure très haut ce météore musical qui vient de percuter nos tympans. — Philippe Beauchemin, La Presse

Rock-trad

Maintenir le cap

De temps et de vents
Bodh’aktan
Go-Musique
Trois étoiles

Si Soldat Louis, les Vulgaires machins et 2Frères avaient eu un enfant, ils l’auraient sans doute appelé Bodh’aktan. Sur un quatrième album en français, la bande des sept continue de louvoyer entre rock celtique, punk-pop excessif et trad keb. Le collectif n’a pas perdu son pied marin sur De temps et de vents : il chante toujours l’appel du large et son amour de la flotte, avec ses tourments (L’orage) et ses personnages colorés (Capitaine Deux-cennes). Les musiciens voguent avec adresse entre pièces instrumentales – l’entraînante Set béquate divise les 12 titres –, productions tapageuses (L’amer) et chants de marins fédérateurs (Tant qu’il restera du rhum, Le dernier bateau). Les guitares électriques, la basse et la batterie côtoient ici le violon, la cornemuse, l’accordéon et le bouzouki dans une étonnante symbiose. On préférerait en outre des chants un peu moins propres et des textes plus travaillés, plus profonds. Il reste que c’est en concert que Bodh’aktan atteint sa vitesse de croisière, et ce nouvel opus offrira moult occasions de taper des pieds et de cogner les pintes.

— Charles-Éric Blais-Poulin, La Presse

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