Politique fédérale

Un deuxième remaniement en six mois

Le départ de Scott Brison du Conseil du Trésor « force la main » de Justin Trudeau

Le premier ministre Justin Trudeau se voit contraint de remanier son cabinet pour la deuxième fois en six mois à la suite de la démission surprise hier du président du Conseil du Trésor, Scott Brison, à moins de 10 mois des élections fédérales.

Le remaniement aura lieu lundi à Rideau Hall, la résidence officielle de la gouverneure générale Julie Payette. Le jeu de chaises musicales pourrait être plus important que la simple nomination d’un ministre pour pourvoir le poste vacant au sein du cabinet, ont indiqué hier des sources libérales sous le couvert de l’anonymat.

Ces mêmes sources ont toutefois fait valoir qu’il était difficile de prévoir l’ampleur des changements au sein du cabinet étant donné que le premier ministre, qui effectue ces jours-ci une tournée en Colombie-Britannique et Saskatchewan, n’a pas encore eu l’occasion d’évaluer les meilleurs éléments de l’équipe libérale pour terminer le casse-tête que représente la formation d’un cabinet prêt à se lancer en campagne électorale.

Il est toutefois acquis qu’au moins un député de la Nouvelle-Écosse, la province que représentait Scott Brisson au cabinet, obtiendra une promotion. Les projecteurs sont déjà braqués sur le jeune député de 34 ans de Central Nova, Sean Fraser, qui est actuellement le secrétaire parlementaire de la ministre de l’Environnement, Catherine McKenna, et qui a su défendre les politiques environnementales du gouvernement Trudeau avec aplomb aux Communes depuis sa nomination à ce poste.

Invoquant des raisons familiales, Scott Brison a pris le Tout-Ottawa par surprise hier en annonçant qu’il démissionnait de son poste de président du Conseil du Trésor et qu’il ne briguerait pas les suffrages aux prochaines élections prévues le 21 octobre après une carrière politique de 22 ans à Ottawa.

Sans avertissement

Âgé de 51 ans, M. Brison a déjà marqué l’histoire politique canadienne en 2003 en devenant d’abord le tout premier ministre fédéral du Canada ouvertement homosexuel et ensuite en 2007 en devenant le premier homme politique fédéral à épouser son partenaire de même sexe, Maxime Saint-Pierre, après l’adoption d’une loi par le gouvernement de Paul Martin reconnaissant les mariages gais en 2004.

« Le départ de Scott Brison nous force la main. Ce n’était pas du tout dans les cartons de faire un remaniement. À partir du moment où il quitte la politique, nous n’avons pas le choix d’y faire face. Donc, c’est ce qu’on va faire lundi », a indiqué à La Presse une source gouvernementale digne de foi qui s’exprimait sous le couvert de l’anonymat.

Cette même source a indiqué que Justin Trudeau avait acquis la certitude que tous les ministres en poste comptaient être sur les rangs aux prochaines élections, y compris M. Brison, d’autant que le premier ministre avait invité ceux qui ne comptaient pas briguer les suffrages l’automne dernier à l’en informer.

« Son départ a vraiment été une surprise pour beaucoup de monde. Le premier ministre avait demandé à tous ses ministres d’indiquer leurs intentions en prévision des prochaines élections. L’exercice a été fait l’automne dernier. Donc, oui, cette nouvelle est arrivée comme une surprise. »

— Une source gouvernementale

Cette source a ajouté que Justin Trudeau devait composer avec un « heureux problème » en raison du talent qui existe au sein de la députation libérale.

Dans les rangs libéraux, on a tout de même pris soin de déplorer le départ de M. Brison, qui était vu comme un bon communicateur des politiques du gouvernement Trudeau alors que les libéraux se préparent à défendre leur bilan devant l’électorat.

De passage à Kamloops, hier, Justin Trudeau a salué à maintes reprises le travail de Scott Brison, tout en disant comprendre la décision de son ex-ministre de vouloir consacrer plus de temps à sa jeune famille.

« Je tiens à souligner le travail extraordinaire qu’a fait Scott Brison pour les Canadiens durant ses 22 années de service. À tous les jours, il a travaillé avec dévouement pour son pays et sa communauté dans le but de construire un avenir meilleur pour tous. En tant que parent, je sais le défi que cela représente de maintenir un équilibre entre un travail exigeant et une jeune famille. Je respecte totalement sa décision, mais il va nous manquer », a dit M. Trudeau.

Le premier ministre a par la suite refusé de donner quelque indice que ce soit au sujet de l’ampleur du remaniement qu’il comptait effectuer. « Nous allons annoncer tout cela lundi », s’est-il borné à dire.

Trois raisons

Élu en 1997 sous la bannière du Parti progressiste-conservateur, alors dirigé par Jean Charest, dans la circonscription de Kings – Hants, Scott Brison a décidé de grossir les rangs du Parti libéral en 2003, quatre jours après la fusion de son parti avec l’Alliance canadienne en raison de l’opposition du nouveau Parti conservateur aux mariages gais.

Pourquoi a-t-il choisi de faire un trait sur sa carrière politique ? Il a cité trois raisons. « On dit que la vie commence à 50 ans. Eh bien, j’ai 51 ans et je suis prêt à relever de nouveaux défis », a-t-il affirmé. Il a aussi dit qu’il voulait partir pendant qu’il était « au sommet » de sa carrière politique.

Mais avant tout, il a déclaré que la décision avait été prise pour sa famille, son mari Maxime Saint-Pierre et leurs jumelles Rose et Claire, âgées de 4 ans.

« Je pense que Max, Rose et Claire, ce sont des miracles pour moi. »

— Scott Brison

Par ailleurs, M. Brison a nié que son départ était lié à la controverse entourant son rôle dans la suspension du vice-amiral Mark Norman, commandant en second de l’armée, accusé d’avoir divulgué des secrets du cabinet. Les avocats de la défense devraient faire de M. Brison un témoin clé au procès en août, quelques semaines à peine avant le début de la campagne électorale.

Certains croient que M. Brison a fait pression sur le gouvernement Trudeau nouvellement élu, en 2015, afin qu’il suspende le contrat de 700 millions pour la construction d’un nouveau navire de ravitaillement de la Marine. Ce report aurait incité le vice-amiral Norman à divulguer des secrets aux chantiers maritimes Davie, de Lévis, afin de pousser les libéraux à maintenir en vie le projet.

— Avec La Presse canadienne

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