Gala Les Olivier

Des découvertes qui font leur place

Comment fait-on carrière en humour à une époque où il y a plus de concurrence que jamais ? Les cinq finalistes de la catégorie Découverte de l’année au gala Les Olivier se prononcent.

Propos recueillis par Marissa Groguhé

Sam Breton

Sur la route depuis quelques années déjà, Sam Breton lance son premier spectacle solo, Au pic pis à pelle, le mois prochain. Le chroniqueur régulier de Salut bonjour a déjà participé à des galas Juste pour rire, en plus d’avoir lancé son propre gala caritatif pour la prévention du suicide.

Sur la pertinence du terme « Découverte »

« On est quand même 8 millions au Québec. Même si ta vidéo a 2 millions de vues, c’est moins de la moitié du Québec. Et puis combien de personnes là-dedans l’ont regardée quatre fois, crois-tu ? Tout est relatif.

« Le terme “découverte” a surtout sa place dans un format gala télévisé. Je trouve que les gens qui regardent encore la télé et qui vont voir le gala risquent de n’avoir aucune idée de qui sont les cinq Découvertes. […] La télé reste d’ailleurs un véhicule incroyable, même si les plus jeunes la consomment moins. Je le vis depuis un an avec mes chroniques à Salut bonjour. Ce n’est pas obligatoire [de passer par la télé], mais, pour se rendre à la même place, si je prends l’autoroute, ça se peut que j’arrive avant toi. »

Sur la polyvalence en humour

« En général, c’est certain que notre génération doit être un peu plus multitask. Et même les plus vieux s’adaptent. Les Mike Ward et les Laurent Paquin. On se croise beaucoup au Bordel et ils viennent nous demander conseil sur leurs pages et comment tout ça fonctionne. Je trouve ça beau. »

« Mon focus, c’est la scène et ça le sera toujours. Pour être heureux, je veux avoir les deux pieds sur la scène, devant des gens. Les à-côtés, je me surprends à beaucoup aimer ça depuis une couple d’années. Mais c’est du crémage. J’aimerais mieux qu’on me coupe tout ça mais qu’on me laisse être humoriste. Si c’était l’inverse, je serais triste. »

Guillaume Pineault

Après des études en ostéopathie et en ergothérapie, Guillaume Pineault a décidé de se lancer en humour. Présent à la télévision (Alt, OD Extra), à la radio (Véro et les Fantastiques), il lancera son premier spectacle solo, Détour, en février prochain. 

Sur la concurrence en humour

« C’est déjà mon prix d’être nommé. Parce que tu te demandes tout le temps si tu as fait le bon choix de lâcher ce que tu faisais pour faire de l’humour. Ça a été la petite tape dans le dos pour dire que je suis à ma place.

« L’humour, c’est une tarte et chacun veut sa part. Il y a les François Bellefeuille, Louis-José Houde et Lise Dion qui ont les grosses pointes de tarte avec la scène. C’est possible de gagner sa vie seulement avec la scène, mais tu ne vivras pas gras dur. C’est pour ça que j’ai ajouté des cordes à mon arc. Quand la chance de faire de la télé s’est présentée, je me suis dit que j’allais le faire et que ça n’allait pas m’empêcher de faire de l’humour. À la limite, ça me permet d’élargir mon public. Mais c’est sûr que je n’ai jamais autant de plaisir que quand je monte sur scène. J’espère que d’ici mon deuxième spectacle, je vais pouvoir m’éparpiller un peu moins. Même si j’aime faire de la radio et de la télé. 

« J’ai souvent dit que mon déclic avec l’humour, c’était que je faisais du bien aux gens en ostéo et en ergo et qu’en humour, je fais du bien à encore plus de gens. Mais c’est vraiment l’inverse. Il y a bien plus de gens qui me font du bien à moi. En ostéo, tu en fais un à l’heure, tandis qu’en humour, tu as 400 personnes d’un coup. C’est vraiment de la dépendance affective ! »

Christine Morency

Premières parties de Mike Ward et de Mélanie Couture en 2018, invitation au gala Juste pour rire de Jay Du Temple cette année, en rodage un peu partout au Québec cet hiver : Christine Morency se taille un nom dans le milieu où elle a atterri il n’y a pas très longtemps.

Sur la métamorphose du milieu de l’humour

« Il y a eu un grand changement dans le milieu. D’abord parce qu’il y a beaucoup plus d’humoristes, donc énormément d’offres par rapport à la demande. Des tournées comme dans le temps, qui duraient cinq, six ans, ça n’existe plus.

« Je suis un peu nostalgique de ça. J’aurais aimé le vivre. Mais je ne suis pas non plus contre le fait que les temps changent. J’accepte que la tournée soit moins longue. Mettons plus de budget sur les blagues que sur le décor ! Et c’est tant mieux s’il y a plus d’offres. Il y a énormément de talent et on est chanceux, au Québec, d’avoir un public qui suit l’humour, qui en consomme souvent. Il y en a pour tous les goûts.

