États-Unis

Démission surprise de Nikki Haley

L’ambassadrice des États-Unis à l’ONU n’a pas fourni d’explications pour justifier son départ. De son côté, Donald Trump a affirmé que sa fille Ivanka « serait de la dynamite » si elle la remplaçait.

Washington — L’ambitieuse ambassadrice des États-Unis aux Nations unies, Nikki Haley, la femme la plus en vue du gouvernement de Donald Trump, a annoncé hier sa démission, à la surprise générale. Et quelques heures plus tard, le président Donald Trump a fait l’éloge de sa fille, soulignant qu’elle ferait un excellent travail à l’ONU.

« [Nikki Haley] m’a dit il y a environ six mois qu’elle souhaitait prendre une pause », a justifié le milliardaire républicain, louant le « travail fantastique » de son « amie », présente à ses côtés, tout sourire, dans le bureau Ovale. « Elle a été très spéciale pour moi », a-t-il insisté.

Donald Trump a précisé que le départ se produirait « à la fin de l’année » et qu’il dévoilerait le nom d’un successeur « d’ici deux ou trois semaines », tout en soulignant que sa fille Ivanka « serait de la dynamite » à l’ONU, selon lui.

Le président a rapidement ajouté que les soupçons de népotisme empêcheraient probablement une telle nomination familiale. Et Ivanka Trump a elle-même exclu cette possibilité dans un message publié sur Twitter.

« Je sais que le président va nommer une personne formidable pour remplacer l'ambassadrice Haley. Cette personne, ce ne sera pas moi », a-t-elle écrit.

motivations mystérieuses

Nikki Haley, ex-gouverneure de la Caroline du Sud, 46 ans, à qui l’on a souvent prêté des vues sur la Maison-Blanche, a assuré qu’elle ne serait pas candidate à la présidentielle de 2020.

« Il est important de savoir quand il est temps de faire un pas de côté », a seulement expliqué Nikki Haley.

Ses motivations restent donc un mystère.

Ambitions politiques ? Désaccords de fond ? Ou alors le risque soulevé par une enquête potentielle, réclamée lundi, à la veille de sa démission, par une association de défense de l’éthique sur des cadeaux acceptés l’an dernier par l’ambassadrice ? Cette organisation dénonce notamment les sept vols en avion de luxe privé qui lui ont été offerts, pour un coût de « plusieurs dizaines de milliers de dollars », par « trois hommes d’affaires de Caroline du Sud ».

Quoi qu’il en soit, l’annonce de son départ a semé un certain trouble au sein de la classe politique, qui a globalement salué son bilan, sa fermeté et son franc-parler.

Il fait suite aux nombreux limogeages et démissions autour du président en près de deux ans. L’équipe diplomatique initiale aura ainsi été totalement remodelée, après l’arrivée au printemps de Mike Pompeo comme secrétaire d’État et de John Bolton comme conseiller à la sécurité nationale.

Ces deux poids lourds avaient en partie éclipsé cette étoile montante du camp républicain qui avait auparavant bénéficié de l’effacement du précédent ministre des Affaires étrangères, Rex Tillerson.

« C’est un autre signe de la politique étrangère chaotique de cette administration », a déploré le chef de file démocrate à la commission des Affaires étrangères du Sénat, Bob Menendez, s’alarmant des conséquences de ce départ « sur la sécurité nationale à un moment où le désarroi persiste au sein du gouvernement ».

Ligne dure

Nikki Haley s’est distinguée en portant d’emblée une ligne dure notamment contre la Corée du Nord et l’Iran, les deux priorités diplomatiques de Donald Trump, même lorsque d’autres ministres tentaient de convertir le président à une ligne plus modérée.

De New York, elle se faisait également l’écho des critiques présidentielles à l’égard de l’ONU, vue comme une bureaucratie inefficace dans laquelle Washington investit beaucoup trop d’argent, mais aussi comme une institution avec d’évidents partis pris « anti-Israéliens ».

« [Nikki Haley était] un facteur de division, attaquant les institutions et les ONG qui défendent la transparence et les droits fondamentaux, et travaillant à transformer l’aide humanitaire en arme politique. »

— Stephen Pomper, de l’International Crisis Group

L’ex-élue de Caroline du Sud s’était fait connaître dans son État conservateur en soutenant le retrait du drapeau confédéré des bâtiments officiels après qu’un partisan de la suprématie blanche avait tué en juin 2015 neuf paroissiens noirs dans une église de Charleston.

Cette fille d’immigrés indiens n’a pas toujours été du côté de Donald Trump.

En février 2016, elle avait jugé que le milliardaire incarnait « tout ce qu’un gouverneur ne veut pas d’un président ». Et juste avant la victoire du 8 novembre 2016, Nikki Haley se disait même « pas fan » du tonitruant candidat républicain.

Mais elle a par la suite gagné ses galons dans la galaxie Trump. Si elle a laissé entendre l’existence de désaccords avec Donald Trump, notamment lorsque ce dernier n’a pas clairement condamné les sympathisants nazis après la mort d’une manifestante antiraciste lors de violences à Charlottesville, à l’été 2017, elle a toujours pris soin de ne pas les étaler sur la place publique.

« Si je ne suis pas d’accord avec quelque chose et crois que c’est suffisamment important pour être discuté avec le président, je le fais. Et il écoute », avait-elle dit en septembre, en réponse à la tribune anonyme d’un membre de l’administration qui évoquait une « résistance de l’intérieur » aux agissements de Donald Trump.

Sommet Trump-Kim

« Trois ou quatre » endroits évoqués par le président américain

Le président des États-Unis Donald Trump a annoncé hier que les préparatifs pour son nouveau sommet avec le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un avaient avancé et que « trois ou quatre » lieux étaient maintenant envisagés. Après la rencontre à Singapour en juin dernier, la nouvelle entrevue entre les deux hommes ne se déroulera « probablement » pas dans la cité-État asiatique, a déclaré le président américain, qui a précisé qu’elle pourrait « éventuellement » avoir lieu sur le territoire américain ou nord-coréen. La Corée du Sud a annoncé dimanche que le sommet entre les deux hommes se tiendrait « le plus tôt possible ».

— Agence France-Presse

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