DANS LA VILLE BULLE

Le délicat équilibre torontois

On vous parlait vendredi de cette famille qui disait que c’était le meilleur moment pour visiter Toronto, parce que les sites touristiques sont déserts. En temps normal, on n’aurait probablement jamais entendu de tels propos un 30 juillet.

La ville grouillerait d’activité. Ce serait le festival Caribana, ce serait la longue fin de semaine du congé civique (ce l’est encore, remarquez).

« Les hôtels seraient pleins ! Mais cette année, ce n’est évidemment pas le cas », reconnaît John Tory, maire de Toronto, en entrevue avec La Presse.

Dans ce contexte, M. Tory est donc bien heureux d’accueillir les équipes de l’Association de l’Est pour la reprise des activités dans la LNH. Cela dit, les 12 équipes ont droit à un maximum de 52 personnes, soit un total de 624 personnes. Le nombre de journalistes sur place est marginal – une dizaine de Montréal, pratiquement aucun Américain. Ajoutez à cela quelques employés de la ligue et du personnel pour assurer la diffusion des matchs, et vous avez un nombre de visiteurs plutôt modeste.

« En temps normal, pour une ville qui accueille 44 millions de touristes [le record, établi en 2017], un tel évènement serait mineur, en comparaison des congrès qui attirent 30 000 personnes. »

— John Tory, maire de Toronto

« Mais ça permet à de nombreuses personnes de travailler dans les hôtels et dans les restaurants, reconnaît M. Tory, dans une entrevue en français et en anglais. Dans le contexte actuel, c’est gros. Ça ajoute à la réputation de la ville. Les amateurs vont regarder ces matchs et ça va faire parler de nous. Je suis très fier que Toronto ait été choisie, même si c’est en partie parce qu’ils ont eu de petits problèmes à maîtriser la situation aux États-Unis. »

Situation sous contrôle

Le déconfinement de l’économie à Toronto n’a pas été aussi rapide qu’à Montréal. Jusqu’à vendredi, par exemple, seules les terrasses des restaurants et des bars étaient ouvertes. Ces espaces intérieurs sont autorisés à rouvrir à compter de cette fin de semaine, de même que les gymnases et les cinémas, en vertu de la phase 3 de la relance.

Le nombre de cas à Toronto est minime.

32

Nombre de cas depuis le 25 juillet

0

Nombre de morts depuis le 25 juillet

22 juillet

Date de la plus récente mort

91

Nombre d’hospitalisations

22

Nombre de patients aux soins intensifs

Source : Ville de Toronto

N’y avait-il pas un risque de briser quelque chose qui fonctionnait bien, pour des bénéfices somme toute modestes ?

« La médecin hygiéniste de la Ville [la Dre Eileen de Villa] s’attend à des changements, peut-être des hausses, en raison du début de la phase 3, convient l’édile. On accepte le fait que 7000 restaurants et bars qui rouvrent, ça peut engendrer de nouveaux cas. On espère que non, mais il y a un certain risque. Il y a aussi un risque avec la LNH, mais la bulle est très bien contrôlée. »

« La priorité, c’est la santé publique. Les règles en place protègent nos citoyens, mais aussi les joueurs. »

— John Tory

« Le protocole couvre tout : la désinfection, le transport, les bulles. Les hôtels sont pratiquement scellés, des passages piétonniers protégés ont été créés. Ça convenait à la Santé publique, sans quoi je n’aurais pas accepté. »

La LNH publie seulement une fois par semaine, le lundi, les résultats de tests de la COVID-19. Comme les équipes sont arrivées ici dimanche dernier, il est trop tôt pour savoir si l’opération est un succès. Mais les cas de joueurs qui ont « disparu » de l’entraînement ont été très rares cette semaine ; il n’y en a pas eu chez le Canadien ou chez les Penguins.

Blue Jays et Toronto FC

Si la Ville semble avoir fait un bon coup avec la LNH, elle l’a échappé belle avec le baseball majeur.

Le 17 juillet, on apprenait en effet que la Ville et le gouvernement provincial avaient approuvé le plan du baseball majeur, qui prévoyait que les équipes se promèneraient d’une ville à l’autre, comme dans l’ère pré-COVID-19. À la différence, bien sûr, que les matchs seraient joués à huis clos.

En entrevue avec les médias locaux, le maire John Tory avait assuré que les risques posés par les joueurs étaient « très, très faibles », que c’étaient « des adultes matures qui comprennent qu’il y a beaucoup d’enjeux » et que « 200 000 personnes traversent encore la frontière tous les jours en ayant beaucoup moins de contraintes ».

C’est finalement Ottawa qui a rejeté le plan. Et voilà que les Marlins de Miami ont dû suspendre leur saison en raison d’une éclosion (17 joueurs et 2 entraîneurs déclarés positifs, selon ESPN). Ces mêmes Marlins ont affronté les Phillies la semaine dernière, et les Phillies ont recensé deux cas positifs cette semaine. La situation a forcé l’annulation de la série Blue Jays-Phillies prévue cette fin de semaine.

« Notre médecin hygiéniste n’était pas tellement inquiète par ce qui allait se passer ici, car les joueurs sont testés fréquemment. Mais c’était un problème de va-et-vient à la frontière. On comprend la décision du gouvernement [fédéral]. »

— John Tory

Le prochain dossier à surveiller sera celui de la MLS. Une fois que le tournoi dans la bulle d’Orlando sera terminé, la ligue espère reprendre l’action à la fin d’août. Le scénario privilégié à l’heure actuelle serait que les trois équipes canadiennes (Montréal, Toronto, Vancouver) s’affrontent entre elles et ne traversent pas la frontière.

John Tory serait-il à l’aise avec la venue d’une équipe de Montréal dans sa ville pour disputer un match ?

« Je ne dirais pas que je ne suis pas à l’aise. Ça dépendrait du nombre de tests. Si les joueurs sont testés tous les deux jours, je crois que ce sera bien contrôlé. Des gens vont au Québec ou en reviennent tous les jours pour le commerce. Que font-ils quand ils reviennent ici ? Avec un bon système en place, ça peut aller. »

Le nombre de cas demeure important au Québec (165 nouveaux cas annoncés vendredi), bien que les morts et les hospitalisations supplémentaires demeurent à des niveaux très bas.

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