« J’ai dû m’adapter aux réseaux sociaux. Contrairement à Arnaud Soly, qui maîtrise vraiment bien le web et qui a percé grâce à ça, je suis moins sur les réseaux. C’est plus sur scène que la magie se passe. Mais j’essaie de plus en plus. Ce n’est pas une obligation d’être sur les réseaux pour te faire connaître. Je pense que tu peux faire juste de la scène. Mais les attentes doivent être différentes. Ton auditoire pourrait prendre plus de temps à grandir. Ça dépend de la vision de chacun. Le médium avec lequel tu es à l’aise, prends-le s’il y a une place pour toi. Tout en faisant attention à ne pas être trop partout, parce qu’il faut garder en tête qu’on est humoriste à la base et que c’est sur scène que ça se passe. »

Philippe-Audrey Larrue- St-Jacques

Nommé pour la deuxième fois de suite dans la catégorie Découverte de l’année, le diplômé du Conservatoire d’art dramatique et de l’École nationale de l’humour s’est fait connaître par sa participation à la série Like-moi ! Après un spectacle qui l’a mené en tournée, un gala Juste pour rire, de multiples apparitions à la télévision, à la radio et dans les médias écrits, il apparaît cet automne dans le film Les Barbares de La Malbaie.

Sur l’humour et la comédie

« À l’École de l’humour, j’étais prêt à renoncer à ma carrière d’acteur pour faire de l’humour. J’avais prévu faire le parcours classique de l’humoriste – tu commences dans les bars et tu gagnes ta place un 5 minutes à la fois. Ensuite, on te donne un 8-10, un 15, puis une demi-heure. Est arrivée Like-moi !, qui a accéléré et dévié ma trajectoire.

« Mais il y a une différence entre mon travail de comédien et mon travail humoristique. Mon travail de comédien est exposé. Mais le processus pour devenir un humoriste de qualité est long et lent. Cinq ans, c’est encore le début. Je me considère encore comme appartenant à la relève et comme une révélation pour beaucoup de gens.

« Dans ma génération, il n’y en a plus beaucoup qui sont strictement humoristes. Tout le monde est polyvalent et je m’inscris dans cette lignée. […] Un grand humoriste m’a dit que tant que tu es drôle derrière un micro, ça va bien aller. Je pense que l’essentiel, c’est d’être drôle, peu importe le micro qu’on t’offre.

« Si tu disais aux humoristes que je connais qu’ils ont la possibilité de ne faire que de la tournée, la majorité ne ferait que des spectacles. Il y a une affaire, chez l’humoriste, qui nous appelle à aller sur scène. J’ai l’impression que c’est la façon la plus pure de faire notre humour, et la plupart des humoristes restent assez puristes. »

Arnaud Soly

Révélé par ses vidéos virales publiées sur le web, Arnaud Soly est passé des réseaux sociaux (où il est encore très actif) à la télé et à la radio. Celui qui vient d’annoncer son premier spectacle solo est aussi nommé aux Olivier pour la Capsule ou sketch web humoristique de l’année.

Sur la nécessité d’être présent sur plusieurs plateformes 

« Il n’y a jamais eu autant d’humoristes. Juste dans la catégorie Découverte, on est cinq personnes qui gagnent déjà bien leur vie. Il faut faire sa place d’une certaine manière. De multiplier ses apparitions sur les plateformes, c’est une façon de faire. Il y a des gens qui ne le font pas. Je pense à Simon Gouache ou à Simon Leblanc, qui remplissent leurs salles simplement par la qualité de leur show et par le bouche-à-oreille. 

« Ce que je fais, ce n’est pas stratégique. C’est que j’aime vraiment travailler sur plusieurs projets, sur plusieurs plateformes. Je faisais du web avant de faire de l’humour. Mais si, pour moi, ce n’est pas une décision compliquée, certains humoristes peuvent se faire tordre le bras. Et ça peut donner des résultats malheureux parce que tout le monde n’est pas à l’aise ou bon là-dedans.

« Je sens une espèce de panique en ce moment dans l’industrie, qui est extrêmement compétitive. On parle de billets vendus avant même de parler du discours artistique derrière les shows.

« Tout se peut et certains sont vraiment dans la pureté du stand-up dans sa forme classique, seuls avec un micro et un tabouret. Ils ne font que ça. Mais c’est plus rare. […] La vraie raison, je pense, c’est que les gens qui font de l’humour ont aussi envie de faire des projets de groupe parce que c’est un métier très solitaire. Tu écris seul et tu es seul sur scène. Oui, il y a le contact avec le public, mais, en tournée, tu es seul avec ton soundman, loin de chez toi, loin de ta famille. »

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