Pointe d’humour

« Les femmes peuvent-elles tout avoir ? » Ark.

Les femmes peuvent-elles tout avoir ? Ugh. Je déteste cette question. D’abord parce qu’elle présuppose qu’il existe un « tout » que toutes les femmes veulent. Comme si nous étions un gros bloc monolithique, une sorte de Barbie que l’on crée à partir d’une pâte qui sort comme la slush au Couche-Tard.

Les femmes sont nombreuses. Plus nombreuses que les hommes, même. Bien que, lorsque l’on regarde nos institutions et comment elles fonctionnent, ça ne se voit pas vraiment. « This is a man’s world, baby ! But it wouldn’t be nothing without a woman or a girl.* » Ouin, parce que c’est nous qui l’avons tout’ créé, ce monde-là, au bien creux de nos entrailles.

Quand j’ai commencé à faire des tournées en humour, d’abord celle de l’École nationale, puis en première partie de Louis T, c’est sûr que la question qui me revenait de tous bords tous côtés était : « Et ton mari, il trouve ça comment que tu fasses des tournées ? » Avec ce ton qui faisait que je pouvais voir dans le fond de leur œil le film des années 50 qu’ils se jouaient en me disant ça. On y voyait mon mari en chemise, les manches retroussées, clope au bec, en train de faire du repassage en tenant un petit en couche d’un bord et, de l’autre, le téléphone à cordon frisé coincé entre son épaule et son oreille. « Oui, une pizza large avec pepperoni… » Eh oui, Timmy, on mange encore de la pizza ce soir. Ta mère tourne dans la province.

Je roule des yeux. Je me demande si Jay-Z se fait demander comment il trouve ça, que sa femme fasse des tournées. Oui, je suis en train de me comparer à Beyoncé. Toutes les mères de famille devraient le faire.

Je déteste ce concept de « tout » avoir aussi parce que l’on ne pose toujours cette question qu’aux femmes. Ce qui est sexiste et injuste pour les deux sexes. C’est injuste pour les femmes parce que ça suppose qu’avoir des enfants ET un travail (puisque c’est ce « tout » que suggère l’énoncé) est la responsabilité des femmes.

Que monsieur ne fait qu’injecter sa semence dans madame puis peut retourner vaquer à ses occupations tel un gros bras canadien de Station spatiale internationale. Job well done. Non, avoir des enfants se fait à deux et l’entière responsabilité de leur gestion et de leur éducation revient aux deux personnes qui les ont faits. Pour le meilleur et pour trop souvent le pire.

Et ensuite, c’est sexiste pour les hommes parce que je vous vois, messieurs. Oh oui que je vous vois, les papas modernes. Je vous vois avec le petit fièrement tapé su’l chest, je vous vois faire les nuits, changer les couches, amener les petits à la garderie, à l’école, faire les lunchs, passer l’aspirateur… Vous êtes beaux, vous êtes compétents et vous êtes des christie de bons papas.

« Chéri ? Toi, est-ce qu’on t’a déjà demandé comment tu trouvais ça de travailler à temps plein et d’avoir trois enfants ? Genre, est-ce que quelqu’un t’a déjà regardé en battant des cils, en se demandant comment t’arrivais à faire tout ça ? » Non. Jamais. Personne ne s’est jamais inquiété de comment mon mari s’en sortait avec les devoirs-soupers-bains-dodos en travaillant cinq jours semaine dans un hôpital psychiatrique. Pourquoi ? Parce qu’on pense encore que madame s’occupe des enfants et des soupers. Pourtant, c’est loin d’être le cas. Ce mérite n’est pas rendu aux hommes. Notre modèle de pensée est poussiéreux.

Qu’est-ce qu’avoir tout dans la vie ? Suivre son fil. C’est le « tout » que je veux. Quand tu me regardes, je vis techniquement un modèle des années 50. Je suis mariée (à l’église !) et j’ai trois enfants avec un homme avec qui je vis. On est à deux lits simples et un golden retriever de vivre dans La petite maison dans la prairie. Mais arrêtons de penser que c’est le modèle que tout le monde veut. Ce modèle-là, y’est mort. Il existe de très, très nombreuses manières de « tout » avoir. Encore faut-il définir son propre tout.

* Paroles de la chanson It’s a Man’s Man’s Man’s World, écrite par James Brown et Betty Jean Newsome (1966).

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